Volailles 12 décembre 2025

Un couvoir forcé d’éliminer des milliers de dindonneaux en santé

Le Groupe Robitaille, propriétaire du Couvoir Unik, situé à Mont-Saint-Grégoire, en Montérégie, est forcé de détruire des milliers de dindonneaux destinés à un client américain. Cela s’explique par le fait qu’une zone de contrôle primaire a été décrétée, le 6 novembre, par l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) autour d’un petit site d’élevage commercial de volailles frappé par la grippe aviaire, à quelques kilomètres de son couvoir. 

Manon Racicot
Manon Racicot

Les ententes commerciales entre le Canada et d’autres pays, dont les États-Unis, font en sorte que la frontière se ferme pour tous produits de volailles provenant d’un élevage situé dans un rayon de 10 km d’un site infecté par la grippe aviaire hautement pathogène, comme le suggère l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA). « La même chose serait faite pour d’autres maladies, comme la peste porcine africaine (PPA), et de manière réciproque d’un côté ou de l’autre de la frontière », compare la Dre Manon Racicot, vétérinaire épidémiologiste à l’ACIA. 

Puisque le porc est en grande partie exporté, il y aurait conséquemment un problème de gestion des surplus et des pertes commerciales pour les élevages situés dans les zones infectées si un cas de PPA survenait, explique-t-elle. Un contrecoup nécessaire pour prévenir la propagation de la maladie, mais aussi pour maintenir le marché ouvert aux animaux provenant des autres zones non infectées, « sans quoi, ce serait toute la production canadienne ou québécoise qui ne pourrait plus être exportée », rappelle la vétérinaire.

De tels surplus bloqués à la frontière affecte moins des productions sous gestion de l’offre, comme le poulet et le dindon. Or, le Groupe Robitaille est parmi les rares au Canada, et le seul au Québec, qui exporte une partie de sa production de dindonneaux. « Notre dossier tombe dans une craque », déplore David Robitaille, directeur avicole pour le Groupe Robitaille. Au moment de l’entrevue avec La Terre, le 9 décembre, son couvoir avait été forcé de détruire 36 000 dindonneaux, faute d’avoir pu trouver d’autres élevages pouvant les accueillir au Québec, où cette production roule déjà au maximum de sa capacité.  D’ici à ce que la zone de contrôle primaire soit révoquée, autour du 16 décembre, il évaluait que ce serait environ 60 000 dindonneaux en bonne santé qui devraient être éliminés, « à cause d’un site commercial infecté par la grippe aviaire qui n’en comptait que 600 », regrette-t-il.

À ce sujet, la Dre Racicot indique qu’encore une fois, l’ACIA doit se plier aux règles des ententes commerciales internationales pour évaluer la pertinence d’établir une zone de contrôle primaire après une éclosion.

Si le site infecté est impliqué dans des échanges commerciaux et que les produits ne sont pas consommés exclusivement par son propriétaire, on doit émettre une zone de contrôle, car les risques de propagation sont plus élevés.

Manon Racicot

S’il reconnaît qu’il peut être difficile de déroger à ces règles internationales, M. Robitaille croit néanmoins que cela soulève un enjeu éthique. « Parce que ce sont des oiseaux en bonne santé que notre client américain veut avoir », mentionne-t-il. M. Robitaille fait valoir que la destruction d’une telle quantité de dindonneaux est une tâche laborieuse, alors que leurs installations ne sont pas adaptées pour cela. « On a parfois de petites quantités d’oiseaux à détruire, mais jamais de cette ampleur-là. C’est dégueulasse de payer nos employés pour faire ça », confie-t-il. 

Le plan de contingence tombe à l’eau

Le Groupe Robitaille avait pourtant un plan de contingence pour faire face à ce genre de situation. Les dindonneaux destinés au client américain devaient être réorientés en Ontario, au couvoir Cuddy Farms, qui exporte aussi une partie de sa production vers les États-Unis. Ce partenaire devait alors réorienter les dindonneaux du Couvoir Unik vers le marché canadien, alors qu’une partie de sa propre production, libre de traverser la frontière américaine, serait envoyée au client du Groupe Robitaille aux États-Unis. 

David Robitaille
David Robitaille

« C’est ce qui est absurde dans cette situation, observe M. Robitaille. Nos oiseaux sont tout à fait sains pour le marché canadien, où ils peuvent circuler librement même s’ils ont traversé une zone de contrôle primaire, mais ils ne le sont pas pour les États-Unis. »  

Le plan de contingence a bien fonctionné pendant une semaine, jusqu’à ce que le site de production de Cuddy Farm soit à son tour frappé par la grippe aviaire, le 16 novembre, ce qui a mis fin à toute possibilité d’exportation.

Coincé, le Groupe Robitaille a alors demandé une dérogation pour pouvoir continuer à exporter ses oiseaux, jugeant que les risques d’infection à la grippe aviaire étaient pratiquement nuls, mais l’ACIA n’a pas été en mesure de lui accorder cette permission. C’est la première fois que l’entreprise fait face à une situation de cette ampleur, qui a engendré des pertes financières que M. Robitaille estime au-delà de 240 000 $ en pertes de revenus et en coûts d’incubation des œufs. 

Selon lui, il n’y a aucune compensation possible, puisque leurs oiseaux n’ont pas reçu d’ordre de destruction de l’ACIA, n’étant pas ceux qui sont infectés par la grippe aviaire.  « Je ne sais pas encore comment on arrivera à se remonter de ça. C’est une vraie catastrophe pour l’entreprise », dit celui qui, au moment de mettre le journal sous presse, le 11 décembre, espérait toujours qu’une solution soit trouvée pour éviter de devoir continuer d’abattre des dindonneaux.