Environnement 17 octobre 2025

Des haies brise-vent amovibles pour que la fonte des neiges recharge la nappe phréatique

À Sainte-Luce, dans le Bas-Saint-Laurent, où 94 % du territoire est zoné agricole, un défi majeur se dessine : convaincre les producteurs agricoles de retenir la neige plutôt que de s’en débarrasser le plus rapidement possible.

Avec un investissement de 81 000 $ sur deux ans, cette municipalité de La Mitis lance un projet de recherche inédit qui pourrait transformer les pratiques agricoles en matière de gestion de la neige. L’enjeu est de taille, car le bassin de captation d’eau potable de Sainte-Luce, entièrement situé en zone agricole, dépend presque exclusivement de la fonte des neiges pour recharger la nappe phréatique.

Le paradoxe du drainage agricole

Le président-directeur général de l’entreprise Terre-Eau, Louis Drainville, qui est consultant pour la municipalité, explique le paradoxe auquel font face les agriculteurs.

Les producteurs veulent rentrer très tôt au printemps dans les champs. Donc, ils drainent, mais après avoir drainé très tôt, ils sont souvent pris avec une sécheresse des sols à l’été.

Louis Drainville

Par conséquent, ce surdrainage prive la nappe phréatique de sa principale source de recharge. « Toute l’eau qui fondait au printemps et qui était susceptible de recharger la nappe est rapidement évacuée dans les fossés », déplore l’agronome et biologiste.

Depuis 2013, Sainte-Luce investit annuellement plus de 50 000 $ dans la mise en valeur de l’eau au sein de son territoire agricole. Des haies brise-vent naturelles sont déjà installées dans la municipalité sur près de 10 km linéaires sous végéplastique et copeaux. Ces haies brise-vent sont le résultat de la plantation d’arbres de différentes essences, dont de l’érable argenté, du sureau, du cèdre, de l’épinette et du frêne. Les entreprises agricoles qui collaborent reçoivent des compensations financières.

Louis Drainville
Louis Drainville

Le projet de recherche propose maintenant l’installation de haies brise-vent amovibles sur environ 160 hectares en culture. Il s’agit de clôtures de bois qui offrent une solution rapide et très modulable afin de retenir la neige. Elles ont l’avantage d’être temporaires et, quand cela est possible, de ne pas empiéter sur les terres agricoles. Elles peuvent aussi être installées là où la plantation d’arbres serait impossible. « La neige fond et elle recharge la nappe phréatique, explique M. Drainville. La municipalité dispose de drains de captation d’eau potable qui provient de la nappe et qui a été rechargée par l’eau de la fonte des neiges. » Cette approche permettra de travailler « en plein champ, là où la machinerie passe », sans nuire aux activités agricoles.

Un changement de mentalité

Le défi dépasse largement les aspects techniques. « Amener les citoyens et le conseil municipal à saisir l’importance de conserver la neige, ce n’est pas simple », admet l’entrepreneur de Saint-Joseph-de-Lepage. Dans le monde agricole, la neige est traditionnellement perçue comme un obstacle à éliminer rapidement pour accéder aux champs.

Pourtant, les chiffres parlent d’eux-mêmes : un mètre cube de neige accumulée derrière une haie brise-vent fournit près de 400 litres d’eau vers la nappe chaque printemps. Pour Sainte-Luce, la conservation de la neige au sol devient une véritable police d’assurance pour son approvisionnement en eau. Ce projet de recherche, qui commencera cet hiver, pourrait tracer la voie à d’autres municipalités québécoises confrontées aux mêmes défis climatiques.