Acériculture 1 décembre 2025

Même s’ils ont profité des fonds, les acériculteurs refusent d’appuyer le marché du carbone

Bien que des acériculteurs soulignent leur besoin de protéger les érablières des changements climatiques, une majorité d’entre eux ont refusé de voter en faveur d’une résolution visant à maintenir en place le système québécois de tarification du carbone et son fonds monétaire dédié à l’adaptation aux changements climatiques. Le vote, très serré, a été tenu le 27 novembre, à Lévis, dans le cadre de l’assemblée semi-annuelle des Producteurs et productrices acéricoles du Québec (PPAQ).

Certains producteurs ont dit ne plus vouloir verser de suppléments monétaires sur le carburant qu’ils achètent, supplément qui est versé dans le Fonds d’électrification et de changements climatiques du gouvernement québécois.

« On met de l’argent et on ne va pas chercher ce qu’on met », ont critiqué plusieurs d’entre eux au micro.

Le président des PPAQ, Luc Goulet, sans prendre parti, a toutefois précisé que les PPAQ était l’une des fédérations spécialisées qui a le plus utilisé ce fonds gouvernemental, notamment pour subventionner les producteurs qui effectuaient la conversion d’évaporateur au mazout vers des modèles électriques ou fonctionnant aux granules.

« Quêter les culottes à terre »

Cette résolution a été proposée par l’acériculteur Dominique Gravel, également  professeur au département de biologie de l’Université de Sherbrooke. Ce dernier a expliqué que les changements climatiques allaient assurément avoir un effet sur les érablières à long terme, que ce soit en raison des sécheresses, des insectes ravageurs, etc. Il a stipulé que de mettre fin à la contribution des agriculteurs au marché du carbone, comme le souhaite les Producteurs de grains du Québec et les Producteurs en serre du Québec, aura deux effets négatifs pour les acériculteurs. « À court terme, ça va arrêter nos efforts pour essayer de limiter nos impacts sur nos émissions de gaz à effet de serre. Ensuite ça va couper court aux programmes d’aide qu’on a absolument besoin pour faire face aux changements climatiques. […] éventuellement, ces changements-là vont survenir et on va avoir l’air de quêter avec les culottes à terre, après avoir refusé de contribuer au Fonds vert, en essayant d’avoir de l’argent et des indemnisations. » Dominique Gravel a ajouté que de se désengager d’un marché du carbone pourrait nuire à la commercialisation du sirop d’érable sur les marchés européens.

Des producteurs comme Francois Rhéaume ont suggéré de délaisser la contribution au marché du carbone du Québec pour que les agriculteurs se créent plutôt leur propre fonds vert, administré par l’Union des producteurs agricoles. « On va être sûr que l’argent va nous revenir », a-t-il dit. Dominique Gravel est revenu au micro pour souligner que le marché du carbone provincial oblige les grands émetteurs, comme les cimenteries, à mettre des montants très élevés dans le fonds provincial. Advenant le cas où les acériculteurs décident plutôt de se constituer leur propre fonds, ils se priveront de cet argent supplémentaire provenant des grands pollueurs, argue-t-il.  

À l’encontre de la famille?

Finalement, des producteurs comme Mario Roy se sont dit mal à l’aise d’adopter une résolution qui supporterait le marché du carbone et qui irait à l’encontre de la position d’autres groupes d’agriculteurs, dont les Producteurs de grains du Québec et les Producteurs en serre du Québec.

Jonathan Blais, un autre producteur, n’y voyait pas de problème, disant que sans les programmes d’aide environnementale, plusieurs acériculteurs, dont lui, n’auraient pas pu changer leur évaporateur au mazout pour un modèle moins polluant, ce qui freinerait l’atteinte des cibles environnementales des PPAQ. À ce sujet, il a souligné l’importance de continuer d’avancer. 

Les chlorates dans le sirop, comme une autre norme du plomb?

Une résolution importante qui a également laissé place à des positions opposées concerne la présence de résidus de chlorates dans le sirop. Il a été voté à la majorité de demander aux PPAQ de décourager l’utilisation des produits de nettoyage et d’assainissements chlorés, pour plutôt recommander l’utilisation d’options non chlorées. Cette stratégie vise à respecter la réglementation des Européens, un marché de 165,6 M$ et qui représente 23 % des exportations de sirop canadien.

L’acériculteur Normand Urbain s’est dit contre. « C’est mettre le bras dans le tordeur pour qu’ils arrivent avec des pénalités après. Si [les acheteurs] veulent des garanties d’un sirop sans chlorate, ça demande des investissements, des vérifications, etc. Ils paieront la différence. » Un autre producteur, Luc Farley, s’est également montré contre, arguant que le sirop biologique est sans chlorate. Si les acheteurs de sirop conventionnel ne veulent pas compenser les producteurs pour qu’ils adoptent une régie sans chlorate, qu’ils achètent du bio, recommande-t-il.

Roberto Landry a dit que la problématique de chlorate est connue depuis 2021. « On vas-tu attendre de perdre le marché de l’Europe? Le chlore ne devrait plus exister dans nos cabanes. C’est plate à dire mais c’est ça », a dit l’acériculteur d’expérience.