Petits fruits 22 septembre 2025

Les Mondor percent le secret de la camerise fraîche 

La famille Mondor n’a pas percé le secret de la Caramilk, mais c’est tout comme. Ces producteurs de petits fruits de Lavaltrie, dans Lanaudière, parviennent, depuis quatre ans, à commercialiser principalement de la camerise à l’état frais, tant dans les grandes chaînes que, plus récemment, à la Place des producteurs. 

Ils ne sont pourtant pas les premiers à avoir tenté le coup depuis l’avènement du petit fruit au Québec, en 2007. Après plusieurs écueils pour approvisionner le marché frais, bon nombre de producteurs se sont tournés vers la congélation comme méthode de commercialisation. Pour Sabrina Racine, dont la famille vend notamment des camerises en gros à des commerçants à la Place des producteurs depuis sept ans, c’est la conservation du petit fruit qui pose problème.

La camerise qui a été sur le comptoir une journée, il faut la retirer. On ne peut la remettre sur les comptoirs le lendemain. Ça ne se conserve pas du tout. Donc, si on n’a pas de comptoirs réfrigérés, c’est plus complexe à tenir en magasin. C’est un petit fruit qui est dispendieux, qui est aussi peu connu. Aussitôt qu’on a de la perte, c’est de la grosse perte. C’est sûr que les commerçants qui achètent ça en gros, ils sont plus sur les brakes que [pour] la fraise, la framboise et le bleuet.

Sabrina Racine

Depuis 2024, toutefois, la qualité de camerises que Mario Mondor et sa famille lui fournissent entre la mi-juin et la mi-juillet facilite la vente du produit.
« La différence avec d’autres producteurs, c’est que lui, il est bien implanté, il a une belle façon de travailler, il a une belle présentation aussi, et son fruit est beau. Je pense que dans les premières années où ça a été commercialisé, ce n’était pas encore apprivoisé. Lui, ses techniques de production sont bonnes, dit Sabrina Racine. Au niveau de la conservation, c’est déjà mieux parce que son fruit est beau quand il arrive, il fait de beaux paniers bien remplis. Donc, c’est plus intéressant pour le commerçant déjà de le mettre sur les étalages. Je pense que c’est ça qui manquait, d’avoir un producteur qui en fait une quantité suffisante, justement, pour pouvoir le commercialiser. Tout est uniforme, tout est au goût du jour aussi. Ça, je pense que ça joue beaucoup. Il y a d’autres producteurs qui ont essayé d’en faire et le produit arrivait déjà mûr au central. C’est difficile de vendre ça, et finalement, on se retrouvait à vendre aux transformateurs. C’est sûr que c’est un des meilleurs qui a toughé la run. »

Une cueillette à la main

Quand on demande à Mario Mondor son secret, l’homme répond humblement que c’est « juste » que les fruits de ses 10 000 plants sont cueillis à la main au lieu d’être récoltés mécaniquement. « C’est pour ça que les fruits restent beaux, ils sont propres. C’est plus long, ça coûte plus cher à cueillir et ça prend bien du monde pour cueillir ça. Moi, j’ai des fraises, des framboises et des bleuets, ce qui fait que j’ai des travailleurs mexicains et guatémaltèques en masse », a indiqué le producteur, qui embauche 60 travailleurs étrangers temporaires l’été.  Selon lui, en faire venir juste pour cette période-là sans produire d’autres fruits, ce n’est pas rentable. « Mais il y a bien des fermes dont le problème est de ne pas avoir le personnel pour les cueillir, qui sont équipées avec une machine. Avec une machine, on ne peut pas faire ça, [ça brise trop le fruit] », assure ce dernier.   Pour assurer la qualité du produit, le propriétaire de la Bleuetière Point du jour s’est aussi équipé de réfrigérateurs et de camions réfrigérés.

La famille Mondor compte sur une soixantaine de travailleurs étrangers temporaires pour récolter leurs camerises fraîches à la main. Photo : Gracieuseté de Mario Mondor

Le frais comme plan B

Mario Mondor ne se destinait pourtant pas au marché du frais quand il a commencé, en 2015. Il comptait approvisionner, comme plusieurs producteurs, une usine du Lac-Saint-Jean. « Ils nous ont fait miroiter ça bien beau au départ. “Plantez-en, plantez-en, ça va être payant, il y a une demande”, mais ce n’était pas vrai, pas du tout », indique le producteur. Il a alors fallu trouver un plan B pour rentabiliser l’investissement de départ de 50 000 $ et les trois années d’entretien nécessaires avant l’apparition des premiers fruits. 

La camerise fraîche, bien que de plus en plus connue du consommateur, est toujours considérée comme un petit fruit émergent. Photo : Archives/TCN

Étant donné que le propriétaire approvisionnait déjà de grandes chaînes d’alimentation de la région de Montréal en petits fruits, il a commencé à leur offrir de la camerise fraîche. Depuis, il approvisionne tous les IGA de la province par l’entremise d’un contrat chez Sobeys, notamment. Ses camerises fraîches trouvent aussi preneurs aux Fermes Lufa depuis peu, et les volumes fournis à la Place des producteurs seront en augmentation chez Racine l’an prochain.  

Des camerises produites, congelées ou transformées par la famille Mondor sont aussi vendues dans les grandes chaînes. Photo : Gracieuseté de Mario Mondor