Environnement 2 octobre 2025

Tirs groupés des agriculteurs envers la « taxe » carbone

Différents regroupements d’agriculteurs entendent se mobiliser cet automne pour en finir une fois pour toutes avec la « taxe » carbone, qui fait croître le coût du carburant, notamment le diesel et le propane utilisés dans les fermes.

Le 2 octobre, la Fédération de l’Union des producteurs agricoles (UPA) de la Montérégie a tenu un point de presse afin de faire pression sur le gouvernement à ce sujet. Et globalement, la Confédération de l’UPA et d’autres syndicats régionaux d’un peu partout au Québec ont l’intention de faire de même, au cours des prochaines semaines, dans l’espoir de faire plier l’État. Le premier vice-président de l’UPA, Paul Doyon, a indiqué en point de presse qu’il laissait au nouveau ministre de l’Agriculture jusqu’au congrès de l’UPA, au début décembre, pour annoncer que les agriculteurs n’auront plus à payer pour la bourse carbone.

Jérémie Letellier, président de la Fédération de l’UPA de la Montérégie, a dit en point de presse, le 2 octobre, qu’il était essentiel que les agriculteurs cessent de payer pour la bourse du carbone. Photo : Vanessa Filion

Pendant l’été, les Producteurs de grains du Québec (PGQ) n’ont pas manqué de souligner la hausse de 10,5 % du prix des unités d’émission du marché du carbone, laquelle est ensuite refilée aux agriculteurs et à la population. « Cette année, les producteurs de grains québécois vont donc, de nouveau, débourser des millions de dollars en droits d’émissions de GES [gaz à effet de serre] pour l’utilisation d’intrants énergétiques, dont la majorité provient spécifiquement de l’utilisation de diesel agricole. Au cours de la période 2013-2024, les producteurs de grains du Québec ont versé environ 125 M$ au Fonds d’électrification et de changements climatiques (FECC), soit 26 % de la contribution totale du milieu agricole québécois. Toutefois, selon une analyse de l’UPA, le secteur ne reçoit que 1,5 % des sommes versées dans le cadre du FECC », ont écrit les PGQ dans leur communiqué.

Le clou sur lequel la filière agricole frappe est celui de la compétitivité. Le président des PGQ, Sylvain Pion, a souligné que les producteurs d’autres provinces bénéficient d’exemptions ou de remboursements, tandis que les producteurs québécois assument des coûts additionnels, qui fragilisent leur rentabilité et leur compétitivité par rapport à leurs homologues canadiens et américains.

Compétitivité

L’ancien ministre de l’Agriculture, André Lamontagne, avait affirmé, devant les membres des PGQ, le printemps dernier, qu’il chercherait une solution pour réparer la situation, advenant que la compétitivité des fermes québécoises soit réellement affectée par le système de plafonnement et d’échange de droits d’émission du Québec, communément appelé la bourse de carbone. D’autant plus que depuis le 1er avril 2025, les agriculteurs de la plupart des autres provinces canadiennes ont été libérés de la taxe carbone du fédéral qui s’y appliquait.

Les producteurs de grains reviennent donc à la charge et demandent que les agriculteurs ne soient plus touchés par la tarification carbone qui s’applique au Québec pour les énergies fossiles et que les fermes obtiennent un remboursement pour toutes les années où elles ont été soumises à cette tarification.

Le ministre Lamontagne avait invité les producteurs de grains à soumettre des projets pour bénéficier des millions de dollars qui se retrouvent dans les coffres du Fonds d’électrification et de changements climatiques. Il avait aussi convié les producteurs de grains à imiter d’autres secteurs de production agricole en déposant un plan d’action sectoriel en adaptation climatique qui permettrait de profiter de fonds gouvernementaux.

Questionnée sur l’état d’avancement des demandes, Maryanne Dupuis, agente aux communications chez les PGQ, a répondu que des rencontres ont été organisées en ce sens, mais qu’aucune demande n’a encore été déposée pour le secteur des grains.


L’effet de la bourse de carbone sur le prix des carburants

Le Québec utilise, avec la Californie, un système de plafonnement et d’échange de droits d’émission de gaz à effet de serre (SPEDE) depuis 2013. Il ne s’agit donc pas d’une taxe carbone visible par le consommateur sur sa facture de carburant, comme c’était le cas au Canada anglais.

Les grandes entreprises polluantes et les distributeurs de carburant doivent acheter des crédits compensatoires, vendus aux enchères, si leurs émissions dépassent un certain plafond.

Depuis les cinq dernières années, le prix des unités d’émission a connu des hauts et des bas, en atteignant un pic de 56,61 $ l’unité en février 2024, pour ensuite redescendre à 36,05 $ en mai 2025 et remonter de 10,5 % en août 2025, à 39,84 $. Ces changements de valeur ont un lien direct sur le prix du carburant.

Par exemple, le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs indique que l’effet du coût carbone, lorsque le prix est de 45 $ l’unité, est de 10,7 ¢/l pour l’essence des automobiles, de 13,5 ¢/l pour le diesel et de 6,9 ¢/l pour le propane, tandis que, lorsque le prix est de 25 $ l’unité, l’incidence sur les ventes de carburant est de 5,9 ¢/l pour l’essence des automobiles, de 7,5 ¢/l pour le diesel et de 3,9 ¢/l pour le propane.

Le gouvernement du Québec redirige l’intégralité des revenus provenant des ventes du marché du carbone au Fonds d’électrification et de changements climatiques.