Dans les serres, les rideaux occultants ou ombrageants sont remplacés par des panneaux photovoltaïques. Photo : Gracieuseté de 3IT
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S'abonner maintenantLa volonté d’Hydro-Québec de développer 3 000 MW d’énergie solaire d’ici 2035 est peut-être la chance qu’attendait l’agrivoltaïsme pour prendre son envol. Le concept est encore peu connu ici, mais se déploie rapidement ailleurs dans le monde.
« L’agrivoltaïsme a vu le jour en Allemagne dans les années 1980. C’est une cohabitation entre une activité agricole et une activité de production électrique, mais toujours avec une plus-value pour l’agriculture », explique Jean-François Lerat, responsable de recherche à l’Institut interdisciplinaire d’innovation technologique (3IT) à l’Université de Sherbrooke.
Jusqu’ici, le seul projet d’agrivoltaïsme au Québec a été testé en 2024 à l’Université Bishop’s en Estrie, grâce à une subvention de recherche de 1 M$ de la Fondation de la famille Weston, pour mettre au point une méthode de culture de la framboise à l’année dans une serre.
« Les serres, c’est un secteur très intéressant pour développer l’agrivoltaïsme parce que ce sont de grosses consommatrices d’énergie. Dans ce cas-ci, on peut remplacer les rideaux occultants ou ombrageants par des panneaux photovoltaïques qui, au lieu de juste repousser la lumière à l’extérieur de la serre, vont produire de l’électricité », poursuit le chercheur qui a travaillé sur le projet à Lennoxville et qui accompagne présentement des serristes intéressés par le concept.

L’émergence de l’agrivoltaïsme est aussi favorisée par les avancées spectaculaires de l’industrie.
Il y a cinq ans, une grande plaque de verre d’un mètre par deux mètres produisait entre 300 et 350 watts, alors qu’elle en produit 650 watts aujourd’hui; c’est énorme. Et les systèmes photovoltaïques deviennent de plus en plus accessibles parce qu’il s’en fabrique plus.

En France, le producteur d’énergie québécois Boralex travaille sur plusieurs projets d’agrivoltaïsme dont les mises en activité débuteront en 2026 et 2027. « Ici au 3IT, on accompagne à la fois des agriculteurs et des développeurs photovoltaïques. Il y a plusieurs vignobles ici en Estrie, et c’est un secteur très compatible avec l’agrivoltaïsme parce que ça dure plusieurs dizaines d’années, une condition nécessaire quand on veut mettre en place ce concept puisque le retour sur l’investissement peut prendre environ de 10 à 15 ans », précise le chercheur.
Une pratique à réglementer
Le développement de l’agrivoltaïsme devra également se faire de pair avec la mise en place d’une réglementation afin d’éviter l’installation de parcs d’énergie solaire dans une production agricole factice. « Cela a déjà existé ailleurs dans le monde. C’était un alibi pour la production électrique qui apportait un revenu plus intéressant que la production agricole en tant que telle. »
Au Japon, par exemple, où des panneaux photovoltaïques sont installés dans des rizières, les autorités gouvernementales exigent notamment que ces systèmes n’entraînent pas une perte de production de plus de 10 % en raison de la superficie perdue.
Pour Jean-François Lerat, l’appel d’offres d’Hydro-Québec de déployer 3 000 MW d’énergie solaire représente une occasion de développer la filière de l’agrivoltaïsme au Québec. « En France, c’est déjà présent dans plusieurs productions agricoles comme les grandes cultures, les vergers, les vignobles, le maraîcher et même l’horticulture », conclut le chercheur.