Machinerie 28 novembre 2025

Une machine de 33 tonnes à 1,3 M$ pour récolter les betteraves 

EICHSFELD-WIPPERAUE, ALLEMAGNE – En pleine nuit, après une heure et demie à rouler dans l’Allemagne profonde, le GPS de la voiture trouve difficilement son chemin quand finalement, au loin, se dessine une immense machine entourée de puissantes lumières, semblable à un vaisseau spatial. En approchant, le groupe de trois journalistes internationaux auquel prend part La Terre constate qu’il s’agit bien de la récolteuse à betteraves à sucre recherchée.

Andreas Dittmann, le conducteur de cette récolteuse de 33 tonnes à 1,3 M$, ouvre la porte avec un sourire franc, fier d’expliquer comment se déroule sa récolte. Car si l’industrie de la betterave sucrière a cessé ses activités dans les années 1980 au Québec, la situation est tout autre en Europe, où plusieurs pays, dont l’Allemagne, en tirent un revenu agricole majeur. 

Afin de minimiser les charges sur le sol, les récolteuses automotrices de betteraves sont équipées d’un système de conduite en mode crabe, c’est-à-dire que la trajectoire des roues est décalée de sorte qu’elles ne circulent pas dans la trace de la roue précédente.
Afin de minimiser les charges sur le sol, les récolteuses automotrices de betteraves sont équipées d’un système de conduite en mode crabe, c’est-à-dire que la trajectoire des roues est décalée de sorte qu’elles ne circulent pas dans la trace de la roue précédente.

Un chantier 24 h/24

Avec chacun près d’une trentaine de millions de tonnes de betteraves produites annuellement, la France et l’Allemagne se classent parmi les quatre plus gros producteurs mondiaux de betteraves sucrières. « Le rendement est bon, cette année. Nous avons environ 100 tonnes à l’hectare (t/ha). Une mauvaise année, c’est 60 tonnes et une très bonne, 120 t/ ha », dit M. Dittmann, qui travaille de nuit. Un confrère prendra la relève après ses 12 heures passées sur la machine, car de la fin octobre à la mi-novembre, les opérateurs se relaient pour conduire 24 h sur 24 et sept jours par semaine lorsque les conditions le permettent. Les producteurs se sont regroupés sous une coopérative qui possède cinq récolteuses évoluant dans un rayon d’une centaine de kilomètres. 

La santé du sol et la fertilisation sont les deux facteurs ayant le plus d’incidence sur la production de betteraves, signale l’agriculteur allemand, qui utilise des engrais verts, comme de la moutarde. Il ne faut pas exagérer en ajoutant trop d’azote, glisse-t-il, car la teneur en sucre de la culture diminue. 

Les producteurs entreposent leurs betteraves en bordure du champ jusqu’à ce que l’usine puisse les recevoir.
Les producteurs entreposent leurs betteraves en bordure du champ jusqu’à ce que l’usine puisse les recevoir.

Le marché du sucre s’effondre

Sur les 113 pays qui produisent du sucre à travers le monde, 42 le font à partir de la betterave à sucre, indique un rapport de recherche de DLG, une association d’agriculteurs allemands. La betterave sucrière est employée en Allemagne pour produire du sucre blanc, mais aussi pour être transformée en bioéthanol, car il s’agit de l’un des rendements en matière sèche les plus élevés de toutes les cultures qui se prêtent à la fermentation. 

Seule ombre au tableau : le prix du sucre à la bourse, qui avait connu une hausse depuis quelques années, a baissé de près de 30 % depuis un an. Cela se répercute au champ, se désole Andreas Dittmann.

Tout le marché du sucre s’effondre. Avoir 60 euros [98 $ par tonne de betteraves à sucre] serait bon, mais nous aurons 45 euros [73 $] cette année.

Andreas Dittmann

De la technologie 

L’art de la culture de la betterave à sucre a évolué. La tête de betterave a désormais une base de feuilles nettement plus petite et contient moins de substances nocives non sucrées en raison des progrès de la sélection génétique, indique le rapport de recherche de DLG. 

Une gigantesque machine est conçue spécialement pour déplacer rapidement les betteraves de l’andain au camion.
Une gigantesque machine est conçue spécialement pour déplacer rapidement les betteraves de l’andain au camion.

La technologie des récolteuses a également progressé, avec des machines automotrices dont la manipulation endommage moins les betteraves et qui minimisent la compaction des sols comparativement aux récolteuses tractées. Les machines automotrices, comme la Tiger 6 S que conduit Andreas Dittmann, possèdent un système qui ajuste automatiquement la hauteur de l’effeuilleuse et du scalpeur afin que les plants plus gros et plus feuillus autant que les plus petits soient scalpés précisément au collet, afin de minimiser les pertes et offrir une meilleure qualité aux transformateurs. 

Plusieurs capteurs et moniteurs facilitent la récolte, mais l’opérateur doit bien surveiller la profondeur de l’arracheuse de betteraves, souligne M. Dittmann.
Plusieurs capteurs et moniteurs facilitent la récolte, mais l’opérateur doit bien surveiller la profondeur de l’arracheuse de betteraves, souligne M. Dittmann.

Entreposage gratuit en bout de champ

Les usines de transformation ne fournissent pas devant les millions de tonnes de betteraves que récoltent les Allemands. Nul besoin d’infrastructure d’entreposage, les producteurs érigent simplement des andains géants de betteraves en bordure de champ. Selon les ententes de livraison, elles sont ensuite chargées dans un camion à des dates prédéterminées. Seul un gel important suivi de temps chaud pourrait les faire pourrir, affirme M. Dittmann. 

Ce dernier retourne aux commandes de sa machine après avoir conclu l’entrevue avec un étincelant Tschüss, ce qui signifie au revoir.  

Comment transformer les betteraves en sucre?

  • La betterave à sucre, à ne pas confondre avec la betterave rouge, affiche une teneur en sucre d’environ 18 % par rapport à son poids.
  • Arrivées à l’usine, les betteraves sont lavées avec de puissants jets d’eau, relavées dans des systèmes rotatifs et relavées encore sur un convoyeur pour enlever la terre, les roches et les impuretés.
  • Elles sont finement tranchées de la taille d’une frite afin d’en extraire plus efficacement le sucre.
  • La matière est ensuite placée dans un extracteur fonctionnant à l’eau bouillante où le sucre des betteraves est relâché dans l’eau.
  • Il en ressort une pulpe semblable à du bran de scie et de l’autre côté, un sirop sucré, qui est bouilli pour cristalliser le sucre.
  • Le sucre de betterave ne serait pas différent du sucre blanc, indique un portrait de Statistique Canada sur cette industrie.

Ce reportage en Allemagne a été rendu possible grâce à la participation financière de DLG.