L’apiculteur Peter Wagner dans sa maison de 350 ans qui lui sert de kiosque à Francfort-sur-le-Main. Photos : Martin Ménard/TCN
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S'abonner maintenantFRANCFORT-SUR-LE-MAIN – Les rencontres inattendues demeurent souvent les plus marquantes lorsqu’on voyage. Le soir du 14 novembre, en attendant l’avion, La Terre déambulait dans les rues de Francfort-sur-le-Main, à travers les grands bâtiments de cette ville du centre de l’Allemagne, lorsqu’est apparue une vieille maison intrigante sortant d’une autre époque. Un peu de lumière et une porte entrouverte invitaient à y entrer.
Ce qui ressemblait à un charpentier menuisier qui bricolait s’est plutôt révélé être un apiculteur qui préparait son kiosque en vue de l’un des plus importants marchés de Noël au monde, le Frankfurter Weihnachtsmarkt, ouvert du 24 novembre au 22 décembre (voir l’encadré). Son miel de tilleuls, de châtaignier, de pin, sans oublier ses chandelles de cire d’abeille et ses liqueurs à base de miel s’apprêtaient à garnir les murs de cette petite maison de 350 ans lui servant de kiosque. Une maison à colombage de bois qui a le souvenir des bombes.
« Ici, tout le monde connaît ce type de maison, car avant la Deuxième Guerre mondiale, tous les bâtiments de Francfort étaient de ce genre-là. C’était une tradition. Mais les bombes ont créé de grands incendies qui ont détruit la ville. Les bâtiments se sont effondrés et ont brûlé. Sauf quelques-uns, comme cette maison », décrit l’apiculteur Peter Wagner, qui n’en veut pas aux bombardiers britanniques ni à qui que ce soit pour ces bombes et leurs dégâts. « Le passé est le passé », affirme-t-il.
Ce dernier n’a pas connu la guerre, mais il y est quand même lié, puisque son père a été un soldat nazi. La discussion a alors pris une tournure captivante, avec comme point de départ la Deuxième Guerre mondiale, pour se terminer avec les défis de la production de miel, laquelle est menacée aujourd’hui par une bombe climatique.
Son père et la guerre
Le sujet inconfortable du régime nazi des années 1940 reste à l’esprit lorsqu’on parle de guerre avec un Allemand. Difficile de ne pas demander à M. Wagner la raison pour laquelle son père s’est joint aux forces d’Adolf Hitler. « Il m’a dit qu’il n’y avait aucune chance de pouvoir faire quelque chose contre cette guerre. Tout le monde devait suivre Hitler et ses généraux. Les gens n’avaient pas de télévision et peu de médias. Ils écoutaient les consignes. Mais mon père n’était pas fier de ce que les Allemands avaient fait à cette époque. »

Après la guerre, son paternel, qui y a perdu une jambe, a eu pour métier de refaire l’identité des citoyens de sa ville, car tous les papiers d’identité avaient été détruits par les bombardements. « C’était une période difficile. Il fallait reconstruire, et chaque famille avait besoin de nourriture. Mon père avait fait un jardin. Nous avions un cochon et d’autres animaux. C’est peut-être une partie de mon cœur d’agriculteur qui a commencé là », explique Peter Wagner, qui s’est occupé de quelques ruches pour ensuite devenir enseignant.
Il a ensuite décidé d’être apiculteur à temps plein en achetant une ferme qu’il gère aujourd’hui avec sa conjointe et leurs deux enfants. La vente en vrac du miel de leurs 1 000 ruches ne serait pas assez rentable face au miel étranger. Par contre, l’entreprise a trouvé sa profitabilité en se spécialisant dans la qualité et la vente directe. « On fait une dizaine de variétés spéciales de miel, comme celui de canola, plus doux, ou le miel de châtaignier, plus fort. On vend nos produits dans les supermarchés indépendants et aussi dans les usines avec des coffrets pour les travailleurs qui ont 10 ou 15 ans d’ancienneté, etc. Mais certains de nos produits, comme les chandelles, sont uniquement vendus au marché de Noël de Francfort. Nous y sommes depuis 30 ans, et on y fait près de 50 % de notre chiffre d’affaires total », raconte-t-il.
Craintes climatiques
Son entreprise est bien rodée. La demande de miel est constante, les prix sont bons et ses enfants veulent en prendre la relève. La seule crainte, dit-il, concerne les changements climatiques. « Le climat se réchauffe, on le voit, et les abeilles produisent plus de miel. Mais les problèmes sont également plus nombreux. Nous avons maintenant un problème avec le varroa [parasite], et un frelon originaire d’Asie, très agressif, qui s’introduit dans les ruches pour tuer les abeilles. Si les étés deviennent aussi trop chauds, et trop secs, et qu’il n’y a pas suffisamment de nectar dans les fleurs, les abeilles n’en auront pas assez pour survivre. C’est une inquiétude », indique-t-il.
Pour l’instant, toute sa famille se concentre à recevoir les clients, dont plusieurs reviennent chaque année s’émerveiller d’une ambiance de Noël dans cette maison tricentenaire, qu’ils soient des citoyens allemands ou des touristes italiens, français ou… britanniques!
Le marché de Noël de Cologne se tient au pied d’une imposante cathédrale.
Une tradition datant du Moyen-Âge
À l’époque du Moyen-Âge, il existait, dans les villes allemandes, des marchés d’hiver, où les gens pouvaient acheter des vêtements chauds, de la nourriture et, parfois, des jouets en bois. Celui qui serait officiellement le plus vieux marché au monde lié à la période de Noël est le Dresdner Striezelmarkt de la ville de Dresde. Sa première édition remonte à 1434. L’Allemagne compte aujourd’hui plus de 2 000 marchés de Noël, dont celui de Cologne, reconnu pour son style magnifique au pied d’une imposante cathédrale, ou celui de Francfort-sur-le-Main, réputé pour faire sonner à l’unisson les clochers d’une dizaine d’églises.
Ce reportage en Allemagne a été rendu possible grâce à la participation financière de DLG.