Ma famille agricole 22 septembre 2025

Tournés vers le public pour démystifier l’agriculture

SAINTE-HÉLÈNE-DE-MANCEBOURG – Depuis 2017 que La Terre publie chaque semaine un portrait de famille agricole. Certaines d’entre elles ont connu des changements majeurs, ces dernières années, ce qui nous a donné envie de prendre de leurs nouvelles. Voici donc un suivi du portrait des Morin, de Sainte-Hélène-de-Mancebourg, en Abitibi-Ouest, à la tête de la Ferme des Mariniers. 

Si les valeurs familiales sont encore au cœur du travail de Rémi Morin et Valérie St-Amand, des producteurs bovins de troisième génération qui font l’école à la maison à une fratrie nombreuse, la relève est en train de faire sa place. Ralentis par la sécheresse historique de 2023, les éleveurs ont choisi de réduire leurs activités afin de profiter de la vie et de prendre un virage agrotouristique. 

Le clou de la visite est une balade à travers les champs, où des vaches de races Angus et Simmental côtoient quelques Longhorn. Photo : Émilie Parent-Bouchard

C’est l’aînée des filles, Saralee Morin, qui conduit le tracteur transportant les touristes dans les champs pendant que ses parents et ses jeunes frères et sœurs expliquent les rudiments de l’élevage bovin. Des visites sont organisées pour la première fois cette année à la Ferme des Mariniers, qui mise également sur des petits animaux, un mini-musée et d’autres activités ponctuelles, comme une épluchette de maïs, des jeux gonflables, etc. 

« La ride de wagon dure une heure. Je pourrais parler pendant deux, trois heures, mais il y a une limite! On explique la naissance, l’hivernement, comment on travaille, comment on les traite, comment on vaccine », énumère Rémi Morin, qui est propriétaire, avec son frère Richard, de cet élevage majoritairement composé de vaches de races Angus et Simmental ainsi que de quelques Longhorn. 

« Notre but, c’est que les animaux soient le mieux possible », ajoute Valérie St-Amand, propriétaire de 30 vaches mêlées au troupeau.

On veut qu’ils aient la plus belle vie, pour qu’ils aient le plus gros poids à la fin. [Nos visites permettent donc de] démystifier l’agriculture, de vulgariser pour que les gens voient la vache dans le champ et ne se disent pas qu’elle fait pitié.

Valérie St-Amand

Âgés de 7 à 26 ans, les huit enfants des Morin‒St-Amand, exception faite de l’aîné, qui ne vit plus au domicile familial, s’impliquent dans les visites. « À partir de 12 ans, ils chauffent le tracteur, pas avant », précise M. Morin. « Avant, ils vont entretenir les cages, s’assurer que tout le monde a de l’eau, de la bouffe, sortir les moutons. Ils sont fiers de montrer leurs animaux, d’en parler, de donner les lapins et les cochons d’Inde aux gens qui veulent les prendre. C’est l’fun de les voir partager, prendre de l’assurance », renchérit Mme St-Amand, qui fait toujours l’école à la maison aux quatre plus jeunes. 

Âgés de 7 à 26 ans, les huit enfants des Morin–St-Amand, exception faite de l’aîné, qui ne vit plus au domicile familial, s’impliquent dans les visites. Photo : Gracieuseté de la Ferme des Mariniers

La sécheresse, un appel à faire les choses autrement

L’idée des visites à la ferme a germé dans la foulée de la sécheresse de 2023. Celle-ci se ferait d’ailleurs encore ressentir, précisent les producteurs. Faute de foin, ils ont dû faire le choix déchirant de se départir de 100 vaches pour stabiliser le troupeau autour de 200 têtes. Parce qu’avec 1 500 acres (607 hectares) de prairies, dont une bonne partie à rénover parce que « les graines sont mortes », la question de la relève se pose, fait valoir Rémi Morin. 

Depuis 2023, l’agriculteur garde ainsi un nombre limité de vaches pour la relève. « Cette année, j’en ai gardé juste 25 [parce que] le prix était bon. Il y en a qui n’ont rien gardé, qui ont tout vendu », compare-t-il, précisant que le coût de la relève, quand les prix sont élevés comme cette année – et surtout qu’il y a peu de débouchés pour l’engraissement en Abitibi-Témiscamingue faute d’abattoir –, est « cher ». 

La réduction du cheptel est aussi un choix pour profiter de la vie, poursuit M. Morin. « Comme ce soir, tout le monde va arrêter vers 6-7 heures et on va aller au lac à notre plage privée », a-t-il confié à La Terre lors de son passage, en juillet, alors que la famille était en pleine période des foins. Mais quand vient le temps de bûcher jusqu’à 8-9 heures, on se présente, assure sa conjointe.  

Une vocation confirmée

L’aînée des filles, qui souhaite prendre la relève, partage d’ailleurs cette vision de « prendre du temps pour vivre, parce que qui sait ce qui peut arriver demain? » Après s’être exilée à plus de 10 h de route de la maison pendant trois années scolaires pour terminer son secondaire en même temps qu’un diplôme d’études professionnelles en agriculture à la Maison familiale rurale du Granit, en Estrie, Saralee Morin, 17 ans, a pu confirmer sa vocation. « J’ai tout le temps aimé être avec les animaux, être dehors, dans les tracteurs, aider aux naissances, voir les petites bêtes, assure celle qui apprécie tout autant la mécanique. Ce sont de longues journées, mais ce n’est pas si pire parce que tu aimes ce que tu fais! »    

Saralee Morin est de retour à la ferme après trois ans d’études à 10 h de route de chez elle. Photo : Gracieuseté de la Ferme des Mariniers
Fiche technique
Nom de la ferme :

Ferme des Mariniers

Spécialité :

Production bovine

Année de fondation :

1936

Noms des propriétaires :

Rémi et Richard Morin

Nombre de générations :

3

Superficie en culture :

1500 acres (607 hectares) en prairies

Cheptel :

200 vaches à bœuf et plusieurs autres animaux (moutons, chèvres, lapins, cochons d’Inde, cochons, émeus, etc.)

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