Le ministre André Lamontagne est fier de sa nouvelle politique bioalimentaire façonnée par les membres de son équipe et 300 représentants de différents secteurs de la production agricole et de la transformation. Photo : Martin Ménard/TCN
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S'abonner maintenantSAINT-CHARLES-SUR-RICHELIEU – C’est devant les représentants de la majorité des secteurs agricoles et agroalimentaires québécois que le ministre André Lamontagne a lancé sa nouvelle politique bioalimentaire qui guidera les actions du milieu pour les 10 prochaines années. Celle-ci mise notamment sur l’innovation avec l’objectif ambitieux de pousser les entreprises agricoles et agroalimentaires à investir 25 G$ entre 2025 et 2035.
« On a de grandes ambitions », a répété le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, lors d’une conférence de presse organisée à Saint-Charles-sur-Richelieu, en Montérégie, le 22 août.
En plus des investissements de 25 G$, il vise un accroissement de la productivité de 1 $ de produit intérieur brut réel par heure travaillée dans les secteurs de la production agricole (cultures et élevage) et de la fabrication d’aliments. La politique a aussi l’objectif de diversifier les exportations bioalimentaires tout en atteignant la cible des 15 G$ d’exportation. Québec veut par ailleurs réduire l’intensité des émissions de gaz à effet de serre de 15 % dans le secteur agricole et agroalimentaire, puis améliorer de 10 % l’offre d’aliments transformés de bonne qualité nutritive.
André Lamontagne a dit qu’il fallait mieux protéger les terres. Sa politique vise ainsi « zéro perte nette » de terres agricoles présentant un bon potentiel, soit celles appartenant aux classes de sol 1 à 4 et celles classées organiques.
Le ministre a souligné à maintes reprises la synergie entre son ministère et les acteurs du milieu, depuis janvier 2024, afin d’élaborer une politique bioalimentaire qui épouse la réalité du terrain.
Ce sont plus de 300 personnes qui ont apporté leur contribution. Ce qu’on dévoile aujourd’hui, c’est plus qu’une politique, c’est un projet rassembleur qui va nous aider à atteindre notre objectif de nourrir le Québec avec fierté et détermination.
Doutes
Debout au fond de la salle, la représentante de la relève agricole, Leïla Arbour, n’était pas si souriante pendant l’annonce du ministre. « La relève peine déjà à joindre les deux bouts! Dans le contexte actuel, son accès aux marchés est un parcours à obstacles sans fin dont la seule solution est l’endettement, qui atteint maintenant les 29 % chez la relève. La nouvelle politique nous réimpose les conditions qui nous freinent déjà. On s’attendait à plus, point final », a même écrit la productrice ovine dans un communiqué diffusé par la Fédération de la relève agricole du Québec (FRAQ), dont elle est vice-présidente. La FRAQ rappelle que l’accès aux terres constitue l’un des principaux obstacles auxquels fait face la relève. Elle demande au gouvernement de s’engager à protéger toutes les terres agricoles plutôt que de se limiter aux classes 1 à 4, tel que précisé par la politique.
De son côté, l’Union des producteurs agricoles (UPA) affirme que la politique fait preuve d’orientations intéressantes, comme l’intérêt d’accroître la compétitivité des entreprises face aux réalités économiques et face aux changements climatiques, mais l’organisation syndicale estime insuffisant le financement prévu d’environ 1 G$ sur cinq ans.
En faveur de la politique
L’un des ténors de la transformation alimentaire, le Conseil des industriels laitiers du Québec, était également présent lors de la conférence de presse et accueille favorablement cette politique bioalimentaire 2025-2035. « C’est un bon plan, qui mise sur les bons éléments, comme l’innovation et la collaboration », a commenté Charles Langlois, président-directeur général. Il s’attend à ce que des programmes issus de la nouvelle politique permettent aux entreprises de transformation d’améliorer leur compétitivité. La promesse de la politique 2025-2035 de soutenir la formation et l’accompagnement aux entreprises lui est également chère. Il espère que les programmes seront suffisamment financés pour obtenir des résultats probants.
Sans prendre la parole ni répondre aux questions des médias, le premier ministre François Legault était présent pour appuyer la nouvelle politique bioalimentaire, prenant soin de serrer les mains des principaux acteurs de l’industrie agricole et agroalimentaire.
Plusieurs cibles atteintes
La dernière politique bioalimentaire 2018-2025 a atteint plusieurs cibles, indique le ministre André Lamontagne. En entrevue avec La Terre, il fait référence à la cible de 15 G$ associée aux investissements que le gouvernement souhaitait que les entreprises agricoles et agroalimentaires effectuent de 2016 à 2025. Finalement, le cumul des investissements pour cette période a été de 20,1 G$.
Ensuite, il cite les achats d’aliments québécois par les institutions publiques. « Je regarde la stratégie nationale d’achat des aliments du Québec. Quand on a commencé ça, il y a cinq ans, il n’y avait aucune institution qui avait une cible. Aujourd’hui, on a 1 500 institutions qui ont des cibles d’achat des aliments du Québec. Ça va avoir des répercussions très positives », souligne M. Lamontagne.
Concernant l’agriculture biologique, la dernière politique avait l’objectif de doubler les superficies certifiées par rapport à 2015 pour atteindre un total de 98 000 hectares en 2025. Cette cible a été atteinte dès 2019. En 2023, 117 758 ha étaient certifiés sous régie biologique. La nouvelle politique bioalimentaire fixe un objectif de 20 % plus de cultures bio ou certifiées selon un autre cahier de charges qui misera sur l’agriculture durable.
L’ancienne politique visait une augmentation de la valeur du contenu québécois dans les achats en épicerie et les services alimentaires de 10 G$ entre 2016 et 2025, c’est-à-dire de la faire passer de 24 G$ à 34 G$. Cet objectif a été atteint en 2022. La dernière estimation se chiffre à 39,6 G$ en 2024. La prochaine politique veut également mesurer la valeur du contenu québécois, sans toutefois cibler un montant précis. André Lamontagne explique que les chiffres réels sont quand même difficiles à calculer, considérant l’inflation et la variation du taux de change. Selon le ministre, la production alimentaire du Québec représentait 51 % de ce qui était consommé en 2020, un pourcentage que les chiffres les plus récents portent à près de 53 %.
Enfin, la cible des exportations de produits bioalimentaires, fixée à 14 G$ pour 2025, ne devrait pas être atteinte, avec une projection de 13,2 G$.