Serres 4 août 2025

Inquiets du dumping mexicain provoqué par Trump

L’imposition de tarifs de 17 % aux États-Unis sur la tomate de serre en provenance du Mexique depuis le 14 juillet inquiète les serriculteurs du Québec. Ces derniers craignent que le Mexique se tourne vers le Canada pour écouler, à faible prix, le stock boudé par les Américains sur nos marchés locaux (dumping), alors que les prix de la tomate de serre ont atteint, ces derniers mois, le pire creux en quatre ans.

Bien que des témoignages d’agriculteurs américains, relayés par l’administration Trump sur le site de la Maison-Blanche, vantent déjà les répercussions positives de ce nouveau droit de douane pour leur production locale de tomate, il est encore trop tôt pour en évaluer les contrecoups potentiels sur le marché canadien. Le 28 juillet, il n’y avait que quelques centaines de boîtes de tomates mexicaines en stock chez le grossiste Courchesne Larose contre 1 400 en provenance du Québec et 2 000 de l’Ontario, mentionne le vice-président Guy Milette. « En ce moment, on n’a pas d’effets, mais on va le voir durant l’hiver, parce que c’est là que ça va affecter [les producteurs du Québec] », estime ce dernier. Le gouvernement fédéral a indiqué à La Terre qu’il surveille la situation de près.

Le vice-président des Producteurs en serre du Québec, Sylvain Terrault, explique qu’il fait trop chaud au Mexique, en cette période de l’année, pour cultiver de la tomate en serre. C’est la basse saison.

Le 17 % qui arrive, oui, il va avoir un impact, mais est-ce qu’on le sent au moment où l’on se parle? Pas tant, parce qu’ils n’ont pas vraiment de production. Déjà là, c’est une bonne nouvelle. Mais il y a des craintes, et si je me retrouve en plein mois de décembre avec la même [situation], peut être que je vais avoir d’autres choses à dire.

Sylvain Terrault

Selon lui, Montréal est déjà un terminus nord-américain de dumping et la situation pourrait s’aggraver avec le tarif de 17 %. « Quand le stock part du Mexique, souvent sans prix, les vans sont pleines. Pendant qu’elles roulent, les vendeurs essaient de vendre n’importe où. S’ils trouvent preneur au Texas, c’est là que la van s’arrête. Sinon, elle continue et elle s’en va peut-être quelque part en Floride ou à Washington. Puis, à un moment donné, quand elle arrive en haut, si elle n’a pas trouvé preneur à New York, la prochaine porte, c’est Montréal, et c’est là qu’est le terminus, et c’est là qu’il y a des dumpings de fous, dit-il. C’est la crainte qu’on a relativement aux tarifs aussi, [notamment cet hiver]. » 

Pire prix en quatre ans

Cette menace de dumping survient à un moment où les prix des tomates de serre sur le marché québécois viennent de connaître leur pire creux en quatre ans. « On a eu nos pires semaines depuis plusieurs années entre la fin avril et la fin juin », mentionne Sylvain Terrault, aussi président de Gen V. 

Dominique Fortier d’Excel-Serres à Saint-Damase, en Montérégie, mentionne que les prix sont encore « très, très bas ». La productrice, spécialisée dans la tomate depuis plus de 40 ans, a enregistré une diminution de l’ordre de 15 % dans les tomates traditionnelles, en grappe et les tomates rouges. « C’est une année de vache maigre », soutient-elle. Pour s’en sortir, elle tentera de concentrer la production sur des variétés moins traditionnelles, comme la tomate jaune.  

25 % de tarif sur la tomate américaine

Bien que l’attention soit tournée sur la tomate mexicaine, rappelons que le Canada impose des tarifs douaniers de 25 % sur la tomate américaine depuis le 4 mars 2025. La mesure s’inscrit dans la réplique canadienne aux tarifs de 25 % imposés par le président américain l’hiver dernier. Le Canada impose actuellement des tarifs de 25 % sur 30 G$ de marchandises importées des États-Unis.