Le chantier d’ensilage à la Ferme Léonard et Lise Côté. Crédit: Serge Frigon/Équipements JMAR inc.
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S'abonner maintenant« C’est surprenant. C’est très bon, le rendement! Compte tenu de toute la pluie et du peu de chaleur, je me serais attendu à moins de rendement. On doit être pas loin du quatre tonnes de matière sèche [à l’hectare]. Pour mon secteur, c’est supérieur à la moyenne des cinq dernières années », dit Gilbert Perreault, producteur laitier de Saint-Germain-de-Grantham, dans le Centre-du-Québec.
Par contre, la météo a joué avec ses nerfs cette année. Les conditions du terrain étaient limites pour sa première coupe d’ensilage. Les résultats auraient peut-être été meilleurs s’il avait pu patienter deux ou trois jours de plus avant de faucher, mais le mauvais temps en a décidé autrement. Au moment de l’entrevue, le 11 juin, il lançait la fauche de plantes fourragères destinées à ses animaux de remplacement. « Je pense que la qualité sera bonne, puisque le foin a poussé dans un climat frais; il n’a pas poussé en orgueil », exprime-t-il.

Du retard en Estrie
En Estrie, l’agronome Marie-Pier Landry, qui se spécialise en cultures de plantes fourragères, constate un retard généralisé dans sa région pour la première coupe. Étonnamment, les températures fraîches ont sauvé la mise par endroits, remarque-t-elle, puisqu’au rythme où allaient les choses, les producteurs auraient dû faucher plus tôt, et certains n’avaient pas terminé de semer.

La météo pluvieuse aurait également contrecarré les chantiers de récolte. « On a été chanceux. La fin de semaine fraîche a vraiment ralenti [la croissance des plantes] et a donné une belle fenêtre de récolte », résume-t-elle.
L’agronome s’attend à des rendements plus élevés que la moyenne dans les champs bien fertilisés et peu compactés.
Les producteurs qui ont commencé ont dit qu’il y avait pas mal de stock. Il faut dire que nous avons eu peu de mortalité hivernale cette année et le printemps a été doux. Dans les champs que j’ai marchés, j’ai vu très peu de mortalité.
Malgré tout, l’inverse est aussi vrai; les champs affichant des problèmes de santé des sols et de la compaction présenteront des résultats nettement plus faibles, spécifie-t-elle.
La qualité de la récolte, c’est-à-dire le résultat nutritionnel des plantes récoltées suscite un point d’interrogation pour l’agronome. « Oui, la luzerne n’était pas encore fleurie, ce qui est bien, mais le principe de base, c’est la photosynthèse, et on dirait que le fait d’avoir eu peu de soleil n’aura pas permis aux plantes d’aller chercher tous les nutriments. Je n’ai pas encore de résultats d’analyses. Nous verrons », dit Mme Landry, qui est l’une des autrices de la page Facebook Les Foinfinauds.
Une bonne coupe au Lac
« Je pense qu’on va avoir une très bonne coupe », dit Marie-Claude Morin, de la Ferme Morivan, au Lac-Saint-Jean. « On n’est pas tant pressés de commencer. Je ne vois pas vraiment de luzerne fleurie, ce qui nous donne du temps. Et il a fait froid ici. La luzerne aime le froid. Elle tale dans le fond [c’est-à-dire que le feuillage est fourni à la base de la plante]. Elle n’est pas si haute, mais très dense. On tond la pelouse et le tracteur bourre; c’est bon signe », explique la copropriétaire d’une ferme de 380 vaches en lactation à Saint-Bruno.
Serge Frigon / Machinerie Avantis Équipements JMAR inc
Son voisin Steeve Côté, de la Ferme Léonard et Lise Côté, a commencé la première coupe cette semaine. « On a commencé de bonne heure, même si le foin était jeune, car le mauvais temps s’en venait. Nous avons eu [un rendement] en bas de ce que j’avais l’habitude de récolter. Mais si j’avais attendu une semaine, les volumes auraient augmenté et la qualité n’aurait pas nécessairement diminué. Sauf que le beau temps, quand il passe, il ne revient plus. J’irai chercher plus de volume à la 2e coupe », raisonne le producteur.
Pour illustrer ce début de saison atypique, il précise avoir resemé des secteurs de son champ après avoir fauché. « Ça ne voulait pas sécher avant! »
Une question de jours au Bas-Saint-Laurent
Jean-Luc Laplante, de Saint-Germain-de-Kamouraska, dans le Bas-Saint-Laurent, n’avait pas encore sorti la faucheuse. « On va s’organiser pour finir de semer avant de commencer les foins! lance-t-il. Mais le foin augure bien. Il y a eu de l’eau en masse. Les prairies sont belles. »

Frédérick Poulin, de L’Isle-aux-Grues, dans Chaudière-Appalaches, mentionne une bonne année de culture de plantes fourragères. Il a resserré son programme de renouvellement de ses prairies afin de les rendre plus performantes, grâce à une meilleure fertilisation, du chaulage et une attention particulière sur sa structure de sol. « On a des terres qui se drainent rapidement. Une année où il pleut beaucoup, comme cette année, ça donne une meilleure moyenne. La luzerne est très présente. Il n’y a pas beaucoup de mortalité hivernale. La qualité sera là aussi », estime-t-il.
Un peu de déception en Outaouais
« La quantité est normale; il n’y a rien d’excitant. C’est trop froid et il y a trop d’eau », dépeint Louis Ouellet, de la Ferme Louis Ouellet, à Plaisance en Outaouais. Le système de drainage des champs joue pour beaucoup cette année, remarque-t-il. Les champs mal drainés ont peu de rendement. « Le gros facteur, ce sont les nuits chaudes. Avec des nuits chaudes, le foin grimpe. Cette année, on n’a pas eu de nuits chaudes », analyse celui qui cultive 72 hectares de plantes fourragères.