Comme de nombreux confrères, Johanne Boulet déploie ses ventes aux enchères en formule hybride, c’est-à-dire que des événements sont organisés à la ferme, en plus d’être filmés et diffusés en direct sur Internet. Photo : Hannah Crawford
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S'abonner maintenantLes encans en ligne de bétail et de machinerie, que le confinement de la COVID-19 a contribué à propulser, sont devenus un incontournable, témoignent quelques encanteurs du milieu laitier avec qui La Terre s’est entretenue. Plusieurs croient toutefois qu’Internet ne remplacera pas de sitôt les événements en personne.
« Je pense qu’on va encore chercher une plus-value en offrant la possibilité aux gens d’y assister sur place », observe Éric Therrien, des Encans Sélect Gène, à Saint-Elzéar, dans Chaudière-Appalaches. Ce dernier, comme plusieurs de ses confrères, déploie ses ventes aux enchères en formule hybride, c’est-à-dire que des événements sont organisés à la ferme, comme à l’ancienne, en plus d’être filmés et diffusés en direct sur Internet, par l’entremise de la plateforme Vortex Auction. Des photos des articles en vente y sont aussi publiées plusieurs semaines avant l’événement, de sorte que les internautes peuvent se faire une idée de ce qui les intéresse en amont.
Selon M. Therrien, il ne faudrait toutefois pas priver les habitués de l’occasion de se rassembler et de socialiser, le jour de l’encan.
Il y a toujours du monde. La majorité aime toucher les animaux, les voir. Le feeling de l’encan, ça ne se remplace pas. Tu sens le pouls du monde. J’ai fait un encan il n’y a pas longtemps. C’était juste de la machinerie, mais il y avait quand même au-dessus de 100 personnes sur place. Les gens aiment ça. C’est plus simple.
Avec la pandémie, la copropriétaire des Encans Boulet, dans Chaudière-Appalaches, Johanne Boulet, a finalement concrétisé le projet qu’elle repoussait depuis un moment, soit de développer la formule des enchères en ligne. Aujourd’hui, elle ne reviendrait pas en arrière. « Si tu es au Lac-Saint-Jean et que tu as un troupeau de Ayrshires à vendre, les chances que tu les vendes toutes au Lac-Saint-Jean sont minimes. Internet, ça élargit beaucoup. Il faut élargir la clientèle », insiste-t-elle.
S’il lui est arrivé à quelques reprises d’organiser des enchères uniquement en mode virtuel, à la demande de ses clients, la majorité des encans qu’elle propose sont en formule hybride pour des raisons similaires à celles d’Éric Therrien.
Ce que je remarque, c’est que les personnes plus âgées veulent venir à l’encan, tandis que les plus jeunes achètent comme si c’était sur Amazon.
Presque uniquement à distance
Remarquant que les enchères en ligne permettent des économies importantes pour les vendeurs en frais d’organisation d’événements, en plus de rejoindre un vaste bassin d’acheteurs, Daniel Paul-Hus déploie dorénavant presque tous ses encans à distance uniquement.
« Pour 95 % des encans, je ne vais plus à la ferme », témoigne l’encanteur de Saint-Hyacinthe, en Montérégie. Ses ventes aux enchères, explique-t-il, se déroulent en direct, à l’aide de la plateforme Vortex Auction, mais ne nécessitent pas d’événement physique. Des photos et des vidéos des articles ou des animaux à vendre, qui ont été prises d’avance, sont présentées sur la plateforme, plusieurs semaines avant l’encan. Les acheteurs potentiels peuvent aussi demander à aller voir les éléments à la ferme. Puis, le jour des enchères, M. Paul-Hus reçoit les offres des intéressés, en temps réel, en ligne ou par téléphone, pendant que les lots à écouler sont présentés à l’écran.
« Ça ne demande pas de chapiteau et d’installations. On évite tout ça », indique l’encanteur, qui observe une demande pour cette formule épurée.
Il continue néanmoins de permettre aux acheteurs de soumettre des offres par téléphone, certains n’étant pas à l’aise avec Internet. Selon lui, l’implication de l’encanteur durant les enchères, à distance ou non, est encore nécessaire.
Un printemps tranquille pour les encans
Plusieurs encanteurs agricoles sondés par La Terre ont connu un printemps qu’ils estiment tranquille, par rapport aux dernières années, avec un moins grand nombre de fermes ayant fait encan.

Daniel Paul-Hus, encanteur à Saint-Hyacinthe, en Montérégie, présume que le nombre de fermes laitières en diminution y est pour quelque chose. « Il y a de moins en moins de petites fermes laitières. J’ai plus que la moitié de mes clients qui abandonnent dû à l’âge, mais ces clients-là, il ne s’en créera pas des nouveaux », observe-t-il. En anticipant ses potentielles ventes de l’automne, il estime qu’il fera une trentaine d’encans cette année, soit environ 10 de moins que les dernières années.
« Il s’est fait une épuration depuis 15-20 ans [du nombre de fermes laitières] », observe également Éric Therrien, des Encans Sélect Gène, à Saint-Elzéar, dans Chaudière-Appalaches. Au lieu de ses huit à dix ventes habituelles, il en a fait quatre ce printemps.
« Beaucoup de troupeaux, de plus en plus, se vendent par d’autres moyens que l’encan », fait aussi remarquer celui qui a toutefois déjà plusieurs ventes prévues à l’automne.
Vente minutée
Le concept d’encan minuté, populaire en Ontario, est encore peu préconisé dans le milieu laitier québécois. Cette formule fait en sorte que l’encanteur ne joue pas les intermédiaires durant l’encan, ni à distance ni en personne, puisqu’il programme tout à l’avance, avec des photos des éléments. Au moment de la vente, les internautes ont une période donnée pour soumettre une offre sur ce qui les intéresse. Lorsque le temps est presque écoulé et qu’une nouvelle mise survient, quelques secondes sont ajoutées automatiquement au chronomètre, pour laisser place à la surenchère potentielle. Johanne Boulet a organisé une dizaine d’encans de cette manière, ces dernières années. « Celles qu’on a faites ont bien fonctionné, mais je ne dirais pas qu’il y a une grosse demande pour ça », témoigne-t-elle. Daniel Paul-Hus croit que cette formule a du potentiel, mais préfère ne pas procéder de cette manière. « C’est probablement là qu’on s’en va, mais moi, je ne veux pas faire ça. Je pense que l’encanteur, comme on le connaît, a encore sa place », dit-il.