Ariane Couture enseigne l’histoire de la musique au Canada et au Québec à l’Université de Sherbrooke. Photo : Michel Caron, Université de Sherbrooke
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S'abonner maintenantDans un party de famille, il suffit qu’un oncle ou une tante entonne « Mon beau sapin, roi des forêts » pour que tout le reste de la famille réponde avec bonheur « Que j’aime ta verdurrre-reuh! ».
Ces quelques vers, chantés à l’unisson par toute la maisonnée, suffisent à donner le ton à la fête, à resserrer les liens avec tout un chacun et à insuffler à la soirée un sentiment de partage entre les générations. Peu importe l’âge, tout le monde connaît le refrain de cette chanson traditionnelle et intemporelle.
C’est là toute la magie des chants de Noël, explique Ariane Couture, professeure à l’École de musique de l’Université de Sherbrooke. Ces airs font partie de notre identité. Peu importe si l’on croit à la naissance du Christ ou non.
Mais quel est donc leur secret?
Plusieurs choses, répond la spécialiste. À commencer par leurs rythmes basiques, leurs tonalités joyeuses – en gamme majeure, pour les initiés – et leur structure si simple qu’elle est facilement comprise par quiconque.
« Avec une alternance couplets-refrain, comme dans les chansons à répondre, le refrain peut être réentonné par tout le monde. Même par ceux qui n’ont pas de formation musicale ou qui ne connaissent pas toutes les paroles. Cette facilité favorise la transmission orale et la répétition d’année en année », fait remarquer Mme Couture.
Dès l’enfance
Plusieurs chansons sont si simples à chanter que même les tout-petits peuvent les apprendre très tôt, poursuit Ariane Couture.
« Un très vieux cantique comme Entre le bœuf et l’âne gris est maintenant chanté par nos enfants à l’école. C’est un chant qu’on utilisait à l’église pour leur expliquer la naissance de Jésus. On l’utilise aujourd’hui comme une espèce de berceuse tranquillisante pour leur apprendre la musique », explique-t-elle.
Ces mêmes chansons nous sont ensuite resservies par nos artistes préférés. C’est ainsi que des airs folkloriques se transforment en chanson pop, reggae ou même punk rock. Ils transcendent alors les générations pour résister à l’usure du temps.
Le goût musical se forge beaucoup à l’adolescence. C’est là qu’on va raffermir les préférences musicales que l’on va conserver jusqu’à l’âge adulte. Si notre artiste préféré sort un album de Noël [dans notre adolescence], ces chansons-là vont rester dans nos vies.
Plusieurs d’entre elles ont aussi été traduites et adoptées par plusieurs cultures. « Les chants religieux, d’abord composés en latin, ont été réécrits en français, en italien ou en espagnol pour éventuellement sortir de l’église et être chantés dans les foyers », affirme Mme Couture.
Valeurs et traditions
Tout ce répertoire des Fêtes, appris dès la prime enfance, fournit rapidement des repères dans nos vies. Il joue le rôle de messager de nos valeurs et de nos traditions.
« Les chansons sont liées au changement de saison et au solstice d’hiver. Elles accompagnent des gestes qu’on pose une fois par année pour se rassembler et célébrer ensemble : préparer la nourriture, acheter les cadeaux, décorer la maison. Cette musique joue un rôle social tout au long de notre vie », souligne Ariane Couture.
Évidemment, une grande partie du répertoire a été composée avant tout pour célébrer la Nativité, depuis l’annonce aux bergers de la naissance du Sauveur jusqu’à l’arrivée des rois mages.
Mais plusieurs chansons, entonnées plus souvent à la maison qu’à l’église, s’attardent plutôt à nous rappeler les petits et grands bonheurs de la vie, au présent comme au passé. Elles évoquent les plaisirs de la table et du bon vin, des sports d’hiver ou encore de la danse jusqu’au petit matin.
« La chanson Vive le vent, par exemple, nous prépare à l’arrivée des grands froids, mais elle nous rappelle aussi que ces vents apportent les plaisirs de l’hiver et des rassemblements familiaux », affirme Mme Couture.
Autre thème récurrent? Choisir, souhaiter ou offrir le cadeau idéal, par exemple dans la chanson Les 12 jours de Noël.
« Cela peut être des cadeaux matériels, ou des cadeaux intangibles comme l’occasion de passer du temps de qualité en famille, entre amoureux ou avec des amis qu’on n’a pas vus depuis longtemps », décrit Ariane Couture.
Contes en chanson
Mais gare à ceux qui dépassent les bornes, chante-t-on aussi de bon cœur.
« Il y a parfois une morale dans les chants religieux qui rappellent les risques de trop faire la fête, de perdre le nord et de commettre des gestes répréhensibles ou exagérés. Cela fait partie aussi de nos repères », précise la professeure.
Les contes folkloriques, mis en chanson, nous préviennent aussi des conséquences de nos excès. « La Bottine Souriante a repris, par exemple, la légende de la chasse-galerie », illustre Mme Couture.
Les artistes vont mettre ces légendes-là en chanson. Ils vont travailler sur les paroles pour retrouver des diversifications qui suivent un rythme simple, ce qui permet aux gens de répondre. Des contes qui font partie du folklore ont ainsi été transmis par la tradition orale.
Introspection
Le secret des chansons de Noël se trouve à la fois dans son effet collectif et son pouvoir d’introspection, résume Ariane Couture.
« Il y a beaucoup de partage dans la musique du temps des Fêtes, car on connaît tellement les paroles. On peut donc partager même si on n’est pas la star du chœur à l’église, ou le violoneux qui guide la danse. Même si c’est le soliste qui va chanter les couplets du Minuit, chrétiens, à un moment donné, tout le monde embarque dans le refrain », rappelle-t-elle.
Cet élan collectif procure un grand sentiment de bonheur et d’allégresse, « comme l’alléluia dans Il est né le divin enfant », souligne Mme Couture.
Elle ajoute : « Mais, d’un autre côté, qu’est-ce que ça signifie pour nous d’avoir un sauveur incarné en humain sur la Terre? Le chant permet de se poser des questions et de regarder à l’intérieur de nous. Qu’est-ce qu’une naissance, que l’on revit chaque année, nous fait ressentir sur le plan spirituel? »
« Les cantiques peuvent aider à réfléchir et à s’immerger dans une certaine spiritualité », conclut la spécialiste.