Lait 9 janvier 2026

Les fermes laitières les plus performantes font 22 % de bénéfices

L’analyse des grands troupeaux laitiers 2024, effectuée avec les données de 103 fermes laitières du Québec et de l’Ontario, a révélé que les 21 fermes du groupe de tête génèrent, en moyenne, des bénéfices de 22 % de leur chiffre d’affaires. En comparaison, l’ensemble des fermes évaluées ont un bénéfice moyen de 7 %.

Le groupe de tête génère 9 % de revenus de plus et possède 9 % de quotas supplémentaire par rapport à la moyenne des 103 fermes. Avec des actifs de plus de 23 M$, les 21 fermes plus performantes sont un peu plus grosses et moins endettées que celles du groupe moyen, explique la conseillère en gestion Anne St-Onge, du Groupe multiconseil agricole Saguenay–Lac-Saint-Jean, qui a présenté les résultats de l’étude à Jonquière en décembre. « Les gros écarts [entre les deux groupes] sont au niveau de la dette – de l’intérêt payé, pas du pourcentage de dette – et des amortissements », soutient-elle. En effet, une comparaison entre le groupe de tête de la première étude, en 2009, et celui de 2024 permet d’observer un recours aux mêmes types de système de traite (salon de traite). Mme St-Onge en déduit que les fermes du groupe de tête ont des bâtiments un peu plus amortis et que la charge d’amortissement est moins importante pour elles. « Ça leur permet de générer des bénéfices globaux à 22 % de leurs chiffres d’affaires. Donc pour chaque dollar produit, j’ai 22 cents de profit qui rentre. Le groupe moyen est quand même bon; on est à 7 % de bénéfices. » Les 103 fermes tirent en moyenne un profit de 5 435 $ par vache et le groupe de tête à plus de 5 700 $, mais certaines fermes parviennent à générer près de 7 500 $ de bénéfices par vache. 

Selon Mme St-Onge, l’écart entre les deux groupes est aussi marqué par les charges variables, notamment du côté de l’alimentation, des cultures et de l’entretien de la machinerie. Son collègue Denis Larouche, du même groupe conseil, mentionne que le groupe de tête est moins endetté, mais surtout, qu’il dépense moins. « Les charges variables, ce sont vraiment des éléments qui sont vraiment en votre contrôle, et le groupe de tête nous informe que c’est là qu’il fait sa business, dit-il. J’ai remarqué en région, au Saguenay–Lac-Saint-Jean, que dans l’austérité de l’inflation et des taux d’intérêt qu’on a connue dans les trois dernières années, les entreprises du groupe de tête ont baissé leur taux de dépenses. Moi, ça m’a impressionné, alors que la moyenne avait augmenté leur taux de dépenses. » Celui qui est agronome et conseiller ajoute que ce comportement est probablement inné chez ces entrepreneurs.  

Une baisse du prix du lait à prévoir en 2027

La Commission canadienne du lait (CCL) pourrait annoncer une baisse du prix du lait en 2027 en raison de l’augmentation des revenus liés à la vente de bovins à la ferme. C’est ce qu’entrevoit l’agronome et conseiller en gestion Denis Larouche, à la lumière des résultats observés dans l’analyse 2024 des grands troupeaux laitiers en décembre.

Denis Groleau, de Thetford Mines, dans Chaudière-Appalaches, a accepté de partager ses chiffres avec les autres producteurs réunis à Jonquière. En 2023, 4 % du revenu brut de sa ferme provenait de la vente d’animaux. Un an plus tard, ce chiffre était monté à 8 % et, en 2025, à 12 %. L’étude 2024 des grands troupeaux laitiers a démontré que la vente d’animaux a généré des revenus moyens, pour les 103 fermes, de près de 260 000 $ en 2024, ce qui représente en moyenne 8 % du revenu des fermes du groupe. Or, cette hausse de revenus pourrait faire diminuer le coût de production des éleveurs, considéré annuellement par la CCL pour établir le prix du lait à la ferme.

« Je sais que c’est le party parce que c’est vraiment extraordinaire, le prix du bœuf, mais l’élément qui va arriver, et ceux qui ne le savent pas vont l’apprendre, c’est que ça va avoir un impact sur le prix du lait pour la prochaine négociation. Et comme on est toujours un an en retard, quand ça va venir, ça va finir par faire mal. C’est sûr que cette année, il va y avoir une hausse, mais c’est sûr que ça aura un impact sur le prix du lait. C’est marqué dans le ciel », indique Denis Larouche, en invitant les producteurs à utiliser l’année à venir pour se préparer à cette éventualité.


Le transfert, le grand défi des grandes fermes laitières

Le sujet du transfert des fermes laitières d’envergure a suscité de nombreuses discussions lors de la rencontre des grands troupeaux laitiers, en décembre. 

« Des fermes comme les nôtres, ça ne se transfère pas nécessairement facilement », a mentionné un éleveur au micro. Un confrère a renchéri en évoquant le défi de préparer adéquatement la relève. « Vous avez probablement tous des entreprises qui ont connu une très forte croissance dans les dernières années, et ce que j’ai vu aux États-Unis, ce sont [des entrepreneurs qui ont grandi au même rythme que leur entreprise] et là, vient le temps de passer ça à la prochaine génération, qui n’a pas connu cette croissance-là, donc n’ont pas eu la chance de faire croître leur propre entrepreneurship au travers de cette expérience-là. Ça, c’est un défi. » Le producteur Denis Groleau a mentionné, pour sa part, le manque de temps des jeunes pour bénéficier de la formation continue dont sa génération a pu bénéficier. 

Ces producteurs réunis au Saguenay–Lac-Saint-Jean ont réagi à une affirmation de l’agronome et conseiller en gestion Denis Larouche, qui présentait les résultats 2024 de l’étude des grands troupeaux laitiers. Ce dernier mentionnait qu’on était à l’aube d’une intense période de transferts de fermes, notamment en raison du vieillissement des producteurs de lait, qui accentuera l’endettement des entreprises sans en accroître les actifs dans les prochaines années. 

En réponse à ces interventions, le conseiller en gestion Luc Gagné, du Groupement de gestion agricole de l’Ontario, a invité les producteurs à être indulgents envers leurs relèves. 

Selon les données du Recensement de l’agriculture 2021, l’âge moyen des producteurs agricoles au Québec est de 54 ans. En vertu d’une demande d’accès à l’information, les Producteurs de lait du Québec ont pu savoir que l’âge moyen des exploitants de fermes laitières est de 49,6 ans.