Ma famille agricole 26 août 2025

Les valeurs familiales comme fondation

SAINT-VALÈRE – Au moment d’arriver à la Ferme Thibau sur le 11e rang, à Saint-Valère, il faut rouler quelques centaines de mètres sous l’immense pergola formée par des branches imposantes qui se rejoignent au-dessus de la route. Ces nobles arbres ont vu passer six générations d’agriculteurs, qui ont cultivé et cultivent encore ces terres des Bois-Francs, dans le Centre-du-Québec, comme ils entretiennent cette passion pour leur travail des champs et l’élevage d’un troupeau laitier de plus de 200 vaches.

Une pierre taillée, qui émerge d’un aménagement floral devant la maison ancestrale, en bordure de la route, rappelle les noms des membres de la famille Thibault qui se sont succédé à cet endroit pour exploiter ces riches terres de Saint-Valère, près de Victoriaville. Le monument est un souvenir des célébrations du centenaire de l’exploitation souligné avec faste en 1961. Aujourd’hui, on y ajouterait bien sûr le nom des épouses qui, dans l’ombre, ont épaulé leur homme de mille et une façons, contribuant elles aussi à la croissance de l’entreprise. Sur ce monument, il faudrait aussi apposer les noms des frères Patrick et Éric Thibault (ainsi que ceux de leur conjointe!), les nouveaux maîtres des lieux, un tandem qui carbure aux projets et aux défis, dont celui de rendre leur exploitation plus performante. 

Le passage des premières générations de développeurs de la Ferme Thibau est bien inscrit dans la pierre depuis 1961.

« On travaille fort pour gagner en ­efficacité », explique Patrick, l’aîné. « Et des projets, on en a tout le temps », ­renchérit Éric. 

Tout cela sous l’œil attentif des parents, Doris Boisvert et Clément Thibault, toujours actifs dans l’entreprise – elle pour mettre de l’ordre dans les chiffres, lui pour les soins du troupeau, notamment – tout en s’impliquant activement dans le processus décisionnel de l’entreprise, comme l’ont fait les enfants avant de prendre les cordeaux.

« Nos parents nous ont toujours impliqués dans les décisions, raconte Éric. Notre opinion comptait. » Pas étonnant, donc, que les membres de la famille soient rapidement devenus des partenaires de travail. « C’est vrai qu’on a toujours travaillé ensemble, explique Patrick. On s’est toujours bien entendu et on se complétait. Et tout ça s’est fait naturellement. Quand les représentants débarquent, ils savent qu’ils doivent aller voir Éric lorsqu’il est question de la machinerie et viennent vers moi si c’est pour le troupeau. »

En incluant ainsi les garçons dans les décisions et les opérations de l’entreprise, les parents ont reproduit le modèle que Clément a lui-même vécu avec son propre père, Roger.

Il était une fois…

Tous les membres de la famille Thibault, des grands-parents aux petits-enfants, sont bien installés sur la terrasse ensoleillée entre la maison ancestrale et l’étable pour recevoir La Terre. Ils en ont long à raconter sur leur histoire et celle de leur famille établie à cet endroit depuis 1861. À commencer par Clément, qui parle avec admiration de son père Roger, féru de chiffres, fondateur du club de gestion local, et avec lequel il a travaillé pendant 17 ans jusqu’à sa retraite en 1996. C’est donc le modèle qu’il a reçu en héritage de ses parents en étant inclus très jeune dans les ­décisions et les opérations.  

On fait aussi de l’agriculture parce qu’on réussit à s’amuser. 

Patrick Thibault

Avec son épouse, Doris, il a formé une nouvelle génération ambitieuse avec des projets plein la tête. « Avec mon père, on était rendu là, raconte Clément. Soit on pesait sur la pédale et on investissait, soit on ralentissait. On a investi dans la fosse à fumier, le RTM et le drainage des terres. » 

La génération qui est maintenant aux commandes poursuit dans la même veine en pilotant un nouveau projet d’agrandissement de l’étable, qui est en gestation depuis plus de deux ans. Il permettra de rapatrier la relève hébergée dans un autre bâtiment d’une propriété de Saint-Rosaire, acquise il y a quelques années. Le nouveau projet est évalué à 3 M$, sans compter les achats de quotas.

« Quand ils arrivent avec leur projet, il faut que je prenne le temps d’absorber leur vision des choses », dit Clément en sachant que les projets de ses gars sont toujours bien réfléchis.

Les Thibault préparent le projet de construction d’une nouvelle étable qui permettra de rapatrier la relève sur le même site.

Pour les deux frères, il n’y a pas là matière à se stresser. Après tout, c’est bien eux qui, à l’aube de la vingtaine, ont négocié les emprunts pour les travaux effectués en 2009. « Imaginez deux p’tits gars qui vont négocier un prêt de plus d’un ­million de dollars », raconte Patrick en riant. 

Ce nouveau projet monopolise beaucoup d’énergie, mais permettra d’en économiser une fois qu’il sera réalisé, comme ç’a été le cas pour les améliorations réalisées au cours des décennies précédentes.  

Le bon coup de l’entreprise

Clément Thibault et Doris Boisvert ne s’en cachent pas : ils ont suivi l’exemple de monsieur Thibault père en associant rapidement leurs fils dans l’entreprise. « Mon père l’a fait avec moi en 1983 en me cédant la moitié des parts. C’est vrai qu’à l’époque, c’était assez avant-gardiste, tellement que des proches disaient que je venais de plumer mon père, dit-il. C’était le début des transferts avec participation et, à partir de là, on a planifié le transfert à long terme. L’autre avantage, c’est que lorsque vient le temps de prendre la relève, tu es connu des intervenants. » Patrick et Éric étaient donc de tout jeunes hommes lorsqu’ils sont devenus actionnaires (Patrick en 2009 et Éric en 2014). « C’est sûr que ta vision de l’entreprise et de son développement change quand tu deviens actionnaire », confirme l’aîné.

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Prendre le temps qu’il faut

Depuis plus de deux ans maintenant, les Thibault préparent le projet de construction d’une nouvelle étable qui permettra de rapatrier la relève sur le même site. « On a pris le temps pour faire les choses comme il faut, explique Éric. On a déjà l’expérience du projet réalisé en 2009. On essaie de penser, d’analyser tous les aspects. » Et, bien sûr, il faut aussi prévoir les délais pour les demandes de permis et d’autorisation. « On a aussi mis du temps pour consulter d’autres producteurs, indique Patrick. On a visité leurs installations en discutant avec les producteurs de leurs bons coups et de leurs moins bons, de ce qu’ils feraient autrement, des corrections qu’ils apporteraient aujourd’hui. On profite de leur expérience. »

Penser au futur et à la relève

« Dès le départ, on s’est dit qu’on ne faisait pas seulement un projet pour répondre à nos besoins d’aujourd’hui, explique Patrick. Il faut penser aux besoins futurs. Ce sera quoi, notre ferme, dans cinq ans, dans dix ans? Et ça inclut l’arrivée de la relève. Mon frère et moi, nous avons six enfants. Lesquels vont vouloir rester à la ferme? Pour faire quoi? On ne le sait pas maintenant, mais il faut tout de même prévoir qu’il y aura d’autres changements. »

Rester ouverts

Patrick et Éric conviennent qu’il est capital de rester ouverts aux modifications à apporter. « C’est le temps de faire des changements avant que la construction commence », dit Patrick. « On ne veut pas débâtir parce qu’on s’est rendu compte qu’on a fait des erreurs, ajoute Éric. Les corrections, c’est maintenant qu’il faut les faire, avant que la construction soit lancée. » 

Fiche technique
Nom de la ferme :

Ferme Thibau

Spécialité :

Production laitière

Année de fondation :

1861

Noms des propriétaires :

Patrick, Éric et Clément Thibault ainsi que Doris Boisvert

Nombre de générations :

6

Superficie en culture :

Plus de 200 hectares, dont 80 en location et une érablière exploitée par un voisin

Cheptel :

210 vaches, dont 100 en lactation, pour un quota de 120 kilos

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