Technique 17 octobre 2025

Un nouvel allié pour la santé des sols

La biofumigation était à l’honneur aux Jardins Bio Campanipol, en Mauricie, dans le cadre d’une activité organisée par le CETAB+ portant sur les cultures de couverture et la gestion des maladies de sol en production maraîchère et fruitière.

La biofumigation est une méthode qui consiste à utiliser certaines cultures de couverture pour réduire la présence de maladies fongiques du sol, dont le Fusarium oxysporum, responsable de la fusariose, et le Verticillium dahliae, à l’origine de la verticilliose chez la fraise.

Comme l’explique Emmanuelle Bergeron, biologiste et agronome au CETAB+, le projet vise à accompagner les producteurs maraîchers dans l’implantation de cette technique et d’évaluer l’efficacité d’un mélange adapté à la biofumigation contre certains pathogènes de sol dans le contexte climatique québécois. « La technique a été bien étudiée dans différents pays pour lutter contre plusieurs pathogènes de sols, mais elle devait être évaluée ici. »

Pour Emmanuelle Bergeron, la biofumigation ne doit pas être vue comme une solution miracle, mais comme un outil complémentaire dans la lutte intégrée contre les maladies du sol.
Pour Emmanuelle Bergeron, la biofumigation ne doit pas être vue comme une solution miracle, mais comme un outil complémentaire dans la lutte intégrée contre les maladies du sol.

Une moutarde qui agit comme un désinfectant naturel

La démonstration de terrain portait sur la variété Nemat/Caliente Rojo, un mélange composé à 75 % de moutarde brune (Brassica juncea), une variété Caliente Rojo et de 25 % de roquette (Eruca Sativa) semé sur cinq fermes en production biologique de la Mauricie, de la Chaudière-Appalaches et de la Capitale-Nationale. 

La moutarde et la roquette font partie de la famille des brassicacées. Cette famille a la capacité de produire des glucosinolates. À la suite de la destruction et l’incorporation de la moutarde, ces glucosinolates se transforment en isothiocyanates et autres composés volatils par une réaction d’hydrolyse avec une enzyme, la myrosinase. Ces composés volatils sont toxiques pour plusieurs pathogènes de sol.

Les essais ont été menés en production d’ail et de fraise, deux cultures particulièrement sensibles aux pathogènes de sol. Semée du début mai à la mi-août, la moutarde a été incorporée après 40 à 56 jours de croissance selon les sites, période jugée optimale à l’atteinte du stade 50 % de floraison recommandée avant incorporation.

Semée du début mai à la mi-août, la moutarde a été incorporée après 40 à 56 jours de croissance selon les sites, période jugée optimale à l’atteinte du stade 50 % de floraison recommandée avant incorporation.
Semée du début mai à la mi-août, la moutarde a été incorporée après 40 à 56 jours de croissance selon les sites, période jugée optimale à l’atteinte du stade 50 % de floraison recommandée avant incorporation.

Des résultats encourageants, mais partiels

Les analyses ont été effectuées en collaboration avec le laboratoire Prisme Phytodata, de Sherrington. Les premiers tests n’ont pas permis d’observer de tendance nette entre les sites. Les résultats varient trop d’un site à l’autre pour en tirer des tendances claires entre les périodes. Le projet, de nature exploratoire et de diffusion, n’avait pas été conçu avec la réplicabilité requise pour une validation statistique rigoureuse, souligne Mme Bergeron.

Malgré tout, certains signaux sont prometteurs.

Sur un des sites, nous avons constaté une réduction du nombre de bulbes déclassé par la Fusariose de la moutarde, comparativement à la zone témoin. C’est encourageant, mais il faut attendre les analyses finales pour confirmer l’effet.

Emmanuelle Bergeron

Les prochains résultats sur les rendements et les dommages liés à la fusariose sur les bulbes d’ail sont attendus d’ici la fin de l’automne et seront diffusés lors du Colloque bio pour tous en février 2026.

Un outil supplémentaire

Pour Mme Bergeron, la biofumigation ne doit pas être vue comme une solution miracle, mais comme un outil complémentaire dans la lutte intégrée contre les maladies du sol. « Les cultures de couverture apportent déjà de nombreux bénéfices : réduction de l’érosion, amélioration de l’infiltration d’eau, augmentation de la matière organique. Si, en plus elles peuvent réduire les pathogènes, c’est un gain supplémentaire. »

À la suite de la destruction et l’incorporation de la moutarde, les glucosinolates se transforment en isothiocyanates et autres composés volatils par une réaction d’hydrolyse avec une enzyme, la myrosinase. Ces composés volatils sont toxiques pour plusieurs pathogènes de sol.
À la suite de la destruction et l’incorporation de la moutarde, les glucosinolates se transforment en isothiocyanates et autres composés volatils par une réaction d’hydrolyse avec une enzyme, la myrosinase. Ces composés volatils sont toxiques pour plusieurs pathogènes de sol.

Les producteurs qui ont participé aux essais ont d’ailleurs manifesté un vif intérêt pour poursuivre les tests. « Plusieurs ont décidé d’adopter la moutarde dans leur rotation dans les champs problématiques ayant des maladies de sol, constate-t-elle. 

La suite du projet du CETAB+ permettra de mieux comprendre dans quelle mesure la biofumigation pourrait s’ajouter à la boîte à outils des producteurs québécois, soucieux de préserver la santé de leurs sols et d’inclure les cultures de couvertures dans leur rotation tout en limitant l’utilisation des produits phytosanitaires.  

Le projet a été financé par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ) dans le cadre du programme Prime-Vert et du Plan d’agriculture durable (PAD).

S’adapter aux contextes de productions

La biofumigation est bien documentée dans la littérature scientifique. Les essais ont permis de mettre en évidence certaines contraintes pratiques. Une culture de moutarde nécessite environ un mois et demi à deux mois de croissance, un délai parfois difficile à intégrer dans la rotation des cultures maraîchères. « C’est plus facile pour l’ail, où les producteurs biologiques incluent déjà une culture de couverture avant la plantation de l’ail. »