Maraîchers 31 octobre 2025

JPL Maraîcher : une ferme moderne, durable et fièrement enracinée

À Saint-Anselme, au cœur de Bellechasse, dans Chaudière-Appalaches, l’entreprise JPL Maraîcher incarne depuis plus d’un siècle la ténacité d’une famille qui a su transformer une ferme de subsistance en une référence québécoise du maraîchage durable et innovant.

L’histoire prend racine avec Georges Leblanc, au tournant du 20e siècle. Comme beaucoup de fermes de son époque, la sienne était diversifiée : quelques vaches laitières, des cochons, un grand potager et des céréales pour nourrir le troupeau. C’était une ferme de subsistance typique, façonnée par le rythme des saisons et la solidarité des campagnes.

Depuis, quatre générations se sont relayées à la tête de l’exploitation, chacune ajoutant sa pierre à l’édifice. Dans les années 1970, Jean-Paul Leblanc a pris un virage décisif : il a vendu le troupeau laitier, transformé les granges en entrepôts et installé une première ligne d’emballage. « Mon grand-père a vraiment bâti les bases de l’entreprise moderne », souligne Frédéric Leblanc, aujourd’hui coordonnateur des champs et représentant de la quatrième génération. Le pari était audacieux : miser sur le maraîchage dans une région où le climat ne s’y prêtait guère. Mais la ténacité de Jean-Paul et la solidarité du milieu agricole ont permis à la ferme de s’enraciner durablement dans cette voie.

La troisième génération – celle de Serge, Yvan et Sylvie Leblanc – a ensuite consolidé la croissance de JPL Maraîcher dans les années 1990 et 2000. Serge a pris la direction générale, Yvan s’est consacré à la mécanique et à l’innovation, tandis que Sylvie a structuré la gestion et le développement commercial. Arrivé en 2019 avec un diplôme en agronomie, Frédéric Leblanc incarne la relève : « Mon rôle, c’est de coordonner les champs, d’optimiser les rotations et d’intégrer les pratiques bio au conventionnel. » Cette synergie intergénérationnelle reste la clé de l’entreprise : chacun apporte sa compétence, dans le respect d’un savoir-faire commun.

Les quatre actionnaires : Yvan, Serge, Frédéric et Sylvie Leblanc. Gracieuseté de JPL Maraîcher

Aujourd’hui, JPL Maraîcher cultive environ 1 800 acres de terre, dont près de 430 sont consacrés aux légumes racines. La vedette, c’est le rutabaga, produit emblématique cultivé depuis plus de 60 ans sur quelque 250 acres. La carotte suit de près, avec 130 acres, destinés surtout au marché frais local, à l’exportation et à la transformation.

À cela s’ajoute la betterave biologique, joyau du volet Leblanc Bio, lancé en 2017. Quelque 50 acres de betteraves sont certifiés bio, et 300 acres certifiés ou convertis au biologique servent aux rotations afin de maintenir la santé des sols.

« On mise sur la rotation à long terme, explique Frédéric Leblanc. Des cycles de cinq ou six ans permettent de maintenir la qualité des sols et d’éviter les maladies racinaires. » Les grandes cultures – avoine, maïs, soya, prairies – servent à enrichir les sols et à fournir du fourrage biologique aux fermes voisines.

Ce sarcleur à disques a été modifié de façon à le rendre plus performant au champ. Photo : Gracieuseté de JPL Maraîcher

Infrastructures à la fine pointe et innovation

Sur le site principal, des bâtiments réfrigérés assurent la conservation optimale des légumes : environ 36 °F (2,2 °C) pour le rutabaga et 30 °F (-1,1 °C) pour la carotte. L’usine d’emballage, modernisée en continu, fonctionne toute l’année : « Tout est fait ici, du prélavage à l’emballage, selon les commandes », souligne Frédéric.

Un nouvel entrepôt consacré à la carotte prélavée est récemment venu compléter l’ensemble, permettant une flexibilité accrue de conservation.

Chez les Leblanc, l’innovation n’est pas qu’un mot à la mode : c’est une culture. Yvan, mécanicien, a conçu plusieurs outils sur mesure, dont des sarcleurs mécaniques, qui ont réduit le désherbage manuel et l’usage de pesticides. « On bricole, on adapte, on invente. Si quelque chose n’existe pas, on le fabrique », résume Frédéric avec un sourire.

La même créativité anime l’équipe en salle d’emballage : les postes ont été repensés pour améliorer l’ergonomie et le confort des employés. Tout est pensé pour rendre le travail plus efficace et durable.

En 2017, lorsque l’aventure du biologique a commencé, c’était dans la même ligne de pensée : vouloir apprendre et découvrir une nouvelle façon de faire.

On voulait pousser plus loin nos pratiques de ­rotation et d’amendement, tout en répondant à la demande du marché.

Frédéric Leblanc

Le choix de la betterave biologique s’est imposé dès le départ. C’est une culture exigeante, mais compatible avec les savoir-faire familiaux. Les rotations longues et l’usage d’engrais verts ont permis d’enrichir les sols et de transférer ­certaines bonnes pratiques vers les productions conventionnelles : réduction d’intrants, surveillance accrue des maladies. « Ce qu’on apprend en bio, on l’intègre ailleurs. C’est comme un laboratoire à ciel ouvert », soutient M. Leblanc.

Des marchés diversifiés

JPL Maraîcher fournit aujourd’hui les grandes chaînes québécoises, comme Sobeys, Metro, et Loblaws, tout en maintenant une présence sur le marché de la transformation (restauration, découpe, établissements publics) par l’intermédiaire des grossistes en alimentation. Une partie des volumes de carottes et de rutabagas prend aussi le chemin de l’Ouest canadien, de l’Ontario et des États-Unis.

Quant à la betterave bio, elle est destinée aux grandes chaînes d’alimentation, aux grossistes et au marché américain. « Le bio nous ouvre de nouvelles portes, souligne Frédéric Leblanc, mais c’est un marché qui demande de la constance et de la logistique. »

Grâce à ses entrepôts et à sa capacité d’emballage, l’entreprise fonctionne désormais à l’année, assurant ainsi des revenus stables et une fidélisation de la main-d’œuvre.

Une équipe soudée et complémentaire

Le président de l’entreprise demeure Serge Leblanc, appuyé par trois vice-­présidents : Yvan, Sylvie et Frédéric. Chacun a son rôle bien défini : les champs pour Serge et Frédéric, la mécanique et l’innovation pour Yvan, les ventes et l’administration pour Sylvie. « On ne marche pas sur les plates-bandes des autres », précise Frédéric. « Chacun a sa spécialité, mais on se consulte pour toutes les décisions importantes. » Cette organisation équilibrée permet de conjuguer expérience et innovation, tout en préparant la relève.

L’avenir s’écrit dans la continuité : agrandir les surfaces bio, consolider les partenariats locaux et maintenir la qualité des légumes racines. Des projets de recherche et d’expérimentation mécanique sont en cours, tout comme la diversification des marchés canadiens.

« On veut que les consommateurs sachent que leurs légumes viennent d’ici, d’une ferme qui innove sans renier ses valeurs », résume Frédéric Leblanc.

Chez les Leblanc, l’innovation ne remplace pas la tradition : elle la prolonge. Et sur leurs terres de Saint-Anselme, où le rutabaga résiste encore au gel d’automne, se perpétue la conviction qu’une ferme familiale peut être à la fois moderne, durable et ­fièrement enracinée.