Aidé à la ferme par ses enfants, Loïc et Aurélie, le producteur Jérôme Lemay entend augmenter son cheptel de 63 à 90 vaches, dès cet hiver. Photo : Pascal Ratthé
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S'abonner maintenantLes vaches en lactation de Jérôme Lemay, un producteur de Chaudière-Appalaches, déambulent librement dans leur nouvelle demeure depuis le 28 juillet. Elles viennent d’emménager non pas dans une typique étable en bois ou en acier, mais dans un spacieux dôme en toile, équipé de deux robots de traite.
« Ça fait au moins 14 ans que je regarde pour bâtir une étable. On a [magasiné] tous les systèmes, toutes les structures. Ce qui est arrivé, c’est que ça revenait toujours trop cher par rapport à ma capacité de payer […] C’est pour ça que je me suis enligné vers le dôme », résume le propriétaire de la ferme laitière Mathilde, à Saint-Édouard-de-Lotbinière.

M. Lemay voulait passer de la stabulation entravée à la stabulation libre et robotiser la traite de ses vaches depuis longtemps, mais il cherchait une façon d’économiser, sans lésiner sur le confort des animaux. L’idée d’essayer le dôme lumineux et bien ventilé a finalement émergé. S’il préfère ne pas révéler le coût de son projet, il assure que son choix lui a permis d’économiser environ 300 000 $ en frais de construction par rapport à ce qu’il aurait déboursé s’il avait fait construire une étable en bois.
Avec l’ajout de cette bâtisse, qui peut accueillir jusqu’à 140 vaches en lactation, le producteur entend augmenter son cheptel de 63 vaches à 90 vaches dès cet hiver. Il possède déjà le quota nécessaire, qu’il a acheté progressivement ces dernières années. À terme, son ancienne étable sera réaménagée pour accueillir les taures.

Prêt pour le froid
Le dôme de Jérôme Lemay ne sera pas chauffé en hiver, ce qui pourrait laisser croire qu’il sera difficile pour ses vaches d’y vivre. Or, l’agriculteur, qui loge déjà ses vaches taries et ses taures dans un autre dôme depuis 2016, assure que ces animaux tolèrent très bien le froid, surtout avec une ventilation adéquate dans le bâtiment qui vient contrôler l’humidité.
À cet effet, son nouveau dôme est muni d’une toile double et étanche et d’un panneau de contrôle automatisé qui permet de gérer les entrées et les sorties d’air. Grâce à l’ajout de ventilateurs et de circulateurs d’air adéquats, l’agriculteur espère maintenir la température autour du point de congélation, dans le dôme lorsqu’il fait -15 °C dehors.
« L’été, les ventilateurs poussent l’air sur les animaux pour qu’ils aient moins chaud. L’hiver, on va être capables de les faire virer à l’envers pour mélanger l’humidité puis la chaleur vers la toile, pour éviter que ça condense, explique l’agriculteur. […] Si on est capables de bien mélanger l’air et de contrôler l’humidité, ça va faire en sorte que l’environnement des vaches sera meilleur. Mais c’est cet hiver qu’on verra ce que ça donne », d’ajouter le producteur, qui aime bien travailler au froid.

Pour éviter que les robots gèlent
En fait, ceux qui risquent d’avoir le plus froid, en hiver, ce sont les robots de traite. C’est pourquoi le plancher de la section où les vaches iront se faire traire sera chauffant. Il y aura aussi un appareil de chauffage électrique au plafond.
« Il ne faut pas que ça gèle. C’est fragile, ces bêtes-là », dit en rigolant M. Lemay, qui mettra aussi deux ventilateurs vis-à-vis les robots pour pousser l’air. « L’idée, c’est de faire un mur d’air, un peu comme dans les entrées de magasin, pour garder la chaleur en dedans. »

Le conseiller en nutrition et en gestion de troupeaux du producteur, Gratien Tardif, raconte comment un de ses clients, qui s’était fait construire un dôme, il y a plusieurs années, a connu des ratés parce qu’il n’avait pas mis d’élément de chaleur au robot.
« La lecture ne se faisait pas bien, parce que quand la vache rentrait dans l’habitacle où se trouve le robot, ça dégageait de la chaleur et ça venait faire un givre. Les caméras avaient une incapacité à lire les trayons », raconte-t-il, confirmant qu’avec son système, Jérôme Lemay devrait éviter ce problème.
Le consultant note aussi que l’agriculteur a mis des abreuvoirs chauffants, ce qui est une bonne chose, selon lui, puisque les vaches, qui préfèrent l’eau tiède, boivent moins si elle devient trop froide.

Une alimentation à ajuster
Le conseiller en nutrition bovine et en gestion de troupeaux Gratien Tardif estime que le projet de Jérôme Lemay tient la route, notamment parce que ses vaches ont déjà l’habitude de vivre dans un dôme, en stabulation libre, lorsqu’elles sont en période de tarissement. Pour éviter que le froid compromette la production laitière, il y aura moyen, dit-il, d’ajuster l’alimentation des animaux en ajoutant du maïs à leur ration pour leur donner plus d’énergie. « Plus il va faire froid, plus une vache risque de manquer d’énergie, parce qu’elle va monopoliser cette énergie-là pour se réchauffer. Donc, elle n’en aura pas pour faire son lait. Mais pour pallier ça, on pourra ajuster le programme alimentaire », explique-t-il.
Beaucoup de lumière
Le conseiller Gratien Tardif fait remarquer que la luminosité a des effets bénéfiques sur la production laitière, la reproduction et la santé générale de la vache. Or, le dôme de Jérôme Lemay, dit-il, offre une luminosité exceptionnelle qui devrait plaire au troupeau.