Technologie 13 juin 2025

Le drainage de précision, un levier pour mieux cultiver

Des entreprises misent sur le drainage de précision pour améliorer la gestion de l’eau en agriculture. Fondée sur l’analyse fine du sol et l’utilisation d’outils technologiques, cette approche permet d’optimiser les rendements, de réduire les coûts et de mieux adapter les interventions aux réalités du terrain.

Spécialisée en drainage souterrain, l’entreprise Excavation Alain Lemay mise sur la précision des relevés GPS pour adapter ses interventions aux particularités de chaque champ. « On travaille avec des logiciels qui nous permettent de traiter des données topographiques avec une précision de 8 à 10 millimètres », explique Alain Lemay. Cette technologie permet de concevoir des plans de drainage finement ajustés aux besoins du terrain, sans assécher inutilement les couches profondes.

La tendance actuelle est à des drains installés moins profondément qu’auparavant. « On ne veut plus nécessairement assécher la terre en profondeur, mais plutôt offrir un bon contrôle de l’eau de surface pour maintenir un environnement favorable à la plante », précise M. Lemay. Dans certains cas, les drains peuvent être posés à seulement 0,6 ou 0,7 mètre de profondeur, notamment dans la culture des canneberges.

Selon Frédérik Jodoin, le drainage de précision repose sur une combinaison gagnante : l'expertise humaine et la précision numérique. Photo : Gracieuseté d’EPL Lazure
Selon Frédérik Jodoin, le drainage de précision repose sur une combinaison gagnante : l’expertise humaine et la précision numérique. Photo : Gracieuseté d’EPL Lazure

Selon lui, le drainage de précision se définit comme « une intervention basée sur l’analyse fine du terrain, suivie de l’installation avec un outil qui permet de respecter un plan avec une très grande précision ». Cette approche permet non seulement d’améliorer la productivité agricole, mais aussi de limiter les impacts sur la nappe phréatique et l’hydrographie des terres.

Une pratique bien établie

Pour Maxime Duval, propriétaire de Drainage St-­Célestin, Drainage Richelieu et Drainage EPL Lazure, le concept de drainage de précision n’a rien de nouveau. « C’est un terme qui vient de l’agriculture de précision, mais pour nous, ça fait longtemps qu’on travaille comme ça », dit-il.

Cette approche s’inscrit dans une démarche technique rigoureuse au sein de son entreprise. Dès qu’on offre des services techniques, qu’on fait des entrevues avec les producteurs et qu’on utilise des GPS d’arpentage, on est déjà dans le drainage de précision.

Maxime Duval

L’idée est de cibler les zones problématiques d’un champ pour intervenir de manière localisée, ce qui permet aux producteurs d’optimiser leur budget tout en améliorant la performance de leurs terres.

M. Duval nuance toutefois les attentes. « Ça peut permettre de sauver sur l’investissement initial, mais ça ne garantit pas que le rendement sera aussi bon qu’avec un drainage systématique. » Dans certains cas, une intervention localisée mène à la nécessité d’un drainage complet, car l’abaissement de la nappe phréatique dans une portion du champ crée un nouveau point faible ailleurs.

À l’heure où chaque hectare compte, le drainage de précision s’impose comme un levier incontournable pour optimiser les rendements agricoles. Chez EPL Lazure, souligne ­Frédérik Jodoin, cette technologie repose sur une combinaison gagnante : l’expertise humaine et la précision numérique.

« Depuis 2005, tous nos plans sont géoréférencés », dit-il, montrant l’importance du GPS dans cette évolution. Grâce aux antennes satellites, les machines suivent désormais un tracé préétabli avec une grande exactitude. « On sait exactement où se trouvent les drains, à quelle profondeur et avec quelle pente », précise-t-il.

Mais au-delà de la technologie, c’est le savoir-faire des techniciens qui fait la différence, dit-il. Ces derniers déterminent les types de sols et ajustent les espacements entre les drains en conséquence. « C’est cette combinaison d’expertise et de données précises qui fait la force du drainage moderne. Rien n’est laissé au hasard », affirme M. Jodoin.

Soleno propose des solutions durables, comme la récupération d’eau grâce à des réservoirs souterrains. Photo : Gracieuseté de Soleno
Soleno propose des solutions durables, comme la récupération d’eau grâce à des réservoirs souterrains. Photo : Gracieuseté de Soleno

Le drainage de précision permet non seulement de semer plus tôt au printemps, mais aussi de récolter dans de meilleures conditions à l’automne. Dans les sols organiques, comme la terre noire, il faut parfois ajuster les installations au fil des ans, car le sol s’affaisse. « Un mauvais drainage coûte plus cher qu’un champ non drainé », prévient-il.

Pour les producteurs, cet investissement est de plus en plus vu comme essentiel. « En 2025, cultiver sans drainage, ce n’est plus viable », ajoute Frédérik Jodoin.

Connaissance des sols

Chez Soleno, le drainage de précision ne se résume pas à une question d’équipements automatisés ou de cartographie GPS à haute résolution. Il repose avant tout sur une connaissance approfondie des sols et sur des solutions adaptées à la réalité de chaque champ.

Un bon drainage commence comme une maison : avec une fondation solide. Et cette fondation, c’est l’analyse granulométrique.

Richard Bossinotte, directeur des ventes

« Dans un même champ, il arrive qu’on recommande deux types de drains différents, selon les zones argileuses ou sableuses », illustre Moranne ­Béliveau, chargée de projet chez Soleno.

Cette précision permet non seulement d’améliorer l’efficacité du drainage, mais aussi de réaliser des économies. « Si on évite d’installer une enveloppe filtrante là où elle n’est pas nécessaire, c’est entre 25 et 30 sous le mètre que le producteur peut épargner », souligne M. Bossinotte. 

Soleno mise aussi sur des solutions durables, comme la récupération de l’eau par réservoirs enfouis. L’entreprise développe depuis peu des réservoirs de grand diamètre pouvant être installés à l’horizontale ou à la verticale, sans entretien, fabriqués à partir de tuyaux KustomFlo. « On est la seule entreprise canadienne à offrir cette technologie, et elle est brevetée dans une grande partie des États-Unis », précise M. Bossinotte.

Avec trois types de filtres (100, 250 et 450 microns) et une offre de plus en plus personnalisée, Soleno continue de pousser la précision, sans perdre de vue la ­réalité terrain. « La meilleure technologie reste inutile si on ne commence pas par comprendre ce qu’il y a sous nos pieds », conclut-il.