Acériculture 21 novembre 2025

Les acériculteurs du Bas-Saint-Laurent se sentent floués

Les producteurs et productrices acéricoles du Bas-Saint-Laurent ont manifesté devant les bureaux régionaux du ministère des Ressources naturelles et des Forêts, de même que devant le bureau de leur députée provinciale, le 21 novembre, à Rivière-du-Loup, afin de forcer le gouvernement du Québec à respecter sa parole et de leur octroyer 2 000 hectares d’érablière en forêt publique pour y produire du sirop d’érable.

« On se sent trahis. On avait une entente pour 2 000 ha, mais ils viennent nous dire qu’ils nous laissent 1 000 ha. Ici, dans la région, les peuplements d’érable sont extrêmement convoités par l’industrie forestière, par le développement éolien, etc. Mais ce n’est pas vrai qu’on va laisser 1 000 ha d’érablière partir comme ça », dit Justin Plourde, président des Producteurs et productrices acéricoles du Bas-Saint-Laurent–Gaspésie.

Les acériculteurs n’ont toutefois pas bloqué de route ni l’accès aux édifices gouvernementaux.  « On ne voulait pas embêter la population. On voulait se faire entendre du Ministère. On a fait une marche symbolique et nous avons apporté des barils vides à leur bureau. On a laissé des chaudières d’eau d’érable avec de la ripe de bois, comme quoi le Ministère préfère recueillir de la ripe au lieu de l’eau d’étable », explique M. Plourde.

Il dit que des responsables du ministère des Ressources naturelles et des Forêts les a invités à négocier plutôt que manifester. « Ils veulent négocier pour moins de 2 000 ha. C’est négocier de mauvaise foi. Pour nous, il n’y a plus de négo; on va se battre pour le 2 000 ha. Dans les autres régions, ça marche [et les hectares promis seront octroyés], pourquoi est-ce différent dans le Bas-Saint-Laurent? » questionne-t-il.

200 producteurs

Selon lui, la mobilisation actuelle des acériculteurs est un signal fort.

Il y a 200 producteurs qui se sont levés ce matin pour venir manifester. C’est ma réponse qu’on ne lâchera pas, car c’est inconcevable qu’un gouvernement se moque des producteurs d’une des plus importantes régions acéricoles du Québec.

Justin Plourde

Justin Plourde explique que les barrières tarifaires des Américains sur le bois d’œuvre entraîneront un ralentissement économique et des mises à pied dans sa région et il croit que de développer l’acériculture en forêt publique se révèle une solution pour créer des emplois et de la richesse. « Juste l’an passé, nous avons vendu plus de 150 M$ de sirop au Bas-Saint-Laurent », argue-t-il.

Advenant le cas que le Ministère rejette leur demande du 2 000 ha, M. Plourde affirme que les autres régions prêteront main-forte au Bas-Saint-Laurent. « Ce n’est pas une seule région que le ministère aura sur le dos, mais les 12 régions [acéricoles] », promet-il.

Québec ne recule pas

La Terre a demandé au ministère des Ressources naturelles et des Forêts (MRNF) s’il honorera l’entente âprement négociée entre la ministre de l’époque, Maïté Blanchette Vézina, et les Producteurs et productrices acéricoles du Québec (PPAQ). « L’entente de principe conclue entre le ministère des Ressources naturelles et des Forêts et les PPAQ le 22 mai 2025, confirmant une répartition de superficies dédiées à l’acériculture dans les différentes régions à potentiel acéricole du Québec, est toujours valide et fait l’objet de discussions avec les PPAQ quant à sa mise en œuvre. Par cette entente de principe, le MRNF s’est engagé à octroyer une banque de superficies de 50 000 hectares pour assurer le développement de la filière acéricole à long terme, soit pour les vingt prochaines années. Cette réserve de superficies s’ajoute aux 45 300 hectares actuellement sous permis en forêt publique, pour un total de près de 100 000 hectares », répond le service des relations publiques du ministère. L’abandon du projet de loi 97, visant principalement à moderniser le régime forestier, ne modifie en rien l’entente de principe ni les travaux en cours en lien avec l’identification des superficies pour le développement de l’acériculture, ajoute le relationniste. Concernant le sentiment de trahison décrit par les producteurs du Bas-Saint-Laurent, le ministère répond que l’entente négociée de bonne foi en mai dernier avait été acceptée de toutes les parties prenantes et qu’il s’agit d’une entente nationale qui doit être considérée dans son ensemble, et non régionalement. « D’ailleurs, plusieurs organisations régionales des producteurs acéricoles sont satisfaites […]. L’industrie forestière traverse une crise importante, et nous avons le rôle d’assurer l’équilibre entre les différents usagers de la forêt publique », explique le ministère des Forêts.