Chacun dans leur ferme, les producteurs Jean-Philippe Pelletier et Nathalie Lemieux vivent des problèmes liés aux tensions parasites. Photos : Maurice Gagnon
Ce contenu est réservé aux abonnés.
Se connecterSi ce n’est pas déjà fait, abonnez-vous pour moins de 1 $ par semaine.
S'abonner maintenantÀ Saint-André-de-Kamouraska, les producteurs laitiers Jean-Philippe Pelletier et Nathalie Lemieux, qui sont voisins, font face, depuis quelque temps, à un phénomène électrique pour le moins déroutant. Depuis plusieurs mois, leurs vaches manifestent des signes de stress : nervosité à la traite, baisse de production, problèmes de reproduction. Après avoir éliminé les causes habituelles – alimentation, santé, ventilation –, ils ont fini par mettre le doigt sur un ennemi discret, mais redoutable : les tensions parasites, ces faibles courants électriques qui circulent dans les structures métalliques, le béton ou même l’eau des abreuvoirs.
Ce sont les animaux qui nous disent qu’il y a un problème. Quand une vache refuse de boire ou d’entrer dans la salle de traite, c’est qu’il y a quelque chose qui cloche.
Chez lui, comme chez sa voisine Nathalie Lemieux, les comportements anormaux se multiplient sans cause apparente. Malgré des installations conformes et bien entretenues, le problème persiste. Un courant se perd quelque part dans le réseau électrique ou dans les équipements de la ferme, difficile à localiser et presque impossible à voir.
Un phénomène répandu
Des cas semblables sont signalés dans d’autres MRC du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie, souligne Mme Lemieux, qui est présidente de la Fédération de l’Union des producteurs agricoles (UPA) du Bas-Saint-Laurent. Les éleveurs touchés décrivent des troupeaux nerveux, des baisses de production de lait et des frais vétérinaires en hausse. Le phénomène, encore mal compris et parfois minimisé, entraîne des pertes économiques importantes et un profond sentiment d’impuissance chez les producteurs.

Deux électriciens qualifiés ont visité les installations de M. Pelletier et de Mme Lemieux afin de poser un diagnostic. « On ne parle pas d’une croyance », note Maxime Martin, électricien spécialisé dans les tensions parasites, l’un des rares au Québec à se consacrer presque exclusivement à cette problématique. « C’est de l’électricité réelle, mais diffuse, qui trouve un chemin imprévisible dans les bâtiments. » Selon lui, les tensions parasites peuvent provenir aussi bien d’un équipement défectueux que du réseau d’Hydro-Québec, surtout dans les fermes situées en fin de ligne, comme celles de M. Pelletier et de Mme Lemieux.
L’expert explique que la détection repose d’abord sur l’inspection de l’installation électrique par un spécialiste et, surtout, sur l’observation du comportement des animaux. « Les vaches réagissent dès qu’un courant circule dans le sol ou les structures. Parfois, on voit une différence immédiatement après correction », dit-il. M. Martin souligne aussi que plusieurs problèmes découlent de mauvaises conceptions d’étables.
Si on pense à la prévention dès la construction, on s’épargne beaucoup de troubles.
Une résolution
Consciente de la portée du problème, la Fédération de l’UPA du Bas-Saint-Laurent a adopté, le 30 octobre, à Rivière-du-Loup, une résolution visant à soutenir les producteurs confrontés à ces tensions parasites.
La résolution adoptée demande à l’Union des producteurs agricoles d’améliorer la coordination entre tous les intervenants concernés – électriciens, ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, Hydro-Québec et réseau Agriconseils –, de veiller à la formation adéquate des électriciens sur les normes agricoles et la détection des tensions parasites, d’accroître le nombre d’experts disponibles dans le réseau Agriconseils afin d’assurer un service continu, et de mettre sur pied un comité d’experts incluant des producteurs pour assurer une veille et favoriser la diffusion des connaissances dans le milieu agricole.
Le producteur Maurice Veilleux suggérait que les acheteurs qui n’exploitent pas leur terre n’aient pas droit aux crédits de taxes foncières.
L’accaparement des terres s’étend
La Fédération de l’UPA du Bas-Saint-Laurent se préoccupe toujours du phénomène d’accaparement des terres par des spéculateurs fonciers provenant de l’extérieur de la région. La situation s’étend désormais à l’ensemble du Bas-Saint-Laurent, au-delà de La Mitis, mentionne la présidente, Nathalie Lemieux. Toutefois, les MRC veulent désormais agir à l’échelle régionale, en explorant la mise en place de structures différentes, notamment des fiducies agricoles et d’autres modèles pour faciliter la relève et freiner l’« agriculture de capitaux ». La fédération régionale a adopté une résolution qui demande notamment la révision des programmes de soutien à l’agriculture et la mise en place de mécanismes pour accroître l’offre de financement des projets d’établissement.