Recherche 2 octobre 2025

Le sirop d’érable, nouvel allié pour la santé des vaches

Le sirop d’érable serait-il bon pour la santé des vaches? L’idée peut paraître cocasse à première vue, mais elle pourrait bien s’avérer fondée. Une recherche, pilotée par Maud de Lagarde de la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal, et à laquelle collaboreront le Centre Acer, le regroupement Op+lait et le MAPAQ, se penchera sur la question.

Plus précisément, les chercheurs tenteront de vérifier le potentiel antimicrobien et anti-biofilm des lignanes de l’érable pour le contrôle des agents pathogènes retrouvés en production laitière, notamment pour les cas de mammites. 

Ces lignanes se retrouvent dans des coproduits de l’industrie acéricole, tels que le concentré de sève de fin de saison, les sirops déclassés ou la râche (résidu solide formé lors de la filtration du sirop d’érable). Ces coproduits sont donc potentiellement une source importante d’antimicrobiens naturels. 

Mérilie Gagnon

C’est par pur hasard que Mérilie Gagnon, chercheuse en microbiologie acéricole pour le Centre ACER qui collaborera au projet, est tombée sur des études antérieures qui démontraient que des polyphénols du bois et du sirop d’érable, en particulier de lignanes, exerçaient un effet anti-biofilm sur L. monocytogenes, communément appelée listeria. « J’ai trouvé l’idée intéressante et j’ai donc proposé le projet à la chercheuse Maud de Lagarde, qui a tout de suite accepté », dit-elle.

Au total, 13 lignanes ont été identifiées dans le sirop d’érable, dont le lariciresinol et le secoisolariciresinol, qui ont déjà démontré des effets antimicrobiens notamment contre des souches de Candida albicans, Escherichia coli et Staphylococcus aureus,pour le lariciresinol. Quant au secoisolariciresinol, des effets contre E. coli, P. aeruginosa, S. aureus et Bacillussubtilis ont également été observés.

On pense que ces molécules pourraient permettre de développer un antimicrobien naturel et aussi de valoriser les coproduits de l’érable pour lutter contre les microorganismes indésirables dans le secteur laitier.

Mérilie Gagnon

Valoriser les coproduits de l’érable

La lutte contre les biofilms est cruciale pour la santé animale et humaine. Cependant, les antibiotiques et les désinfectants chimiques utilisés dans l’industrie agroalimentaire ne sont pas toujours optimaux, contribuant ainsi au phénomène d’antibiorésistance. 

Si les résultats sont concluants, les recherches pourraient aider à réduire les pertes économiques liées notamment aux biofilms, tout en s’inscrivant dans une démarche d’économie circulaire. 

Plutôt que d’être jetés, les coproduits de l’érable, tels que le concentré de sève de fin de saison, les sirops déclassés ou la râche, pourraient ainsi être exploités de différentes manières, par exemple en étant incorporés dans des produits désinfectants, dans la litière, dans l’alimentation ou encore dans le lait, directement lors de la transformation fromagère.  

« La première étape du projet se fera cet hiver, au laboratoire, explique Mérilie Gagnon. On va prendre des bactéries qui ont été isolées qui proviennent de cas de mammite, et aussi des bactéries qui proviennent des systèmes de traite et qui contiennent des biofilms. On viendra ensuite tester les polyphénols purs pour vérifier s’ils ont un effet sur les bactéries présentes dans le domaine laitier. L’idée sera de déterminer les concentrations démontrant la meilleure efficacité antimicrobienne et anti-biofilm. »  

Les premières expériences auront lieu en laboratoire cet hiver. On évaluera, à l’aide de microplaque, la production de biofilm et les effets des polyphénols purs. Photo : Gracieuseté de Mérilie Gagnon, Centre ACER