Grâce à la technologie GPS, on s’assure que la machinerie agricole circule toujours dans les mêmes traces, évitant de compacter le sol autour inutilement. Photos : Gracieuseté de Julien Lamarre
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S'abonner maintenantL’agriculture, Julien Lamarre a ça dans le sang. Élevé sur la ferme laitière familiale, rang Dussault à Saint-Sébastien, en Montérégie, il a su très jeune qu’il vivrait de la terre. « C’était clair, net et précis que je finirais dans le milieu agricole », indique celui qui a suivi une formation en gestion et exploitation d’entreprise agricole au Cégep Saint-Jean-sur-Richelieu.
En 2011, les Lamarre se départissent de leur troupeau de vaches laitières pour se consacrer aux grandes cultures. Une décision qui convient au principal intéressé, 32 ans. « Les vaches laitières, ce n’était pas ma passion, moi, je suis un gars de champ », confie-t-il en entrevue avec La Terre. « Mais avec mon frère, on savait déjà que l’entreprise était trop petite pour subvenir aux besoins de tous », renchérit l’agriculteur, qui a été représentant commercial pendant sept ans avant d’œuvrer sur les terres.
Ce faisant, en 2020, le jeune entrepreneur a trouvé son avenir tout près, à Saint-Blaise-sur-Richelieu, aux côtés de Sylvain Poussard. L’agriculteur vétéran disposait de plusieurs terres en agriculture biologique, mais cherchait une relève pour reprendre les rênes de son entreprise.
Ce partenariat a amené Julien Lamarre à fonder sa propre entreprise, Ferme FJL, qui loue les terres de Sylvain Poussard avec la possibilité d’accroître ses superficies de 10 % par année. En parallèle, Julien Lamarre demeure actionnaire de l’entreprise familiale, Ferme Lamarre et Fils, avec ses parents et son frère.
Toutes entreprises confondues, le jeune agriculteur exploite quelque 460 hectares de cultures de soya, de blé et de maïs en rotation à raison d’un tiers de chaque production sur trois ans.
Une routine ajustée au quart de tour

C’est en 2020 que la Ferme Lamarre et Fils a entrepris le virage biologique de sa culture. Une décision qui cadrait avec la vision familiale de l’entreprise. « C’est un défi qui me stimule, affirme Julien Lamarre. Nourris ton sol pour qu’il puisse nourrir tes plants après. »
À propos de la gestion de ses cultures, Julien Lamarre parle d’une « roue qui tourne » où chaque étape est déterminante pour la suite des choses. « Autant le travail du sol, à l’automne, doit être réalisé dans les bonnes conditions afin que tout soit uniforme au printemps », plaide-t-il.
Ainsi, rien n’est laissé au hasard dans les champs de l’entrepreneur agricole qui, épaulé par deux employés, prend un soin méticuleux à planifier ses cultures. « Tout doit être parfait, insiste-t-il. Après chaque étape, tu ne peux pas te reprendre : si tu manques un sarclage, tu vas avoir de la mauvaise herbe. Ce n’est pas comme avec un herbicide traditionnel où tu peux en réappliquer si ça ne marche pas la première fois. »
« Tout doit être planifié, poursuit-il. On doit faire fréquemment nos inspections de champ : les champs parlent et il faut qu’on les écoute. » Seule variable imprévisible : les aléas de Dame Nature.
Les périodes de sécheresse comme cette année, au début août, tu ne sais pas si tu vas récolter quelque chose. En bout de ligne, ce n’est pas nous qui décidons; il faut être prêt à vivre avec une part de risque. Chaque année est un pari : même si on prépare tout, tout dépend de la pluie.
Une bonne préparation permet tout au moins de mitiger les pertes, s’il y en a. « On travaille la santé de nos sols pour qu’ils retiennent l’eau en période de sécheresse, mais qu’à l’inverse, s’il pleut trop, ils ne soient pas trop compacts. »
Lorsque La Terre a rencontré Julien Lamarre dans ses champs de Saint-Blaise-sur-Richelieu, début septembre, les semences de blé d’automne venaient d’être mises en terre entre les rangs de soya, qui serait récolté à la fin octobre. L’an prochain, le blé d’automne sera cueilli à son tour, ce qui permettra au maïs-grain de pousser, et ainsi de suite. « Quand tu sais ce qui s’en vient l’année suivante, tout roule. On n’a pas de
problème d’engrais ou de logistique d’arrosage, on connaît déjà ce dont on a besoin. On sait qu’en juin, on va sarcler et qu’on fait une opération de désherbage chaque sept ou dix jours », énumère-t-il.
La technologie en appui
La machinerie et la technologie s’étant perfectionnées au cours des dernières années, le travail est encore plus efficace.
Le producteur présente fièrement une picoteuse de conception ukrainienne permettant un désherbage plus efficace et plus agressif que d’autres équipements comparables. Une étape charnière qui permet d’intervenir plus tôt sans endommager les jeunes pousses. « On a été les premiers au Canada à l’avoir, l’an passé, dit-il. Et comme on était moins efficaces dans le désherbage, ça a été un game changer pour nous dès le début. »
L’entreprise s’est aussi procuré un vibroculteur de plus petite taille pour travailler plus précisément la terre. « Tout grossit dans la machinerie, soulève Julien Lamarre. Mais nous, depuis qu’on fait une finition plus précise, l’émergence des plants est meilleure et on a de meilleurs résultats. »
Enfin, la circulation de la machinerie dans les champs est contrôlée par GPS, ce qui permet aux équipements de passer sur les mêmes traces et de ne pas compacter le sol inutilement.

Place à l’expérimentation
Les cultures de couverture et intercalaires, pour nourrir les sols, sont primordiales à la Ferme FJL. « Après le maïs, c’est le trèfle qui pousse pour faire un maximum de racines. On sème plusieurs types d’espèces pour créer un beau support pour la récolte, indique Julien Lamarre. On est bien accompagnés par un club agro et un agronome qui sont forts dans la recherche et le développement. »
D’ailleurs, les entreprises du producteur font partie de plusieurs projets de recherche universitaires, dont un vise à déterminer quelle combinaison végétale générera les meilleurs rendements racinaires et hors sol pour la culture de couverture.

Une zone de 30 hectares de maïs est aussi divisée en une quinzaine de bandes où des quantités différentes de fumier sont épandues. « L’année d’avant, ce champ-là était une parcelle de couverture avec des mix différents, des interventions différentes : on essaie de tirer des leçons pour déterminer les meilleures techniques », explique l’agriculteur.
C’est dans cette expérimentation que Julien Lamarre puise son plaisir, si bien qu’il en a fait sa vocation. Il ne cherche pas à croître plus que nécessaire. « Je veux perfectionner nos techniques de santé des sols, optimiser le tout et garder cet équilibre entre la ferme, ma vie personnelle, tout ça sans trop en prendre, mais surtout en étant bien entouré », confie-t-il.