Porcs 10 novembre 2025

Les fermes porcines se vendent vite

Après une seule journée d’affichage, la ferme porcine de Jasmin Leclerc a trouvé preneur, à la grande surprise de cet ancien éleveur à forfait de Sainte-Claire, dans Chaudière-Appalaches, qui avait déjà tenté de vendre sa ferme, il y a environ trois ans. 

Shanon Simard
Shanon Simard

« J’avais eu une belle offre, mais le contexte économique a changé, et j’ai perdu la vente. La personne a renoncé et je n’ai pas retrouvé d’autres acheteurs après », explique-t-il. 

Lorsqu’il a republié son annonce, il y a quelques mois, les appels se sont multipliés dès le lendemain matin. « On peut dire qu’il y a une bonne demande », s’exclame le futur retraité, qui venait à peine de signer les derniers documents notariés de la vente au moment de l’entrevue avec La Terre, le 3 novembre. 

 La demande est forte, oui, car les gens ont besoin d’endroits pour faire leurs porcs à l’engrais, mais ils ne sont pas prêts à payer n’importe quel prix non plus.

Jasmin Leclerc

S’il dit ne pas avoir voulu profiter de cette situation pour faire de la surenchère, d’autres remarquent que, dans certaines régions, la demande a fait grimper les prix en flèche. « Il y a deux ans, les prix étaient à terre; on était encore dans le programme de retrait temporaire et les bâtiments se vendaient autour de 80 $ à 100 $ par place-porc », estime Shanon Simard, agronome pour la firme de consultation Sitos, à Saint-Elzéar, dans Chaudière-Appalaches. « Mais là, avoir un bâtiment avec un VDR [volume de référence], c’est rendu demandé. Les dernières ventes qu’on a eues oscillaient entre 350 $ et 400 $ par place-porc », indique-t-elle. 

Noémie Vachon
Noémie Vachon

L’émission de nouveaux VDR, qui est une forme de droit de produire, a été suspendue par Les Éleveurs de porcs du Québec en novembre 2021. Cette stratégie a été déployée pour stopper le développement de nouveaux bâtiments d’engraissement porcin pendant la période de décroissance, nécessaire pour rééquilibrer la production par rapport aux capacités réduites d’abattage des acheteurs.  

Plus dur pour la relève

Entre-temps, la seule façon pour un producteur d’augmenter sa production est d’acheter une ferme possédant déjà un VDR. Cela provoque un jeu de coudes entre les acheteurs dès qu’un bâtiment appose une affiche à vendre, surtout dans le contexte actuel, où les prix de marché sont très bons et où la production s’est stabilisée depuis 2021. 

Cette situation est surtout à l’avantage de ceux qui ont des garanties plus solides, dont les plus gros joueurs, déplore toutefois Shanon Simard. « Car économiquement parlant, à ces prix-là, c’est difficile de rentrer dans son argent pour celui qui achète, surtout pour la relève ou les plus petites fermes, qui n’ont pas beaucoup de liquidités », remarque-t-elle.

Tristan Deslauriers

Pour Noémie Vachon, qui a obtenu son diplôme en production animale à l’Institut de technologie agroalimentaire du Québec il y a à peine six mois, et qui travaille maintenant à temps plein à la ferme porcine familiale de Tring-Jonction, dans Chaudière-Appalaches, cette période de restriction temporaire de la production est démotivante.  « Ce n’est pas tellement le fait de ne pas pouvoir grossir qui me dérange, mais celui de ne pas pouvoir s’améliorer. Parce que mon but, c’est qu’on soit de plus en plus productifs dans la maternité, mais on est stoppé par nos VDR. Comme relève, c’est moins stimulant. Déjà qu’on n’est pas beaucoup dans le secteur; ça n’aide pas à en attirer plus. Et on ne sait pas trop quand les VDR seront débloqués », regrette-t-elle.

Sur cette question, Les Éleveurs de porcs du Québec disent être encore dans le flou. « Jusqu’ici, nos acheteurs ne nous ont pas donné de signaux qui nous permettent de croire qu’on pourrait lever le gel à court ou moyen terme, alors on ne veut pas rouvrir les valves trop vite, sans être sûrs que les capacités d’abattage sont là », indique Tristan Deslauriers, directeur des relations publiques.  


Une nouvelle protection contre les hausses subites de primes

La Financière agricole du Québec (FADQ) vient de créer un nouveau compte de stabilisation visant à atténuer les hausses subites de primes de l’assurance stabilisation du revenu dans le secteur porcin.  « Cette mesure a été instaurée à la suite des fortes hausses observées entre 2022 et 2023, alors que le taux de prime avait pratiquement doublé d’une année à l’autre », explique Karine Groleau, conseillère en communication à la FADQ. « L’objectif est donc de limiter les fluctuations trop importantes du montant de la contribution exigée des producteurs, afin d’assurer une meilleure prévisibilité financière », ajoute-t-elle. Ce compte, financé au tiers par les producteurs et aux deux tiers par la FADQ, permettra d’accumuler des montants qui seront versés uniquement lorsque la contribution des primes atteint un seuil limite de déclenchement. Il s’agit d’une mesure qui s’applique uniquement au secteur porcin depuis l’année 2025. Les Éleveurs de porcs du Québec estiment qu’il s’agit d’une mesure qui répond à une inquiétude, bien que certains éléments restent encore à clarifier, « comme ce qu’il advient des contributions d’un éleveur lorsque ce dernier quitte la production », expose le directeur des relations publiques, Tristan Deslauriers.