La moissonneuse-batteuse de la famille Stichelbout se trouve dans un beau secteur du champ. Julie, qui est aux commandes du tracteur couplé au grain cart, agrippe la radio pour demander à son frère les rendements. La radio griche. Il se reprend par deux fois pour répondre : 2,7 tonnes à l’hectare (t/ha). « On a semé tard, on n’a pas de rendements, et avec 487 $ la tonne, on n’a pas de prix. Ce n’est pas tellement vargeux », résume Mathieu Stichelbout. Photo : Martin Ménard/TCN
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S'abonner maintenantMONT-SAINT-GRÉGOIRE – La moissonneuse-batteuse de la famille Stichelbout se trouve dans un beau secteur du champ. Julie, qui est aux commandes du tracteur couplé au grain cart, agrippe la radio pour demander à son frère les rendements. La radio griche. Il se reprend par deux fois pour répondre : 2,7 tonnes à l’hectare (t/ha). « On a semé tard, on n’a pas de rendements, et avec 487 $ la tonne, on n’a pas de prix. Ce n’est pas tellement vargeux », résume Mathieu Stichelbout.

Leur moyenne habituelle tourne plutôt à près de 4 t/ha dans ce secteur de la Montérégie. Julie aurait souhaité, à l’inverse, une grosse année de rendement pour donner de l’oxygène au milieu agricole. « Je faisais notre comptabilité avant de battre et je me disais que c’est fou comment tout coûte cher. Je pense que ce ne sera pas facile cette année. Les fonds de roulement ont fondu à vue d’œil dans beaucoup d’entreprises et les rendements ne semblent pas super cette année. On va s’en sortir, comme tous les ans, mais je crois que ce sera moins le fun cet hiver pour beaucoup de producteurs », anticipe la copropriétaire de la Ferme Stichelbout, qui est également directrice de compte dans une institution financière.
Toujours en Montérégie, près de Saint-Hyacinthe cette fois, Julien Tanguay parle de rendements de 3,2 à 4,3 t/ha, soit près de ses moyennes habituelles. Compte tenu de la sécheresse et des infestations de pucerons, « je m’attendais à pire », indique celui qui avait récolté 650 hectares de soya en date du 8 octobre.
Dans le Centre-du-Québec, Anton Buehlmann réalise plusieurs travaux à forfait et rapporte des rendements très variables, entre 1,5 et 3,7 t/ha, ce qui est de 15 à 25 % moindre que la moyenne des dernières années, calcule-t-il.

Dans Lanaudière, l’agricultrice Johanne Pagé a récolté près de 400 hectares de soya chez des clients et sur ses terres, offrant des rendements entre 0,5 et 1 t/ha. « On a eu beaucoup d’eau et du froid au printemps, ce qui a nui au soya. Habituellement, on bat du soya assez haut, mais cette année, il est vraiment court. La saison de culture a été rough », exprime celle qui a vu sur son capteur de rendement des portions de champ à 0,083 t/ha. « J’étais découragée pour mon client », exprime-t-elle.
À Saint-Boniface, en Mauricie, Gabriel Lampron se disait satisfait de sa récolte 2025, qui frise le 3 t/ha. Il s’agit ainsi d’une bonne année de soya comparativement à leur moyenne des dernières années. « On pense que vu qu’on est bio, qu’on fait de bonnes rotations, qu’on met des engrais verts, qu’on met beaucoup d’emphase sur la santé des sols, on pense que notre sol est plus résilient dans des moments comme cet été, où on a connu de la sécheresse », exprime le copropriétaire de la Ferme Y. Lampron et Fils.
Une directrice de compte qui se plaît au champ
Au volant de son Massey Ferguson, avec son chien à ses pieds dans sa cabine, Julie Stichelbout adore son métier d’agricultrice. « J’aime être ici; les semis, les récoltes, je veux y être! Dans le temps du maïs, c’est moi qui conduis la batteuse. Je ne pensais pas que c’était aussi le fun de conduire ça, voir le grain entrer dans la batteuse et se remplir en arrière. Tu as une vue aussi sur tout le champ au complet », décrit-elle.
Son frère et elle ont pris la relève de la ferme familiale en 2004 avec environ 100 hectares. Ils ont acheté des terres pour grimper à un peu plus de
220 hectares.
Ça va super bien avec mon frère. On sait comment partir un projet ensemble et bien le faire. Chacun connaît son rôle. Je m’occupe de conduire les tracteurs, de la compatibilité et j’achète les engrais et les herbicides. Lui fait tout le reste. Quand j’arrive à la ferme, tout est toujours prêt.

Julie Stichelbout a cette particularité d’être productrice de grains et directrice de compte agricole pour la Banque Nationale. « J’aime vraiment ce que je fais à la banque. Je travaille avec des producteurs agricoles à longueur d’année. Le fait d’avoir une ferme, ça me tient au courant. Les prix que payent mes clients pour les intrants ou leurs équipements, je les connais; je paie la même chose », dit-elle.
De l’autre côté, son emploi comme conseillère se révèle bénéfique pour sa ferme. « Tu essaies d’apprendre du meilleur de tes clients. Il y a aussi des choses qu’on ne regardait pas tant à la ferme, comme le pourcentage des dépenses, mais maintenant, je vois l’importance de diminuer au maximum les dépenses pour avoir des liquidités », mentionne-t-elle.
L’agricultrice remarque que la location de machinerie et la tendance au suréquipement ont contribué au surendettement de plusieurs producteurs et font mal, aujourd’hui, à leurs liquidités. Le proverbe « en as-tu vraiment besoin » est plus que jamais d’actualité, une phrase qu’elle a même répétée à son frère avant d’acheter leur moissonneuse-batteuse usagée!
La prochaine étape pour elle consiste à voir atterrir la relève, que ce soit ses enfants ou ceux de son frère. « J’aimerais que ça fonctionne avec la relève, qu’on poursuive ce que mon grand-père a commencé quand il est arrivé ici de la Belgique en 1957. »