Grandes cultures 19 novembre 2025

Des conditions de récolte du maïs qui stressent les producteurs

« Ici, le maïs, ce n’est clairement pas fini! Il est tombé 22 centimètres de neige. Je n’ai jamais vu ça pour un début novembre. Il a fallu attendre que la neige fonde, car elle bourrait dans les passes [de la moissonneuse-batteuse]. Le problème, c’est que la terre est en bouette maintenant. Si on force, on trace, on compacte, alors on bat de nuit pour marcher sur un sol gelé, mais ça défonce par endroits. L’automne commence à être tough », résume Miguel Lord, qui était debout depuis 4 h du matin, le jour de l’entrevue, pour récolter des champs situés à Notre-Dame-de-Stanbridge, en Estrie.

Lors des dernières chutes de neige, il s’est dépêché de rejoindre l’entreprise de déneigement pour laquelle il travaille afin d’installer les lames et les souffleurs à neige sur les tracteurs qui servaient à la récolte.

On a piné les souffleurs en catastrophe. Ça faisait drôle de déneiger avec des tracteurs sales. Habituellement, le gars pour qui je travaille aime ça quand ses tracteurs sont Spic and Span, mais on n’avait vraiment pas le temps de les nettoyer, surtout qu’il a fallu réenlever tous les équipements de neige pour retourner récolter.

Miguel Lord

Les semis retardés de trois semaines en raison de la pluie du printemps expliquent en partie ces récoltes qui s’étirent. Autre point négatif : Miguel Lord mentionne que le maïs demeure humide, affichant entre 28 % et 30 % d’humidité. « Les frais de séchage vont exploser », signale-t-il, spécifiant que le rendement varie énormément, avec des champs qui performent et d’autres frôlant un maigre 7,5 tonnes à l’hectare (t/ha).

La neige qui perdure sur certaines feuilles de maïs obstrue le mécanisme interne de la moissonneuse-batteuse. Crédit :Gracieuseté de Miguel Lord

Les conditions pour les travaux de sol n’ont rien pour le réjouir. Il a dû délaisser son équipement à disques qui lissait cette terre trop humide. « J’ai sorti la charrue pour ne pas faire de compaction. Je finissais de labourer, je faisais une sieste de deux heures et, après, je sautais dans la batteuse », décrit celui qui est membre de la Fédération de la relève agricole du Québec.

Dans le Centre-du-Québec, le conseiller en cultures Alexandre Couture estime qu’il reste encore 40 % des superficies de maïs à récolter. Avec le sol détrempé et mou, des producteurs préfèrent attendre de fortes gelées pour éviter de compacter leurs champs. Selon les prévisions météorologiques, cela devrait se produire seulement au début décembre.

Dur sur le mental

En Mauricie, Thomas Leblanc a hâte que cette saison se termine, lui qui récolte aussi de nuit, mais qui éprouve parfois des problèmes avec la moissonneuse, colmatée par la neige saupoudrée sur les feuilles. « Il y a bien du monde qui décide d’attendre au mois de décembre avant de finir de récolter. Mais on ne connaît pas l’avenir. S’il tombe de plus grosses tempêtes et qu’on n’est plus capables de récolter, ça ne sera pas mieux. Cette année, si on veut faire nos paiements, on ne peut pas se permettre de laisser du grain au champ. On n’a pas d’élevage. C’est juste le grain qui nous fait vivre, alors on ne prend pas de chance », raisonne celui dont la famille cultive un total de 480 ha.

Démarrer la moissonneuse en pleine nuit à des températures froides n’est pas l’idéal pour les équipements de récolte, estime Thomas Leblanc. Crédit : Thomas Leblanc

Au moins, les rendements sont bons dans son secteur de Yamachiche, avec 12 t/ha d’un grain assez sec à 22 % d’humidité. « Mais ça commence à être dur sur le mental. Habituellement, quand il neige, tout est fini, mais là, rien n’est fini. Il faut continuer. On va finir par y arriver… »