Ma famille agricole 5 décembre 2025

Honneur à un clan tissé serré de Cap-Santé

La famille Jacobs représente ce que l’agriculture familiale peut offrir de meilleur : une entreprise florissante, une forte solidarité et une relève motivée par des valeurs solides. Cette réussite tous azimuts lui vaut sans contredit le titre de la Famille agricole de l’année. 

Jean Jacobs et Marian Ghielen, à la tête de cette belle famille de 4 enfants et 14 petits-enfants, ne s’attendaient absolument pas à recevoir cette distinction décernée par la Fondation de la famille agricole. « Ce sont nos filles qui ont monté le dossier de candidature », a confié Mme Ghielen, en toute humilité, toujours surprise de la nouvelle.

Ce couple d’agriculteurs, maintes fois récompensé pour la qualité de son troupeau, est pourtant habitué aux honneurs. Il collectionne non seulement les prix dans les expositions, mais aussi les médailles du Mérite agricole. À trois reprises, M. Jacobs s’est vu décerner le titre de Maître éleveur par Holstein Canada. La réputation de ses animaux reproducteurs est établie dans tout l’est du Canada et des États-Unis.  

Se voir remettre le titre de famille de l’année symbolise cependant une réussite globale et l’atteinte d’un idéal de vie, souligne Mme Ghielen, émue.

« Cela signifie qu’on a accompli notre rêve d’avoir transmis à nos enfants l’amour de la terre et de la génétique », avance celle qui a longtemps siégé au conseil d’administration de Holstein Québec.

Persévérance et résilience

L’histoire de la ferme Jacobs est marquée par la persévérance et la résilience. Elle commence en 1951, lorsque Léo Jacobs et Nellie Kerstein, les parents de M. Jacobs, arrivent de Hollande avec seulement 100 $ en poche et des rêves plein la tête. 

Après des années de durs labeurs, le jeune couple parvient à acquérir, en 1965, une ferme de 59 bêtes, dont 36 vaches laitières, avec 139 acres de terre à Cap-Santé. Anecdote cocasse : c’est le père de Mme Ghielen, lui aussi hollandais, qui prête les 5 000 $ nécessaires à l’achat de la ferme. 

« Mon père a remboursé cette dette en quatre ans », glisse Jean Jacobs, qui épousera Marian en 1977 avant de prendre la direction de l’exploitation.

En l’espace de 60 ans, sous la gouverne du couple Jacobs-Ghielen, la petite ferme d’origine est devenue le berceau de quatre entreprises agricoles florissantes. Elle a aussi engendré plusieurs vocations agricoles puisque les quatre enfants de la famille Jacobs travaillent aujourd’hui en agriculture. 

Les deux aînés, Yan et Ysabel, ont rejoint leurs parents dans l’entreprise familiale au début des années 2000. Le conjoint d’Ysabel, Tyler Doiron, a acquis une ferme voisine en 2010.

Le fils cadet du couple, Kevin, possède pour sa part une entreprise laitière à Sainte-Brigitte-des-Saults, près de Drummondville. Et la benjamine de la famille, Laurie, est propriétaire, avec son conjoint, Mathieu Jalbert, d’une ferme laitière à Saint-Basile-de-Portneuf. 

Un tout nouveau complexe laitier, qui abrite six robots de traite, a été construit en 2020 à la suite d’un incendie majeur survenu l’année précédente.
Un tout nouveau complexe laitier, qui abrite six robots de traite, a été construit en 2020 à la suite d’un incendie majeur survenu l’année précédente.

Transmission de la passion

La passion pour l’agriculture de Jean Jacobs et Marian Ghielen relève de l’évidence. Ce n’est pas sans raison que la qualité de leur travail et leur implication ont été reconnues en 2016 à la World Dairy Expo, aux États-Unis. 

Les fruits ne sont pas tombés loin de l’arbre. Comme leurs parents, les quatre enfants n’hésitent pas à s’impliquer dans les comités d’exposition et de concours. Leur dévouement et leur leadership ont notamment été reconnus par des organisations comme la Royal Agricultural Winter Fair, à Toronto, et la World Dairy Expo. 

Quel est le secret pour inspirer à ses enfants l’envie de l’agriculture ?

« Nous leur avons laissé la chance de faire leurs propres expériences », répond simplement Jean Jacobs, avant de donner un exemple : « À 16 ans, Yan m’a dit qu’il aimerait s’occuper du troupeau. Je savais qu’il allait commettre des erreurs, mais je lui ai fait confiance. Si tu ne le laisses pas s’essayer, il n’apprendra pas », souligne le patriarche. 

Cette même recette est appliquée aux petits-enfants. L’été dernier, les quatre adolescents de Yan et d’Ysabel ont remis en marche une vieille presse à foin pour produire du fourrage pour les maraîchers et les éleveurs de chevaux des alentours. 

« J’étais certain qu’ils perdaient leur temps avec cette vieille machine. Mais franchement, c’était beau de les voir s’essayer à la faire marcher. Et ils ont réussi ! » s’étonne encore le grand-père.

Voir ainsi une nouvelle génération trouver sa place à la ferme comble de bonheur la grand-mère. « J’aimerais arrêter le temps. Je trouve ça de valeur de vieillir quand je les vois s’accomplir. Ça va trop vite », conclut-elle.  

Jean Jacobs s’est vu décerner le titre de Maître éleveur par Holstein Canada à trois reprises.

Jean Jacobs s’est vu décerner le titre de Maître éleveur par Holstein Canada à trois reprises.

Une passion pour la génétique

La force de la ferme Jacobs repose sur la bonne génétique de son troupeau. En 1994, l’achat de la vache Cotopierre Lindy Bertha a permis d’établir la lignée de vaches la plus exploitée à la ferme. Au fil du temps, la vente d’embryons et d’animaux est devenue une source de revenus importante. Les quatre encans tenus depuis 2019 ont attiré à Cap-Santé des producteurs d’un peu partout dans le monde. La ferme possède même sa propre plateforme de vente en ligne.

« Nous aimons travailler avec de bonnes vaches », explique simplement Marian Ghielen. « C’est une passion de vouloir développer une vache modèle et de chercher comment l’améliorer constamment. Et lorsque tu te retrouves avec plusieurs bonnes vaches avec un potentiel génétique assez élevé, tu as envie d’en faire profiter un maximum de producteurs laitiers. »

En l’espace de 60 ans, sous la gouverne de Jean Jacobs et de Marian Ghielen, la petite ferme d’origine est devenue le berceau de quatre entreprises agricoles florissantes.

En l’espace de 60 ans, sous la gouverne de Jean Jacobs et de Marian Ghielen, la petite ferme d’origine est devenue le berceau de quatre entreprises agricoles florissantes.

L’esprit de corps

Le sens de la famille est ancré profondément chez les Jacobs. Malgré les longues journées de travail, tous se font une joie de se retrouver entre eux, souvent autour d’un repas préparé par Marian. Les employés font aussi partie des invités.

« Les enfants ont toujours aimé être ensemble, peu importe que ce soit pour travailler ou s’amuser. C’est encore pareil aujourd’hui », se réjouit la mère de famille. « Quand l’un d’eux a besoin d’aide, tout le monde se relève les manches », dit-elle.

Cette bonne entente repose sur le respect de chacun, croit-elle : « Dans un couple, nous sommes tous les deux différents. Il a son idée et j’ai la mienne. Mais on s’est toujours respectés. Sans doute qu’on a transmis ce respect sans nous en rendre compte. »

Le bon exemple a percolé jusqu’aux petits-enfants. L’un d’eux, Charlie, souffre d’une maladie dégénérative qui le confine à un fauteuil roulant. Tous ses frères, sœurs, cousins et cousines s’assurent néanmoins de le garder près d’eux. « Ils ont acheté un traîneau pour qu’il puisse faire de la motoneige avec eux. Il est important pour eux que Charlie puisse les suivre », raconte la grand-mère avec bonheur. 

Nom de la ferme :

Ferme Léo Jacobs et Fils

Spécialité :

Production laitière

Année de fondation :

1965

Noms des propriétaires :

Jean Jacobs, Marian Ghielen, Yan Jacobs et Ysabel Jacobs

Nombre de générations :

3

Superficie en culture :

919 acres

Cheptel :

1 200 têtes

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