Malgré les embûches, la famille Éthier a fait preuve de persévérance au fil des générations. Photos : Myriam Laplante El Haïli/TCN
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S'abonner maintenantMIRABEL – Avec une expropriation et la détection de virus alors inconnus dans la fraise, le parcours agricole des deux générations d’Éthier à la ferme Au Pays des petits fruits, à Mirabel, a parfois été digne d’un parcours du combattant. Pourtant, la passion et la persévérance dont ils ont fait preuve depuis les années 1960 leur ont permis de surmonter les difficultés et d’intégrer officiellement, ces jours-ci, la troisième génération à la ferme.
Germain Éthier, le patriarche, croyait en son rêve agricole. En 1955, l’année de son mariage, il a acheté une terre à Mirabel non loin de la ferme de ses parents. Contrairement à eux, son idée n’était pas de faire de l’agriculture de subsistance (il avait 12 frères et sœurs), mais bien d’en vivre. L’été, il allait à Montréal vendre ses fraises au Marché Bonsecours et il a rapidement compris l’engouement pour le petit fruit. Bien qu’il ait dû travailler à l’extérieur l’hiver pour nourrir sa famille, il a œuvré à accroître son volume de production durant plusieurs années.
Mais voilà qu’en 1969, un an après qu’il ait drainé la moitié de sa terre, le gouvernement fédéral l’a exproprié pour construire l’aéroport de Mirabel. « Il a perdu, dans le fond, le prime de sa vie », raconte son fils Pierre-Yves, le trémolo dans la voix. Son père s’est battu pendant 18 ans, aux côtés d’autres producteurs, pour faire comprendre au gouvernement l’injustice vécue. « Il est passé au travers, il l’a rachetée en 1987. Et en 1987, il a fait drainer le restant de la terre. Il était content, fier. C’était sa victoire », mentionne Pierre-Yves. L’homme a cultivé simultanément jusqu’à 6,8 ha de fraises au courant de sa carrière.
Puis du jour au lendemain, en 1990, le patriarche annonce à son fils Pierre-Yves, alors étudiant en agroéconomie à l’Université McGill, qu’il ne plantera plus de fraises l’année suivante. Le jeune Pierre-Yves, en couple avec Chantal Demers, prend le défi à bras le corps et commence à cultiver des fraises sur les terres de son père en 1991. Lorsque le couple s’est marié, la ferme produisait uniquement de la fraise d’été durant cinq semaines, ce qui n’était pas assez pour subvenir aux besoins de la famille nouvellement agrandie par l’arrivée de Judith, en 1995, et de Gabriel, en 1997. Le couple décide alors d’investir pour diversifier massivement la production vers d’autres petits fruits. Les terres sont officiellement achetées à Germain Éthier en 2001 après la naissance de Myriam, en 1998, et de Sarah, en 2001. À partir de 2006, le couple acquiert une autre terre, perfectionne ses méthodes de production, et parvient à étirer la saison sur cinq mois. Puis, en 2010, les premiers virus ciblant les fraises font leur apparition au Québec, affectant grandement les rendements. « Entre le moment où ça s’est mis à aller mal, qu’il n’y avait pas de rendement et que les plantes étaient affectées sans qu’on le sache, puis où ça s’est mis à aller mieux, ben c’est quasiment 10 ans [qui se sont écoulés]. Dix ans, c’est long quand tu ne fais pas d’argent », dit Chantal Demers. Malgré cela, encouragé par la ténacité de son fils Gabriel, passionné d’agriculture depuis l’âge de 4 ans, à prendre la relève de la ferme, le couple a poursuivi. Bien que ses trois autres enfants n’aient pas étudié en agriculture comme Gabriel, elles se sont toujours impliquées à la ferme, et leur présence a été particulièrement saluée par leurs parents durant le « tsunami » de l’achat local occasionné par la pandémie. « On n’était pas prêts à ça. Ç’a été un gros changement. Le kiosque, ça a doublé. Ce n’est pas évident de gérer tout ça, cette affluence de monde. Elles ont été là, impliquées, et ça a aidé beaucoup à passer au travers », dit la mère de famille. Sarah, la benjamine de la fratrie, démontre d’ailleurs de plus en plus d’intérêt à intégrer la ferme, selon ses parents. Voir une de leurs filles embarquer dans l’aventure avec Gabriel, qui est en voie d’obtenir 34 % des parts de l’entreprise dans les prochains jours, serait « le fun » et permettrait de départager les responsabilités entre le travail grandissant au kiosque et celui aux champs.
La vie, surtout en agriculture, est très exigeante. On se fait avaler un peu par le travail et on oublie, parfois, qu’il y a une vie, une vie humaine, une vie familiale qui se vit à travers ça. Ça, il ne faut jamais, jamais le perdre de vue.
À travers les épreuves vécues depuis les 34 dernières années, encore tout récemment avec les pluies diluviennes de 2023, le couple dit avoir persévéré. « Honnêtement, on est assis, je trouve, sur quelque chose de beau, quelque chose de grand. On a une clientèle, ici, fidèle; c’est de l’or, ça, fait valoir Pierre-Yves. Je l’ai toujours dit à Gabriel, il va falloir continuer à calculer, prendre de bonnes décisions, et je pense que si on fait ça, ça ne peut pas faire autrement que de marcher. »

Alors que le transfert officiel débute sous peu avec le garçon de 28 ans, qui a aussi fait preuve de persévérance dans son parcours scolaire, Pierre-Yves et Chantal sont allés chercher de l’aide dans un club-conseil pour se faire accompagner dans le processus. « Ça nous a vraiment aidés. Comme personne, on devrait tous avoir un cheminement comme ça. Moi, je suis convaincue que ça va nous aider à bien vieillir », dit Chantal.
Le bon coup de l’entreprise
La diversification des aliments produits a permis aux Éthier d’attirer de plus en plus de clients à la ferme. Alors que celui qui acquiert ces jours-ci des parts dans l’entreprise familiale, Gabriel, était encore en porte-bébé en 1997, ses parents, Pierre-Yves Éthier et Chantal Demers, ont ajouté la production de framboises (rouges, jaunes et noires), de bleuets, de mûres, de groseilles, de gadelles et de cassis à la production de fraises implantée à la ferme depuis 1955. Depuis 2023, à l’initiative de Gabriel, la ferme produit des légumes avec le même souci de qualité que pour leurs petits fruits. Par exemple, la tomate est cueillie « mûre et au bon temps », ce qui fait revenir les clients au kiosque. « Ils ne viennent pas juste chercher un petit panier, ils viennent en chercher une demi-douzaine parce qu’elles sont bonnes. C’est le fait de vraiment statuer sur la qualité, autant dans les prix que dans les légumes », mentionne Gabriel.

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Étape par étape
Les salaires, qui représentent plus de 50 % des coûts de production dans les petits fruits, sont si élevés que la famille ne peut pas se permettre de passer plus de temps que prévu sur des tests. « Quand tu commences et que tu ne sais pas trop où tu t’en vas, ça peut finir par coûter cher. Il faut y aller étape par étape », dit-il.
Aller chercher de l’aide dès le départ
La famille suggère d’aller chercher l’expertise d’un conseiller agronomique dès le lancement de la production. Pierre-Yves Éthier est suivi par un club-conseil depuis 1998, en plus d’en avoir assumé la présidence durant de nombreuses années. « Je crois beaucoup à ça. Les agronomes, ils sont là pour nous aider, ils sont là pour [savoir] ce qui se passe autour, toujours être à l’affût de nouvelles choses, de ce qui se fait ailleurs. Je pense que c’est important. Tout seul dans ton monde, ça ne marchera pas. Il faut être ouvert », dit-il.
Être proche de ses chiffres
Chantal, qui assure la comptabilité de la ferme, insiste sur l’importance d’être proche de ses chiffres pour réussir à long terme. Les producteurs sont curieux et passionnés par les essais au champ, mais ce sont les chiffres qui orientent les décisions de l’entreprise. « Cet hiver, quand on a pris la décision des cultures qu’on gardait et qu’on éliminait, c’étaient les chiffres. On a regardé les chiffres, puis les ventes, et c’était ça qui prenait la décision, ce n’était pas notre passion, ce n’était pas le cœur », explique son fils Gabriel.

| Fiche technique | |
|---|---|
| Nom de la ferme : | Au Pays des petits fruit |
| Spécialités : | Petits fruits, légumes et un peu de grandes cultures |
| Année de fondation : | 1955 |
| Noms des propriétaires : | Pierre-Yves Éthier, Chantal Demers et Gabriel Éthier |
| Nombre de générations : | 3 |
| Superficie en culture : | 52 hectares (65 ha avec la terre louée) |
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