Porcs 9 janvier 2026

Éleveurs et acheteurs en route vers une nouvelle entente

Les négociations pour renouveler la convention de mise en marché des porcs s’entament en janvier entre Les Éleveurs de porcs du Québec et leurs acheteurs. Les parties espèrent s’entendre d’ici le printemps.

Louis-Philippe Roy

Le président des Éleveurs de porcs, Louis-Philippe Roy, y voit l’occasion de relancer le secteur sur des bases qui amélioreront l’efficacité de la filière, et ce, avec des outils qui seront « gagnant-gagnant pour les deux parties », indique-t-il à La Terre.

« On a différents outils à l’intérieur de la convention qui, autant pour les abattoirs que pour les éleveurs, sont difficiles à appliquer dans le quotidien des opérations, comme la gestion de l’écoulement des porcs, les assignations dans les abattoirs ou le système pour les indices 80 [qui concernent le poids des porcs] », donne-t-il en exemple.

Par ailleurs, la question du prix payé aux éleveurs sera assurément parmi les points à renégocier, a-t-il ajouté, en rappelant que ce prix avait été négocié « à rabais » dans la précédente convention pour aider les transformateurs à traverser la crise.

On veut bien sûr s’assurer de répondre aux besoins des acheteurs, mais on veut aussi que nos producteurs soient capables de vivre de leur production, parce que la raison première de la négo, c’est le futur de nos entreprises. Il faut être capables de vivre et d’investir dans nos fermes, et de permettre à la relève de s’établir en production porcine. Ça va donc au-delà du prix et des porcs en attente.

Louis-Philippe Roy

Les acheteurs plus discrets

Les principaux transformateurs québécois de viande porcine de commodité, soit Olymel, Aliments Asta et CBCo Alliance, sont pour leur part restés plus discrets quant à leurs attentes. « À ce stade-ci, Olymel préfère ne pas commenter et laisser le processus de négociation suivre son cours », mentionne Stéphanie Couturier, vice-présidente des communications chez Olymel, à l’instar des autres transformateurs. 

Selon les informations obtenues par La Terre, au moins quatre organisations, y compris Les Éleveurs de porcs, ont dénoncé la convention 2023-2025. Le transformateur de porc de spécialité duBreton est de ce nombre. Rappelons que ce dernier réclame depuis environ deux ans le retrait du porc biologique et certifié bien-être animal du plan conjoint des Éleveurs de porcs du Québec, estimant que le cadre actuel nuit au développement de ses marchés de niche. Son président, Vincent Breton, a néanmoins confirmé qu’il serait assis à la table des négociations, mais qu’il ne signerait pas une entente « qui ne tient pas compte de son modèle d’affaires ». « À son image, duBreton proposera une approche de mise en marché novatrice, basée sur la libre entreprise et les libres choix des producteurs », détaille-t-il dans une réponse fournie par courriel.

Des perspectives de croissance encourageantes 

Janin Boucher

Le vice-président de l’entreprise de transformation porcine CBCo Alliance, Janin Côté, confirme à La Terre des rumeurs laissant présager une augmentation possible de la production dans leurs installations des Cèdres, en Montérégie. « Même si ça fait cinq ans qu’on a démarré nos activités, on est encore une jeune entreprise, mais notre plan a toujours été d’ajouter un deuxième shift sur notre ligne de production. Disons qu’on est en train d’y réfléchir, mais notre décision dépendra grandement de ce qui sera négocié dans la prochaine convention de mise en marché [des porcs] », précise-t-il. 

Quant à la levée éventuelle de la période de restriction temporaire de la production porcine, qui empêche la croissance du côté des élevages pour respecter les capacités réduites d’abattage des transformateurs, Louis-Philippe Roy, président des Éleveurs de porcs du Québec, indique que l’organisation n’avait toujours pas reçu de signal formel des abattoirs leur permettant de planifier une levée des restrictions. Il espère en apprendre plus sur la situation dans le cadre des négociations qui s’amorcent. « On veut assurément savoir c’est quoi, leur plan de match des 5-10 prochaines années, pour savoir comment on va gérer la croissance s’il y a une reprise », mentionne-t-il.  

La baisse du seuil d’embauche de TET se fait sentir dans les abattoirs

Les resserrements imposés en 2025 par le fédéral et le provincial au programme des travailleurs étrangers temporaires (TET), abaissant entre autres le plafond d’embauche de TET de 30 à 20 % pour le secteur de la transformation alimentaire, se font sentir dans les abattoirs. « Nous avons perdu 36 travailleurs étrangers depuis un an. Nous recrutons d’autres façons, mais nous n’avons pas été capables de rattraper la perte de ces travailleurs », rapporte Stéphanie Poitras, directrice générale de l’entreprise de transformation de viande porcine Aliments Asta, de Saint-Alexandre-de-Kamoursaka, dans le Bas-Saint-Laurent.

La situation est la même en Montérégie, dans l’usine de CBCo Alliance, où le vice-président Janin Boucher indique que le recrutement s’est complexifié dans la dernière année. « On a toujours des postes ouverts, et même si on vient à bout de les combler, on est continuellement en train de former de nouveaux employés, car la rétention est difficile », décrit-il.

Olymel dit, de son côté, avoir fait un travail administratif « colossal » avec ses employés à risque afin de renouveler un maximum de permis et procéder à des demandes de Certificat de sélection du Québec avant la date limite. « Par conséquent, nous sommes parvenus à limiter les effets des restrictions pour permettre la continuité du bon fonctionnement de nos opérations », a fait savoir Stéphanie Couturier, vice-présidente des communications chez Olymel.

Dimitri Fraeys, vice-président de l’innovation et des affaires économiques au Conseil de la transformation alimentaire du Québec (CTAQ), indique pour sa part que le CTAQ continue de faire pression auprès des deux paliers gouvernementaux pour obtenir des assouplissements. « On souhaite avoir une clause de droits acquis afin de pouvoir maintenir en poste les TET qui sont déjà francisés et intégrés dans leur milieu », explique-t-il.