Erik Guttulsröd (à gauche) animait différentes conférences dans le cadre d’Agritechnica, en Allemagne. Photo : Martin Ménard/TCN
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S'abonner maintenant« Je pense que l’époque où il était assez facile de gagner de l’argent en agriculture est un peu révolue. Nous sommes dans une phase de restructuration, et les exploitations agricoles doivent se professionnaliser, se spécialiser davantage. Elles ont également besoin de nouvelles compétences en gestion. Une exploitation agricole de taille moyenne avec des rendements moyens aura du mal à se développer à l’avenir. Comme producteur, c’est maintenant qu’il faut décider dans quel groupe je suis », analyse Erik Guttulsröd, responsable économique pour DLG, une association qui compte près de 30 000 agriculteurs allemands. Erik Guttulsröd et DLG ne se font pas de cachette sur l’agriculture; ce sont les fermes les moins efficaces et les moins bien gérées qui disparaîtront. Et ce processus est très rapide, dit-il.
Perdre 150 000 fermes
En entrevue avec La Terre, il fait part d’une étude indiquant que l’Allemagne affiche près de 250 000 exploitations agricoles actuellement et que les projections pour 2040 font état d’environ 100 000 exploitations agricoles restantes. Le mouvement de consolidation devrait donc faire disparaître entre 100 000 et 150 000 fermes. Mais ce n’est pas impossible pour les entreprises de petite et de moyenne taille d’éviter la disparition, dit-il.
Je suis convaincu que si quelqu’un a l’esprit ouvert, il pourra s’améliorer progressivement. Il doit examiner son exploitation, connaître ses coûts, prendre certaines décisions et devenir un gestionnaire. Il doit commencer dès maintenant, pas dans 10 ou 15 ans. Car alors, il sera peut-être trop tard.
L’État devrait mieux soutenir les agriculteurs, plaide-t-il, mais pour être pérennes, les fermes ne doivent pas se fier sur les politiques gouvernementales comme bouée de sauvetage. D’ailleurs, Astrid Jakobs de Pádua, cheffe du Département agriculture et nutrition à l’ambassade de l’Allemagne, à Paris, expliquait que les politiciens européens ne pourront pas toujours donner autant de subventions à leurs agriculteurs. Elle présentait son point de vue dans le cadre d’une conférence économique à Agritechnica, le 12 novembre, intitulée Comment l’agriculture peut-elle demeurer durable face aux défis mondiaux et face à la pression pour l’efficacité?
Cette conférence était justement animée par Erik Guttulsröd, qui disait, en coulisses, que les producteurs devront investir dans les technologies qui les rendront plus efficaces, que ce soit l’automatisation, l’utilisation de drones, etc. Mais selon lui, l’équipement, ce n’est pas tout, et il assure que les producteurs doivent prendre les bonnes décisions pour leurs stratégies de culture et l’achat de leurs intrants. « Un producteur qui cultive du colza tous les trois ans a besoin de plus de produits chimiques que dans un système de rotation où le colza est aux six ans », donne-t-il en exemple. Accroître ses compétences comme producteur pour intensifier la production des cultures à l’hectare permet de réduire ses coûts à la tonne et ses émissions de CO2, deux aspects qui positionneront mieux la ferme à long terme.
La taille moyenne des fermes en Allemagne est de 62 hectares, mais il y a des entreprises de plus de 1 000 ha. Les fermes plus efficaces et mieux gérées mettent de la pression sur les autres, car elles bénéficient souvent de meilleurs taux d’intérêt en fonction de leur meilleure note auprès des institutions bancaires, pointe M. Guttulsröd. Elles sont donc en position pour acheter les fermes moins performantes. Pour aller chercher des gains d’efficacité, il souligne que les petites fermes doivent changer leur façon de penser, en se regroupant avec des voisins par exemple, pour acquérir des équipements qui leur permettront d’être plus précis et plus performants dans leurs cultures. Elles doivent aussi se poser des questions sur leur modèle d’affaires, s’il n’y avait pas d’autres cultures, ou de meilleures possibilités pour leur ferme, soumet-il.
La production laitière en bonne santé
Erik Guttulsröd donne l’exemple de la production de lait en Allemagne, qui a subi une crise après l’éclatement de la gestion de l’offre en 2015. Plusieurs entreprises ont disparu, mais le nombre de vaches n’a pas diminué depuis. « Cela signifie qu’au cours des dix dernières années, de nombreuses exploitations agricoles se sont développées. La structure a changé. À l’heure actuelle, le secteur laitier fonctionne très bien. Les entreprises sont très professionnelles et efficaces. »
Le dilemme est inverse dans la production de porcs. Malgré une bonne période dernièrement, le scepticisme de la société européenne à l’égard de la production de viande, pour des questions de bien-être animal, entraîne un doute chez les producteurs. « Si vous investissez dans une porcherie, vous devez avoir la certitude de pouvoir produire pendant 10 ans ou 20 ans, mais que se passera-t-il dans les 10 ou 20 prochaines années? Ce n’est pas simple pour les producteurs », nuance-t-il.
Ce reportage en Allemagne a été rendu possible grâce à la participation financière de DLG.