Un laboratoire central a été aménagé à Laurierville, dans l’entrepôt de la Réserve stratégique mondiale de sirop d’érable. Photo : Gracieuseté du Centre ACER et ADI
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S'abonner maintenantAlors que le nombre d’entailles ne cesse de croître au Québec, différentes mesures ont été mises en place depuis trois ans pour classer plus rapidement une quantité accrue de sirop d’érable. Et les résultats sont au rendez-vous, estime la directrice générale du Centre ACER et ACER Division inspection (ADI), Geneviève Clermont.
Parmi les nouveautés mises de l’avant : l’aménagement d’un laboratoire central à Laurierville et l’adoption du système d’échantillonnage à l’érablière. Les « langues électroniques » (SpectrAcer) sont également davantage mises à profit et un nouveau bouchon échantillonneur est à l’essai.
Le classement demeure une des pierres angulaires du secteur acéricole, tant pour les producteurs que pour les acheteurs. La paie des premiers dépend de cette opération, tandis qu’elle détermine également la qualité de l’or blond acheminé aux deuxièmes.
D’où la pertinence que l’exercice soit fait par un organisme « indépendant », ACER Division inspection en l’occurrence, explique le directeur des communications aux Producteurs et Productrices acéricoles du Québec (PPAQ), Joël Vaudeville.
Celui-ci rappelle que les volumes de sirop d’érable produits ont atteint des sommets inégalés, avec 239 millions de livres en 2024 — « l’année de tous les records », dit-il – et 225 millions en 2025.
La croissance est d’ailleurs appelée à se poursuivre pour répondre à la demande. L’émission de 7 millions de nouvelles entailles a été annoncée à l’été 2025, souligne Joël Vaudeville. Elle succède aux deux annonces similaires effectuées en 2021 et en 2023. En cinq ans, les capacités de production du Québec auront augmenté de près de 50 %, selon les PPAQ.

Amélioration continue

« Nous sommes toujours en amélioration continue pour absorber la croissance des entailles », assure pour sa part Geneviève Clermont. La mise en place de l’échantillonnage à l’érablière — pour les producteurs ayant une entente avec un acheteur autorisé — en est un exemple, ajoute la DG du Centre ACER et ADI. Projet pilote lancé en 2022, la procédure a été officialisée et intégrée dans les pratiques en 2024, après avoir fait ses preuves.
Selon Mme Clermont, à la mi-septembre 2025, quelque 14 000 prélèvements provenant de l’échantillonnage à l’érablière avaient été classés, ce qui représente un peu plus de 16 millions de livres de sirop et environ 9 % du classement total. Une centaine de producteurs, ayant préalablement suivi une formation, y ont adhéré cette année.
L’échantillon de sirop prélevé à l’érablière a l’avantage de préserver le baril scellé et de démarrer plus rapidement les opérations de la division inspection en début de saison, fait valoir la dirigeante du Centre ACER.
Langues électroniques
L’aménagement d’un laboratoire central à Laurierville (Centre-du-Québec), dans l’entrepôt de la Réserve stratégique mondiale de sirop d’érable, est une autre façon pour ADI de gagner en efficacité, selon Geneviève Clermont.
Cette année, on est passé à la phase deux d’un projet pilote qui a permis de mettre quatre postes de classement au laboratoire central, dont trois avec des langues électroniques.
Fruit du travail de chercheurs d’Agriculture et Agroalimentaire Canada, en collaboration avec ceux du Centre ACER, la langue électronique, aussi appelée SpectrAcer, permet d’épauler le travail des inspecteurs en évaluant la qualité du sirop en très peu de temps. De nouveaux appareils ont été acquis cette année.
Les inspecteurs peuvent goûter et évaluer 250 échantillons par jour, mais ce nombre grimpe à 450 avec l’apport du SpectrAcer, précise Mme Clermont. « Au laboratoire central, on a presque pu doubler notre capacité et ça fonctionne très bien », dit-elle. Afin d’accélérer le travail, des équipes volantes se déplacent également chez les transformateurs pour classer le sirop d’érable directement sur place.

Bouchon échantillonneur
Autre nouveauté, qui fait celle-là l’objet d’un projet pilote mené par les PPAQ, un bouchon échantillonneur a été développé pour permettre la prise d’échantillon sans desceller le baril. Cela limite, du coup, les risques de contamination. Comme la manutention est réduite, le processus de classement s’en trouve accéléré. « L’an passé, les PPAQ, en collaboration avec ACER division inspection, ont réalisé des tests pour s’assurer que le prototype de ce bouchon était viable, dit Mme Clermont. Cette année, il y a déjà quelques milliers de bouchons en circulation. »
« L’objectif, c’est d’élargir cette méthode de classement-là dans les années à venir », précise le directeur des communications des Producteurs et productrices acéricoles du Québec, Joël Vaudeville.
À analyser
Geneviève Clermont souligne par ailleurs que les opérations de classement dans le Bas-Saint-Laurent feront l’objet d’une réflexion. Un laboratoire mobile y est à l’œuvre depuis la fermeture, en 2022, des installations « fixes » qui s’y trouvaient. Il s’agit, selon elle, d’un « modèle transitoire ».
« On se déplace avec notre langue électronique et, pour le moment, c’est ce qui permet un meilleur coût par échantillon et une meilleure efficacité, dit-elle. Mais, cet automne, on va prendre le temps d’analyser la situation de cette région, où il y a quand même une importante quantité d’acériculteurs. »
L’augmentation du nombre de « totes », observée depuis deux ou trois ans par ADI est une autre réalité à analyser, souligne Mme Clermont. « Comme un tote équivaut à environ sept barils, ce gros format contribue à augmenter la vitesse de classement », dit-elle.
Améliorations observées
Selon Joël Vaudeville, l’ensemble des mesures mises de l’avant semble, à ce jour, porter ses fruits. Une avance de 20 millions de livres était observée au classement au début septembre 2025, comparativement à l’année 2022, qui fait office d’année de référence (pour la récolte et la période de coulée).
« On est sur un calendrier qui fonctionne, dit-il. Le rendement est bon en termes de classement de sirop. »
« On est conscients que la paie des producteurs dépend de la rapidité du classement, ajoute le directeur des communications des PPAQ. Et on s’est donné plusieurs outils dans les dernières années pour atténuer les effets d’un classement qui pourrait être plus long pour certains producteurs. »
Le processus ne sera d’ailleurs peut-être jamais assez rapide aux yeux de certains, mais la majorité des producteurs compose assez bien, selon M. Vaudeville, avec le programme de paiement anticipé, qui permet d’obtenir des fonds à différentes échéances durant l’année.