Jean-Marie, Sandrine, Sylvain, Mathieu et Étienne Aubut, ainsi qu’Édith Tremblay, forment une famille unie où règne l’entraide. Photos : Maurice Gagnon
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S'abonner maintenantSAINT-CLÉMENT – Depuis 1881, la Ferme J.M.E.S. Aubut unit six générations autour d’un même idéal : travailler ensemble, avec respect et entraide. De Jean-Marie Aubut, 85 ans, à la relève incarnée par Sandrine et Mathieu, chacun contribue selon ses forces. Ici, l’agriculture se vit comme une aventure familiale avant tout.
À la Ferme J.M.E.S. Aubut, le présent porte l’empreinte des générations passées et à venir. Deux Théodore se sont succédé, puis Joseph, Jean-Marie et, aujourd’hui, les frères Étienne et Sylvain Aubut – copropriétaires à parts égales – ont vu grandir une exploitation qui n’a cessé d’évoluer, depuis 145 ans. « Quand j’ai pris la ferme, on n’avait pas grand-chose, mais on avait notre boisé, et ça nous a permis d’avancer », se souvient Jean-Marie, 85 ans, qui vient toujours « faire son tour ».
De la ferme diversifiée d’autrefois, l’entreprise s’est spécialisée avec le temps. Le lait représente désormais 95 % des revenus. Le troupeau compte 176 têtes, dont environ 110 vaches en lactation. « La croissance a toujours été graduelle, mais constante, en respectant nos moyens », souligne Étienne. Son frère complète : « On a bâti notre efficacité en répartissant les rôles. Lui s’occupe davantage des animaux; moi, de la machinerie. »

Un grand virage
Le grand virage survient en 2011, avec la construction d’une étable en stabulation libre et l’arrivée d’un robot de traite. « On a tout regroupé au même endroit, amélioré le confort des vaches et celui des travailleurs. C’est là que la ferme a changé d’échelle », résume Étienne. Depuis, la modernisation se poursuit : atelier outillé, garage de machinerie, formations continues et réflexion sur l’installation d’un deuxième robot.
Si tu veux suivre l’évolution, il faut agir tout de suite.
La force du modèle repose sur une famille élargie et solidaire. Édith Tremblay, conjointe d’Étienne, assure la comptabilité. « Dans une ferme, tout le monde met l’épaule à la roue. Mon père vient encore conduire les tracteurs, et les oncles débarquent aux foins. Ça fait partie de notre culture », dit-elle. Leurs enfants en ont hérité. Sandrine, 21 ans, s’oriente vers la gestion agricole. « Je veux devenir la première copropriétaire femme de la ferme », affirme-t-elle. Son frère Mathieu, 18 ans, mise sur la mécanique puisqu’« être autonome en entretien, c’est crucial ».
Étienne et Édith sont aussi parents de Joséanne, Laurence et Madison. Jean-Marie, de son côté, compte quatre enfants : Stéphane, à la tête de Service Agri-Robot, une entreprise de services agricoles en robotique; Alexandre, employé chez Service agromécanique; Renée, qui travaille pour Léon Chouinard, et Mariève, technicienne en pharmacie. Leur mère, Rosaline Saint-Pierre, aujourd’hui décédée, a aussi marqué la famille. « Mieux vaut être solides dans plusieurs secteurs que parfaits dans un seul », rappelle Sandrine Aubut. La formation continue – conférences, visites de fermes, stages – permet de rester à jour et d’innover.
Cette complémentarité se traduit dans la gestion. Les champs – un peu plus de 200 hectares en culture et un boisé d’une superficie comparable – sont menés en rotation foin-céréales, avec achat ponctuel de maïs. Les travaux trop coûteux en équipement, comme l’épandage de fumier ou le battage, sont confiés en forfait. « C’est plus rapide, ça use moins notre parc, et ça se tient économiquement », explique Sylvain. À l’inverse, l’alimentation du troupeau, l’entretien courant et la reproduction demeurent au cœur de leur savoir-faire.
À la Ferme J.M.E.S. Aubut, la bonne entente familiale est un socle. « S’il n’y a pas de respect et de bonne communication, il n’y aura pas de bonne entente », dit Étienne Aubut. Clarifier les rôles, se réunir régulièrement et décider ensemble évite les conflits et permet d’aller de l’avant collectivement.
Place à la relève
Incorporée en 1995, l’entreprise a achevé son transfert en 2002. La gouvernance reste simple. « Chacun sait ce qu’il a à faire. La bonne entente repose sur le respect et la communication », insiste Étienne. Jean-Marie acquiesce : « J’ai intégré les garçons comme partenaires, et la terre a pris de la valeur parce que les bras étaient là. On grandit ensemble ».
Transmettre ne se limite pas à céder des parts : il faut aussi transmettre des savoirs et de la confiance. « La confiance qu’on laisse aux jeunes, ça change tout », souligne Jean-Marie Aubut. Il faut préparer un plan de transfert progressif, offrir une marge financière et donner à la relève des responsabilités concrètes pour consolider leur place tout en sécurisant l’avenir.

L’esprit de clan dépasse l’étable. Réunions au chalet et coups de main spontanés font partie de l’ADN de cette famille, qui a été nommée Famille agricole de l’année par les Agricultrices du Bas-Saint-Laurent, au début de 2025.
L’avenir se prépare déjà. « On regarde l’intégration de Sandrine, puis de Mathieu, avec un plan fiscal solide. Les projets ne manquent pas », dit Édith. Sandrine mesure l’importance du moment. « Ce sera la sixième génération et la première copropriété féminine. On va continuer d’innover sans oublier d’où l’on vient. »
Une phrase qui résume bien la Ferme J.M.E.S. Aubut : cultiver la modernité, enracinée dans la transmission.
Les vaches sont en stabulation libre.
Le bon coup de l’entreprise
Passer d’une étable attachée à une stabulation libre neuve, avec robot et salle de traite, a été le tournant. « Le confort des vaches a bondi, tout comme l’ergonomie du travail », explique Étienne. Le regroupement du troupeau sous un même toit a fluidifié l’alimentation, la circulation et la surveillance, tout en facilitant le respect des exigences de qualité et de traçabilité. « On est passés d’environ 80 à près de 95 vaches en lactation, avec une meilleure régularité des traites et des performances », ajoute Sylvain. Résultat : un gain durable d’efficacité et de bien-être pour les animaux, comme pour l’équipe.
| Fiche technique | |
|---|---|
| Nom de la ferme : | Ferme J.M.E.S. Aubut |
| Spécialité : | Lait |
| Année de fondation : | 1995 |
| Noms des propriétaires : | Étienne Aubut et Sylvain Aubut |
| Nombre de générations : | 6 en incluant la relève |
| Superficie en culture : | 200 hectares |
| Cheptel : | 176 têtes |
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