Le chercheur en production bovine écoresponsable de l’UQAT et producteur bovin Simon Lafontaine lors d’une activité de transfert de connaissances aux champs. Photos: Gracieuseté de l’UQAT
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S'abonner maintenantEst-il possible de réintroduire des légumineuses dans un champ sans complètement repartir à zéro? Des travaux d’Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) démontrent que oui : le sursemis sur sol gelé pourrait être une avenue à envisager pour y parvenir à moindre coût tout en réalisant des gains environnementaux. Reste maintenant à optimiser la technique et à l’adapter à différents contextes pédoclimatiques.
On sait déjà qu’une proportion supérieure à 30 % de légumineuses permet d’accroître la productivité et la qualité nutritive des mélanges fourragers. Mais au fil du temps, ces plantes disparaissent progressivement des champs à la suite de mortalité hivernale, déséquilibrant ainsi les mélanges fourragers.
Pour « rénover » leurs champs moins productifs, les producteurs ont alors traditionnellement recours au labour conventionnel, puis au semis direct, ce qui requiert des investissements en temps et en argent. Ce retour à la case départ libère aussi du carbone et peut être dommageable pour la santé du sol, notamment en raison de la compaction liée au passage de la machinerie.
« Si on est capable de maintenir ça à 30 %, notre prairie a besoin de beaucoup moins d’engrais azotés, voire pas du tout dans certains cas, fait valoir Simon Lafontaine, chercheur en production bovine écoresponsable à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT), le « petit nouveau » qui vient de se joindre à l’équipe du Conseil de recherche en production bovine – le Beef Cattle Research Council (BCRC).


Mais qu’est-ce que le sursemis sur sol gelé?
De 2018 à 2023, ces derniers ont démontré, grâce à des essais réalisés à Nappan (Nouvelle-Écosse), à Normandin (Saguenay–Lac-Saint-Jean) et à New Liskeard (Ontario, à une vingtaine de kilomètres de l’Abitibi-Témiscamingue), que « le semis sur sol gelé a été aussi efficace que le semis direct pour augmenter la teneur en légumineuses dans un champ de graminées », peut-on lire sur le portail du gouvernement du Canada, mais que la technique est « moins coûteuse et ne nécessite pas d’équipement spécialisé ».
La technique « consiste à semer tôt au printemps quand il reste encore un petit peu de neige; on vient lancer la semence à la volée en surface du champ et c’est l’action du gel, dégel qui va faire en sorte que la graine va être incorporée », illustre Simon Lafontaine, mentionnant que le terme « vasage » est aussi employé.
Serait-il possible d’obtenir de meilleurs résultats en semant à l’automne et en laissant les graines en dormance au champ pendant l’hiver? Est-ce que des enrobages spécifiquement développés pour le sursemis sur sol gelé pourraient favoriser l’implantation des légumineuses? Est-ce que l’introduction d’une légumineuse annuelle, comme le trèfle d’Alexandrie, ajoutée aux plantes pérennes – trèfle blanc, trèfle rouge, lotier corniculé, luzerne – permettrait d’obtenir du rendement plus facilement? Voilà le genre d’hypothèses de recherche qui seront mises à l’épreuve d’ici cinq ans.
Optimiser la technique
On s’attend à ce que “la plante annuelle” soit un peu plus agressive et qu’elle puisse tout de suite donner du rendement la première année, un autre aspect intéressant pour les producteurs.
Un dispositif de recherche comparable à ce qui est déployé dans les fermes de recherche d’AAC à Nappan, à St. John’s, à Saint-Augustin-de-Desmaures et à Normandin, a ainsi été semé, à Dupuy. On a donc implanté l’automne dernier, de la fétuque sur un champ divisé en 165 parcelles expérimentales de 1,5 mètre par 6 mètres pour tester divers traitements.
« Le défi des producteurs quand ils font du sursemis sur sol gelé au printemps, c’est que la plante germe et se développe, mais qu’il n’y aura pas beaucoup de rendement l’année même. Le but de cette expérience, c’est de voir si on est capable de générer du rendement la première année avec une plante annuelle pour laisser un peu de temps à la légumineuse pérenne de bien s’établir », explique Simon Lafontaine.
Le chercheur, qui produit aussi le bœuf carboneutre commercialisé sous le nom d’Écoboeuf, se réjouit de voir de plus en plus de recherche faite dans sa région, où la production bovine est très importante.
« C’est tout à fait pertinent, dans un contexte où on a beaucoup de prairies et de pâturages, de trouver une technique pour nos sols lourds, argileux, où c’est compliqué de travailler au printemps avec le semis conventionnel. Je pense qu’on est une région qui a tout à gagner à avoir du sursemis soit en dormance à l’automne ou sur sol gelé au printemps. Ça valait la peine qu’on embarque! » croit-il, précisant qu’un candidat à la maîtrise se consacrera à cette tâche au cours des prochaines années.