Bovins 10 octobre 2025

La diversification sauve les revenus plombés par le prix des veaux

NEUVILLE – Ce qui frappe l’œil en entrant dans l’ancienne étable laitière de la Ferme Syldia, ce sont les stalles vides entre les veaux engraissés. Face à la hausse considérable du prix des veaux, la famille Paquet a dû se résoudre à réduire de 30 animaux le cheptel bovin d’une centaine de têtes. Si les propriétaires de la ferme de Neuville, dans la région de la Capitale-Nationale, n’avaient pas misé sur la diversification depuis sept ans, l’année 2025 aurait été « extrêmement difficile », indique la relève Anne-Sophie Paquet.

« Le défi, c’est vraiment le coût d’achat des veaux. Les coûts de production dans la production bovine ont explosé depuis deux ans. Ce n’est pas pour rien, en ce moment, que j’ai des places vides dans mon étable, parce que j’ai beaucoup plus de difficulté à acheter des veaux », indique la productrice de 27 ans. Cette dernière explique qu’en délaissant la production laitière, en 2012, son père a fait le choix d’engraisser des veaux d’embouche dans ses installations sans les modifier.

Ce qui frappe l’œil en entrant dans l’ancienne étable laitière de la Ferme Syldia, ce sont les stalles vides entre les veaux engraissés.

Si, aujourd’hui, la rentabilité de ce volet de l’entreprise est mise à mal par les prix des veaux, les contrecoups de la réduction du cheptel se feront réellement sentir dans 20 mois, lorsque les veaux achetés ces jours-ci prendront le chemin de l’abattoir. « Ça va avoir vraiment un impact à long terme, et on le sait, les spécialistes nous disent que [les prix resteront élevés] pour deux ans, donc ça va être un problème qui va perdurer sur quatre ans », souligne Anne-Sophie, en regardant par la fenêtre de l’étable pour s’assurer qu’aucun client n’estlaissé à lui-même dans la boutique. 

Au Québec, en septembre, un veau d’embouche mâle de 700 lb s’est vendu à 4 225 $ en moyenne dans les encans spécialisés, alors qu’il se détaillait à 2 760 $ à la même période en 2024 et à 1 620 $ en 2021.

« On se questionne à savoir ce qu’on fait avec cette production-là à long terme, parce qu’on le supporte en ayant d’autres productions, dit l’agricultrice. C’est ce qui fait qu’on réussit à avoir une année, malgré tout, correcte. Elle n’est pas exceptionnelle, mais elle est correcte. » En effet, la vente d’œufs et de viande (volaille, chèvre de boucherie et porc) ainsi que de produits maraîchers, de l’érable et autres, tant à la boutique de la ferme que dans des centres de la petite enfance et des restaurants, ont permis aux éleveurs de garder la tête hors de l’eau. Toutefois, l’indexation des prix de la viande de bœuf, effectuée pour pallier l’augmentation considérable des coûts dans cette production, a freiné l’élan de leurs clients cet été, qui se sont tournés vers le poulet et le porc.


Pas de vache-veau

Pendant qu’Anne-Sophie sort de l’étable pour s’occuper d’un client à la boutique, son père, Sylvain Paquet, mentionne que la production de vache-veau ne serait pas une option à la ferme. La terre située derrière l’étable ne serait pas assez grande pour accueillir un troupeau de
100 têtes au pâturage, d’autant plus qu’il faudrait investir pour se conformer à des normes environnementales en raison de la proximité d’un puits. 

Le producteur possède d’autres parcelles (plus de 76 hectares), qui sont toutefois séparées de la ferme par une route passante. « Traverser la rue, ce n’est pas possible. On le faisait en 1973 jusqu’à tant qu’un gars chaud rentre dans le tas de vaches », raconte-t-il. 

Et même en transformant l’étable en parc d’engraissement, il y a aussi une question de rentabilité à considérer, renchérit Anne-Sophie en entrant dans le bâtiment. « On aurait moins d’animaux parce que les mamans prennent de la place aussi dans l’étable, ce qui fait que ça coupe de moitié le potentiel d’animaux qu’on peut sortir. Alors est-ce qu’on est prêts à investir autant pour diminuer notre parc d’engraissement de deux? Il faudrait vraiment que le prix reste très haut à long terme », indique cette dernière. 

L’investissement, s’il y en avait à faire prochainement, viserait plutôt l’accroissement de leurs élevages de poulet de chair et de poules pondeuses, puis à faire de la transformation à la ferme, en raison de l’augmentation de la demande pour ces produits.

La vente d’œufs et de viande (volaille, chèvre de boucherie et porc) ainsi que de produits maraîchers, de l’érable et autres, tant à la boutique de la ferme que dans des centres de la petite enfance et des restaurants, ont permis aux éleveurs de garder la tête hors de l’eau.