Avec ses superficies de 12 hectares, l’entreprise maraîchère que Sébastien Bigras a reprise de ses parents est devenue une véritable référence pour la production de rhubarbe. Habituellement, les agriculteurs qui en font cultivent des superficies beaucoup plus marginales. Photos : Caroline Morneau/TCN
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S'abonner maintenantSAINT-EUSTACHE – En retard d’une dizaine de jours par rapport à la normale, en raison de la météo peu clémente du printemps, Sébastien Bigras se presse de récolter ses toutes premières rhubarbes de la saison, en ce 2 juin. Ses clients, de grandes chaînes de détaillants alimentaires, ont hâte de recevoir leur commande, surtout que sa ferme de Saint-Eustache est l’une des rares à produire ce légume en quantité suffisante pour les approvisionner.
« Idéalement, il faut qu’il fasse entre 15 et 25 degrés pour la rhubarbe, mais cette année, il a manqué de soleil, il a mouillé presque tous les jours et il a fait trop froid », observe le propriétaire des Fermes Serbi, en marchant dans l’un de ses champs où la taille des plants est irrégulière. Certains sont arrivés à maturité, tandis que d’autres ne le sont pas et devront être laissés là.
Le rendement est vraiment affecté. Pour chaque plant de rhubarbe, il y a beaucoup moins de tiges qu’à l’habitude, ce n’est pas égal.
Qu’à cela ne tienne, la récolte intensive doit commencer, car les supermarchés ont hâte de recevoir leurs premières rhubarbes de la saison. C’est en juin que la demande pour ce légume atteint son point culminant.
« C’est là que c’est payant. […] À ce temps-ci de l’année, on va vendre 500 boîtes par jour, mais à partir des vacances de la construction, les ventes diminuent vraiment, à environ 500 boîtes par semaine » compare M. Bigras, qui récolte ses champs deux à trois fois par saison.
Cette année, il anticipe que les rendements de la première cueillette, qui se terminera plus tôt qu’à la normale, seront coupés de moitié. Les pertes durant cette période névralgique de la saison seront difficiles à rattraper plus tard, mais l’agriculteur ne se décourage pas, puisque la qualité de ses rhubarbes, au moins, est au rendez-vous. « On aura de la belle rhubarbe cette année », assure-t-il.

Pas de concurrence
Avec ses superficies de 12 hectares, l’entreprise maraîchère que Sébastien Bigras a reprise de ses parents est devenue une véritable référence pour la production de rhubarbe. Habituellement, les agriculteurs qui en font cultivent des quantités beaucoup plus marginales.
En fait, la ferme de Saint-Eustache n’a à peu près pas de concurrence pour approvisionner les grands détaillants alimentaires, pas même de l’Ontario ou des États-Unis.
« Ils ne font pas assez de volumes pour faire du dumping. Je me fais plutôt achaler par des Américains qui veulent de la rhubarbe. Il n’y a pas de grosse production », indique l’agriculteur, expliquant que la demande pour ce légume est limitée.
« Il n’y a pas tant de volumes qui se vendent. On serait deux avec ma superficie, et on ne serait pas capables de vendre notre rhubarbe », croit-il. Le temps d’implantation d’au moins cinq ans, avant que cette vivace produise de bonnes quantités de légumes, est un autre facteur qui en décourage plus d’un de cultiver de la rhubarbe à grande échelle, estime l’agriculteur.
Peu d’expertise
Sébastien Bigras dit aussi rencontrer des embûches en matière d’expertise. « Quand je pose des questions à des agronomes, ils me répondent tous que c’est moi l’expert de la rhubarbe », rigole celui qui est devenu un habitué des essais et erreurs et qui doit souvent y aller de déductions lorsque quelque chose cloche dans ses champs.

« Personne ne peut vraiment m’aider et me soutenir. Ce sont des théories que j’ai, parce que je ne suis jamais sûr à 100 % de ce qui s’est passé. »
Malgré les défis, le maraîcher, dont la ferme cultive aussi des tomates et des choux à grande échelle, ne larguerait jamais la production de rhubarbe, qui est bien ancrée dans les racines familiales.
« Pour mon père, c’était une fierté. C’est une fierté dans la famille, d’être producteur de rhubarbe! »
Difficile de trouver des plants
S’approvisionner en plants de rhubarbe à cultiver sur de grandes superficies est un autre défi de taille. « C’est dur à trouver et c’est cher », observe le maraîcher Sébastien Bigras, qui a déjà essayé de s’approvisionner aux États-Unis, mais qui a été déçu du résultat. Ses essais peu fructueux sur deux hectares lui avaient coûté 40 000 $ de plants. « Ça prend cinq ans avant de pouvoir récolter, puis après cinq ans, j’ai finalement scrapé le champ parce qu’il y avait de la maladie et ce n’était pas une belle rhubarbe », raconte l’agriculteur. En fait, il obtient ses meilleures récoltes lorsqu’il coupe des plants issus de ses propres champs pour les replanter ailleurs, mais cette option lui fait perdre plusieurs années de rendements.
« Les plants qui ont été coupés mettent cinq ans à se régénérer avant qu’on puisse recommencer à récolter et que ça vaille la peine, donc on veut arrêter de faire ça », explique le producteur, qui est en quête de solutions de rechange. Des plants qu’il a faits lui-même à partir de semences achetées d’un distributeur ne donnent pas non plus les résultats escomptés jusqu’à maintenant, mais il ne se décourage pas. Après tout, il est habitué aux essais et erreurs. « C’est l’histoire de ma vie! » lance l’agriculteur.