Selon l’agronome Louis Robert, l’épandage à la mi-octobre, par exemple, présente trois avantages : une valeur fertilisante supérieure à celle de l’épandage de septembre, moins de pertes environnementales et un risque de compaction plus faible par rapport au printemps. Photo : Gracieuseté de Sam Lépine
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S'abonner maintenantÀ l’automne, de nombreux producteurs choisissent de réintroduire des éléments nutritifs dans leurs sols, qu’ils travaillent en surface ou en profondeur. Pour certains producteurs porcins, l’épandage du lisier constitue une solution efficace pour fertiliser les terres après la récolte.
Selon Gabriel Deslauriers, agronome, directeur de la recherche au sein du Groupe PleineTerre, même si l’épandage de lisier de porc à l’automne est aujourd’hui répandu, cette pratique soulève encore des questions. « C’est un gros débat qu’on a depuis plusieurs années. Les conditions climatiques sont souvent meilleures à l’automne qu’au printemps pour faire les épandages », explique-t-il. Selon lui, la principale raison qui pousse les producteurs à épandre à l’automne, c’est la portance du sol. « À l’automne, le sol est plus porteur. Au printemps, on roule sur une couche sèche, mais en profondeur, c’est humide. C’est là qu’on cause de la grosse compaction », précise-t-il.

Un mal nécessaire
Des producteurs voient pourtant l’épandage d’automne comme un mal nécessaire. Certains estiment que le lisier épandu au printemps donne de meilleurs résultats, mais les conditions de terrain ne sont pas toujours favorables. C’est le cas de Sam Lépine de la Ferme Lépine dans Lanaudière. L’entreprise exploite quatre engraissements pour un total de 6 600 places. « Si je pouvais, je ferais tout au printemps. C’est là que le fumier a sa pleine valeur, mais il faut tenir compte des conditions météo, des délais avant récolte pour le blé d’automne… Au printemps, ce n’est pas toujours simple à gérer. »
Pour lui, l’épandage d’automne va de pair avec une bonne culture de couverture.
Les deux travaillent ensemble. Ça apporte de la structure au sol, ça améliore la matière organique et ça réduit les pertes d’azote. En bio, on n’a pas beaucoup d’autres sources de fertilisation que le fumier et les engrais verts. Il faut maximiser ça.
Pierre-Luc Brouillette, agronome et conseiller en agroenvironnement pour la Ferme Lépine, croit lui aussi en l’importance de maintenir un sol couvert, ce qui permet de protéger le sol et d’éviter l’érosion pendant la période hivernale. « L’idée, c’est d’avoir un sol toujours couvert, d’incorporer rapidement le lisier et de respecter les conditions de sol », dit-il. L’automne présente souvent à son avis des conditions de sol plus propices pour l’épandage que le printemps, notamment pour les terres plus éloignées de la ferme. « À l’automne, on évite les risques de compaction parce que les champs sont plus secs. On peut se permettre de faire des chantiers un peu plus loin », précise M. Brouillette. Au printemps, les producteurs privilégient plutôt les terres proches, avec des systèmes de dragline ou d’épandage sans citerne, pour réduire les risques de compactage.

Agronome bien connu et spécialiste des sols, Louis Robert est favorable à l’épandage de lisier en octobre pour des raisons agronomiques et environnementales. Celui-ci permet une fertilisation efficace, comparable à celle du printemps, tout en réduisant les pertes et les risques de compaction. L’épandage à la mi-octobre, par exemple, présente trois avantages, selon lui : une valeur fertilisante supérieure à celle de l’épandage de septembre, moins de pertes environnementales et un risque de compaction plus faible par rapport au printemps. De plus, attendre la mi-octobre ou même novembre permet de mieux préserver l’azote dans le sol, car les sols froids « empêchent la transformation de l’azote ammoniacal des lisiers, une forme d’azote plus stable dans le sol, en nitrates, forme très lessivable, par les bactéries du sol. »
L’épandage de lisier dès septembre reste une pratique courante, mais elle nécessite une gestion rigoureuse pour éviter les risques environnementaux et optimiser l’utilisation des fertilisants. Selon les agronomes, bien que cette pratique soit bénéfique en ce qui a trait à la portance du sol et à la réduction des risques de compaction, elle doit être effectuée avec prudence, en tenant compte des conditions spécifiques du terrain et des cultures en place. En intégrant des pratiques de gestion de précision et en adaptant l’épandage aux conditions de chaque champ, les producteurs peuvent maximiser les bénéfices agronomiques tout en préservant la qualité de leurs sols.
Que dit la loi
Bien que la réglementation prévoie une période d’épandage de matières fertilisantes du 1er avril au 1er octobre, dit Louis Robert, l’article 31 du Règlement sur les exploitations agricoles (REA) précise qu’il est possible d’épandre après cette date, sous certaines conditions. En effet, un agronome peut autoriser l’épandage au-delà du 1er octobre si le sol n’est ni gelé ni enneigé, et si cette dérogation est spécifiée dans le plan agroenvironnemental de fertilisation (PAEF). Ainsi, dans certains cas, l’épandage à l’automne, même après le 1er octobre, peut être une pratique recommandée.

Selon M. Robert, une idée reçue très répandue est que l’agronome doit systématiquement délivrer une dérogation pour les épandages après le 1er octobre. Or, ce n’est pas nécessaire si l’épandage est prescrit dans le PAEF de l’entreprise, comme le stipule l’article 31. Le terme « dérogation » fait référence à une recommandation exceptionnelle, rédigée en réponse à une situation imprévue. « En réalité, une recommandation d’épandage dans le PAEF après le 1er octobre n’est pas une dérogation, mais une pratique validée, utilisée et documentée depuis plusieurs années », dit-il. Si l’épandage après cette date présente des avantages agronomiques et environnementaux, il devrait être inscrit dans le PAEF. Bien que cette pratique ait été largement évitée par le passé, elle gagne en popularité ces dernières années, mais reste encore trop rarement recommandée par les agronomes, souvent en raison de fausses croyances, ajoute M. Robert. Selon la ligne directrice de l’Ordre des agronomes du Québec (OAQ) de 2011, cette pratique est tout à fait viable, peu importe la culture (maïs, blé, soya, etc.), tant que le sol n’est ni gelé ni enneigé.