Ma famille agricole 19 août 2025

Une relève qui s’écrit au féminin

SAINT-PAMPHILE – Dans le rang Double, à Saint-Pamphile, la Ferme Pamphily continue d’écrire son histoire familiale. Catherine Jalbert, cinquième génération d’agriculteurs, deviendra bientôt la première femme à diriger officiellement l’entreprise laitière. Un passage de flambeau tout en douceur, nourri par la passion, la vision et l’amour profond d’une terre ancestrale.

Nichée tout près de la frontière du Maine, dans un paysage montagneux, là où la brume du matin se pose sur les pâturages et où les érables et les épinettes côtoient les vaches laitières, la Ferme Pamphily s’ancre dans le temps et dans le sol. Depuis Joseph Jalbert, l’arrière-grand-père, quatre générations s’y sont succédé, façonnant un héritage agricole que Catherine Jalbert s’apprête à faire sien. « Aujourd’hui, je suis prête à prendre le relais », confie l’agricultrice, qui travaille à la ferme depuis 2014. Elle détiendra sous peu 51 % des parts de l’entreprise, tandis que son père, Gérald, gardera 45 % et son conjoint, Pierre Frétellière, en aura 4 %. 

Catherine Jalbert n’a jamais imaginé une autre voie pour elle que celle d’agricultrice. 

« J’ai grandi ici, sur cette terre familiale », confie Gérald. Ce dernier a succédé à son père, Raymond, en 1983, qui en était propriétaire depuis 1969, l’ayant acquise de son propre père, Gérard, fils de Joseph. 

Gérald se souvient des débuts modestes de l’entreprise. « Quand j’ai pris la relève, en 1983, on avait une cinquantaine de têtes, dont 30 en lactation », dit-il. Aujourd’hui, le troupeau compte
130 têtes avec 63 vaches alignées pour la traite. À l’époque, les bêtes mangeaient du foin sec. Maintenant, c’est ensilage et balles rondes. La ferme est passée d’une production de 30 kilos de lait par jour à 71. « Et avec le transfert, je compte ajouter 10 kilos, pour atteindre 81. C’est réaliste et durable à la fois », explique Catherine. 

C’est important que les femmes occupent des postes dans les conseils d’administration. C’est comme ça qu’on fait évoluer notre milieu.

Catherine Jalbert

La vacherie, construite au début des années 1970, n’a rien perdu de sa fonctionnalité. Elle a été adaptée au fil du temps et respecte déjà les normes de bien-être animal. « On n’a pas de robot, mais tout est fonctionnel, accessible et confortable pour les animaux. On préfère rester proches du troupeau. Ça fait partie de notre identité », précise Catherine. Les installations sont adaptées, sans robotisation, et la ferme est inscrite au contrôle laitier. 

En plus du lait, la Ferme Pamphily compte 162 hectares en culture et trois lots à bois. Cette diversification permet de viser une autonomie accrue. « On veut produire le plus possible notre alimentation pour le troupeau. C’est une sécurité », explique Catherine Jalbert. 

L’entreprise doit néanmoins se procurer du maïs, une céréale difficile à cultiver en raison du climat plus frais à cette altitude. « Le réchauffement climatique et les hybrides qui s’améliorent faciliteraient sa culture, mais il nous manque des équipements spécialisés qui coûtent très cher », précise Gérald. 

Les rendements ne sont pas aussi bons qu’au bord du fleuve. Il faut s’adapter. « Il faut parfois utiliser plus d’engrais et plus de chaux pour obtenir les mêmes résultats », dit le producteur.

Une équipe solide

C’est l’engagement de chacun qui soutient la réussite de l’exploitation. L’équipe est composée d’un employé à temps plein, de quelques ados motivés et d’une famille soudée. De plus, en saison des récoltes, les Jalbert peuvent compter sur l’expérience et la rigueur de quelques anciens producteurs agricoles du voisinage.

Mathieu, le frère de Catherine, est producteur à Portneuf avec sa conjointe, Laurie Jacobs. Leurs autres sœurs, Marie-Ève et Michèle, ont choisi une autre voie, bien que les valeurs agricoles soient bien ancrées en elles. Alexann, 16 ans, fille de Michèle, montre un intérêt pour l’agriculture. Elle a travaillé deux étés à la ferme et s’inscrira l’an prochain à l’Institut de technologie agroalimentaire du Québec. Elle travaille présentement dans une ferme à L’Islet, où elle habite.

Malgré une séparation, en 2018, Marlène Thibodeau, l’ex-épouse de Gérald, continue d’assurer la comptabilité de l’entreprise. « Ma mère a toujours été présente dans les tâches de la ferme, tout comme les femmes qui l’ont précédée au fil des années. C’est juste que leur contribution n’était pas toujours reconnue », précise Catherine. En reprenant les rênes de la ferme, l’agricultrice de 34 ans marche dans leur sillage.

Comme sa mère avant elle, Catherine s’implique à son tour à titre de présidente des Agricultrices de la Chaudière-Appalaches Est et dans différents comités du syndicat local de l’Union des producteurs agricoles et de la relève agricole. 

Comment voit-elle l’avenir de l’entreprise? « Je ne prévois pas de gros projets pour l’instant. Ma priorité, c’est de consolider, rembourser les dettes, et préparer tranquillement la suite », conclut la productrice.  

« Au départ, on ne pensait pas fonctionner sur deux sites, mais ç’a été logique. On a évité un gros investissement tout en gagnant en flexibilité », raconte Catherine Jalbert.

Le bon coup de l’entreprise

En 2018, la famille Jalbert envisageait la construction d’une nouvelle grange pour les taures, estimée à 400 000 $, mais l’occasion d’acquérir une terre voisine a changé la donne. Pour 350 000 $, ils ont obtenu 40 hectares (100 acres) supplémentaires, une vieille grange et une maison. « Au départ, on ne pensait pas fonctionner sur deux sites, mais ç’a été logique. On a évité un gros investissement tout en gagnant en flexibilité », raconte Catherine. Cette décision stratégique a permis d’agrandir la ferme sans trop s’endetter, tout en facilitant la cohabitation familiale à travers deux maisons distinctes.

3 conseils pour… une relève réussie

Sortir de sa zone de confort

Selon Catherine, il faut savoir s’adapter. « Chaque jour apporte son imprévu. Il faut être capable de se réinventer. On pense souvent que les choses vont suivre une logique, mais en agriculture, la logique, c’est de s’ajuster. »

Savoir s’entourer

« Personne ne peut tout faire seul. Il faut bâtir une équipe solide, que ce soit pour la production ou pour garder le moral. On a aujourd’hui des ressources incroyables pour nous soutenir, et il ne faut pas hésiter à y faire appel », mentionne la productrice. Pour elle, côtoyer d’autres agriculteurs est essentiel : « Les échanges nous font grandir. Seul, on va plus vite. Ensemble, on va plus loin. »

Équilibrer passion
et vie personnelle

La passion peut devenir une pression si on n’y prend pas garde. « Il faut se ménager. La ferme doit enrichir notre vie, pas nous dévorer. Il faut prendre soin de soi pour durer », dit l’agricultrice. Entre la production, la famille, les implications syndicales et la gestion, Catherine tient à garder un cap humain.

Fiche technique
Nom de la ferme :

Ferme Pamphily

Spécialité :

production laitière

Année de fondation :

1983

Noms des propriétaires :

Gérald Jalbert, Catherine Jalbert et Pierre Frétellière

Nombre de générations :

5

Superficie en culture :

162 hectares (400 acres)

Cheptel :

130 têtes

Avez-vous une famille à suggérer?
[email protected] | 1 877 679-7809


Ce portrait de famille est présenté par