Bovins 8 septembre 2025

Des parcs d’engraissement difficiles à remplir

Avec le prix des veaux d’embouche qui a encore bondi dans la dernière année, de nombreux éleveurs de bouvillons d’abattage peineront à remplir leur parc d’engraissement cet automne, estiment Les Producteurs de bovins du Québec (PBQ).

« Il pourrait y avoir des parcs à moitié remplis. Il y en a aussi qui pourraient prendre la décision de ne pas remplir et de vendre des grains, à la place. On est en déclin de production depuis plusieurs années, alors ce n’est pas ce qu’on souhaite. On veut que ça revire de bord, mais des conjonctures comme ça n’aident pas », signale André Ricard, qui est président du comité de mise en marché des bouvillons d’abattage aux PBQ. 

L’automne, précise-t-il, est une période où les éleveurs de bouvillons remplissent leurs bâtiments avec de grandes quantités de veaux d’embouche à engraisser, dont le prix varie désormais entre 3 700 $ et 4 000 $. C’est donc dire qu’un parc d’engraissement de 1 000 places, par exemple, coûte au moins 3,7 M$ à remplir. Ce sont 700 000 $ de plus que l’an dernier, alors que le prix par tête d’environ 3 000 $ était déjà élevé.

Un financement mal adapté

Pour s’approvisionner en veaux d’embouche, les parcs d’engraissement sont nombreux à emprunter à court terme, en attendant de faire un revenu avec la revente de leurs bouvillons finis, six mois plus tard. Sauf que les options de financement à leur disposition n’ont pas été adaptées à la croissance élevée du prix des veaux. 

Actuellement, les institutions financières prêtent l’équivalent de 2 200 $ par tête, alors qu’un veau vaut près de 4 000 $. S’il n’a pas les liquidités nécessaires, l’éleveur doit avancer ce qu’il manque pour remplir son parc en mettant en garantie sa terre ou ses bâtiments, ce qui représente un risque. 

Jean-François Gaudette, qui a fait l’acquisition d’un parc d’engraissement en 2020, aimerait pouvoir acheter ses propres veaux pour remplir ses bâtiments, plutôt que d’élever ceux d’autres producteurs à forfait, comme il le fait en ce moment, mais les mécanismes en place ne le lui permettent pas. Son niveau d’endettement très élevé, après avoir acheté ses coûteuses installations, rend les institutions financières frileuses à l’idée de lui prêter l’argent nécessaire pour remplir ses 700 places d’animaux.

« Les marges de profit pour les producteurs sont intéressantes en bout de ligne [parce que les bouvillons finis aussi valent cher], mais on n’est pas capables d’en profiter, parce qu’on n’est pas capables d’acheter la matière première. Il y aurait moyen de capitaliser, mais on n’est pas capables », témoigne cet éleveur de bouvillons d’Ange-Gardien, en Montérégie.

Quand on est à forfait, le forfaitaire se garde toujours une marge pour lui. Je veux acheter mes veaux, parce que ce serait comme avoir ma maison. Je pourrais m’enrichir, créer un capital. En ce moment, c’est comme si je vivais à loyer. 

Jean-François Gaudette

De son côté, André Ricard dit s’inquiéter pour les jeunes et les producteurs dont les finances sont plus serrées. « Il y en a qui sont plus endettés que d’autres. Quand tu es endetté jusqu’aux oreilles, ça limite ta capacité d’emprunt », fait-il valoir.

Pour sécuriser les institutions financières et les rendre moins frileuses à l’idée d’augmenter les prêts à court terme, les PBQ ont demandé au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) de mettre en place un programme de garantie d’emprunt pour l’élevage de bovins d’engraissement, semblable à ce qui existe en Ontario. Ainsi, les producteurs n’auraient plus à mettre leurs propres terres en garantie pour sécuriser les prêts, puisque l’État viendrait assumer les risques au besoin. 

Au MAPAQ, on se contente d’indiquer que « des échanges sont en cours » dans le but de trouver des « solutions adaptées à la conjoncture » du prix élevé des veaux.