André Cormier, Carole Lacombe et Josiane Cormier exploitent ensemble une ferme fondée en 1790 par un Acadien arrivé à L’Assomption après la déportation. Photos : André Laroche, collaboration spéciale
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S'abonner maintenantL’ASSOMPTION – C’est devenu coutume pour les gens de L’Assomption : à l’approche de l’Halloween, des enfants et leurs parents envahiront les champs de la Ferme Cormier pour une chasse amusante à la citrouille. Cette tradition témoigne de la place occupée par cette famille ancrée dans la vie de la petite ville de la région de Lanaudière.
La chasse à la citrouille à L’Assomption a débuté un jour de 2002, lorsqu’un père est arrivé avec ses trois garçons à la Ferme Cormier, réputée depuis 40 ans pour son kiosque de fruits et de légumes.
« Il nous a demandé s’il pouvait aller chercher lui-même des citrouilles dans le champ avec ses fils. Je n’y voyais pas de problème. Je lui ai même offert de prendre une brouette pour que ce soit plus facile », raconte André Cormier.
« L’année suivante, le même homme est revenu avec plus de gens en disant : “Pourquoi n’invites-tu pas le monde à venir cueillir des citrouilles? C’est l’fun, ça, cueillir des citrouilles !” » poursuit-il. « Bien honnêtement, je n’y avais jamais pensé. »
La chasse à la citrouille est ancrée dans les habitudes des gens, comme aller cueillir des pommes ou couper son arbre de Noël.
C’est ainsi que, sans qu’il s’en aperçoive véritablement, la traditionnelle cueillette de citrouilles à la Ferme Cormier a grandi en popularité au fil des ans. Jusqu’au jour où les chasseurs de cucurbitacées se sont mis à déferler par familles entières sous les yeux éberlués du producteur maraîcher, lui rappelle sa fille Josiane, aujourd’hui copropriétaire de l’entreprise.
« Ce jour-là, tu as mis de côté ce que tu faisais avec des employés pour amener les gens aux champs sur des remorques de tracteur », relate-t-elle en riant.
« Et on a manqué de citrouilles, cette année-là », acquiesce son père, encore amusé par l’histoire.

Grandir avec le village
La Ferme Cormier n’est pas devenue un point de rencontre du jour au lendemain, à L’Assomption. L’ouverture de son tout premier kiosque remonte au temps de la grand-mère d’André Cormier. « Elle mettait une petite table sous le hangar et les gens du village passaient acheter leurs fruits », raconte Josiane Cormier.
André Cormier a naturellement conservé ce lien avec sa clientèle fidèle, après avoir repris la ferme familiale au milieu des années 1970.
« Ce n’était pas comme aujourd’hui, ouvert six mois par année. Au début, le kiosque n’était qu’une petite table recouverte d’un toit, qu’on opérait simplement pendant un mois. Mais déjà, beaucoup de monde venait faire leurs provisions ici », raconte sa conjointe, Carole Lacombe.
« Nous étions deux enseignants. Notre été, on le passait dans les champs », ajoute celle qui a fait carrière dans l’enseignement préscolaire. « André, lui, était professeur d’éducation physique. Entre deux cours, il venait travailler à la ferme. Il coachait aussi l’équipe de football en fin d’après-midi. »
Rapidement, André Cormier s’est lancé dans la culture d’une grande variété de légumes au gré de ses envies.

« Il n’a jamais fait de plan d’affaires », glisse sa fille, sourire en coin. « Il a été un des premiers dans la région à cultiver des asperges. Il finissait par les donner parce que les gens ne savaient pas quoi faire avec ça. »
À l’évidence, les efforts et l’intuition de son père ont porté fruit, car le petit kiosque d’origine n’a jamais cessé de prendre de l’ampleur. Devenu une institution locale, il occupe aujourd’hui un grand bâtiment à l’entrée de la ferme. « Grâce à une clientèle qui a grandi avec nous », souligne Josiane Cormier avec gratitude.
Aimer les gens
La pomme n’est pas tombée loin de l’arbre. Josiane Cormier, elle aussi, multiplie les projets depuis qu’elle fait équipe avec son père : la cuisine de transformation pour limiter le gaspillage d’aliments, l’implication dans l’organisation du marché de Noël local et l’accueil de groupes scolaires ne sont que quelques-unes des idées mises en œuvre par cette diplômée en agronomie.
Ce n’est pas tout. L’an prochain, les amateurs d’autocueillette pourront visionner des vidéos informatives, en plus de bénéficier d’une aire de pique-nique. Ils pourront aussi visiter une mini-ferme avec leurs enfants. Toujours dans l’esprit de consacrer la place de la ferme dans la vie de L’Assomption, comme l’ont fait les générations avant elle.
C’est aussi dans sa nature, affirme-t-elle. « J’aime recevoir du monde et faire découvrir l’agriculture. »
Trois conseils pour grandir avec sa clientèle
1. Appuyer sa communauté
La Ferme Cormier fournit ses remorques pour le défilé du père Noël, distribue 3 000 galettes à chaque fête d’Halloween organisée par la municipalité, offre gratuitement des citrouilles aux commerçants et s’implique dans l’organisation du Marché de Noël. « Rien de payant sur le coup, mais qui rappelle notre présence dans une communauté de plus en plus urbaine », souligne Josiane Cormier.
2. S’associer aux écoles
La Ferme Cormier profite de sa proximité de deux écoles secondaires pour recevoir pas moins de 26 groupes d’élèves de 1re secondaire, dit Mme Cormier : « Je leur prépare une visite qui leur fait voir ce qu’ils apprennent dans le nouveau cours de sciences et technologie. Cela leur permet de comprendre le travail de l’agriculteur derrière un produit à l’épicerie. »
3. Faire équipe avec d’autres secteurs d’activités
Josiane Cormier siège au comité de développement touristique de sa municipalité, composé de représentants de la culture, de la restauration et des commerces. « Je suis la seule représentante de l’agriculture. C’est une autre façon de faire partie de la communauté. »
La Ferme Cormier emploie trois cuisinières à temps plein, sept mois par année. Lors de notre passage, Isabelle Drainville assemblait des cartons d’emballage de tarte, pendant que Jessie Loyer préparait une fournée de galettes et que Pascale Dupuis nettoyait des framboises.
Le bon coup de l’entreprise
L’aménagement d’une cuisine pour la production de tartes, de confitures et de marinades a procuré un nouvel élan à la Ferme Cormier, en plus de consolider les liens avec sa clientèle. À l’instar des projets d’André Cormier, tout a commencé par une simple idée. « Je m’étais fait offrir deux fenêtres et une porte par mon beau-frère, qui travaille dans la construction. Je me suis simplement dit que nous pourrions construire une cuisine », raconte-t-il en haussant les épaules. Josiane Cormier se souvient de leur premier essai, couronné de succès. « Nous avons fait des tartes pour la journée Portes ouvertes de l’UPA », se souvient-elle. Aujourd’hui, la confection d’une douzaine de produits déclinés en différentes saveurs occupe trois employées à temps plein, de mai à décembre. « Cela nous permet d’éviter le gaspillage en transformant nos fruits et nos légumes imparfaits, ou invendus », fait valoir Josiane Cormier.
| Fiche technique | |
|---|---|
| Nom de la ferme : | Ferme Cormier |
| Spécialités : | Asperges, fraises, citrouilles et courges |
| Année de fondation : | 1790 |
| Noms des propriétaires : | André et Josiane Cormier |
| Nombre de générations : | 8 |
| Superficie en culture : | 80 hectares |
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