Le tandem père-fille, Jean et Alexandra Croteau, et les enfants de cette dernière, Nelly, 5 ans, et Caleb, 3 ans. Photos : Pierre Saint-Yves
Ce contenu est réservé aux abonnés.
Se connecterSi ce n’est pas déjà fait, abonnez-vous pour moins de 1 $ par semaine.
S'abonner maintenantLa cinquième génération à prendre les rênes de la Ferme Croteau du rang Sainte-Elisabeth Sud à Saint-Prosper-de-Champlain, en Mauricie, a décidé de faire les choses autrement. Avec la bénédiction de son père, avec qui elle est associée, la jeune productrice Alexandra Croteau a changé la vocation de l’exploitation pour faire de l’agriculture à sa façon.
La question de la relève n’est jamais vraiment venue à l’esprit d’Alexandra Croteau. Depuis toujours, elle savait qu’elle allait un jour succéder à son père, Jean, et devenir la cinquième génération de la ferme familiale. Et voilà que depuis 2017, elle est copropriétaire de l’entreprise avec son père.
« J’ai grandi à cette ferme-là », raconte la jeune femme à l’aube de la trentaine. « J’étais constamment chez mes grands-parents Croteau et j’ai toujours suivi mon père à la ferme, alors c’était clair que je restais, que je prenais la relève. Je le voyais aussi comme un symbole de transmission des valeurs familiales. »
Pour moi prendre la relève de la ferme ce n’était pas une option, c’était une certitude.
Après avoir terminé sa formation à l’école d’agriculture de Nicolet, la jeune femme est aussitôt revenue à la ferme laitière pour assister son père et son oncle Guy, propriétaires de l’entreprise à parts égales. Lorsque ce dernier a décidé de prendre sa retraite, Alexandra est devenue la nouvelle copropriétaire de l’exploitation. Son frère cadet, Vincent, n’a pas le même intérêt pour l’agriculture. Il a plutôt décidé de faire carrière en administration.
« Après quelques années, je me suis rendu compte que je n’étais pas à l’aise à 100 % dans la production laitière », confie la jeune femme. Dès lors, il y avait des décisions à prendre.

Un virage inattendu
Jean Croteau ne s’en cache pas, il était à la fois rassuré par la décision de sa fille, mais aussi un peu perplexe face à son projet de changer la vocation de l’exploitation pour faire l’élevage de bovins de boucherie.
« C’est certain que ça m’a fait quelque chose d’abandonner la production laitière », dit-il. « C’est le milieu dans lequel j’ai grandi et j’y ai fait une bonne partie de ma vie. Mais en même temps, je comprends Alexandra de s’être remise en question, puisqu’elle n’était pas convaincue de vouloir continuer dans la production laitière. »
C’est ainsi que la traite des vaches a pris fin à la Ferme Croteau après une centaine d’années. Au début du siècle, l’ancêtre d’Alexandra s’était établi à Saint-Prosper-de-Champlain pour y implanter une petite ferme de subsistance, devenue par la suite une petite exploitation laitière. Par la suite, c’est le grand-père, Claude, qui, dans les années 70, a fait de l’entreprise une prospère ferme laitière avec les équipements de pointe pour l’époque, dont un robot de traite. Il s’est ensuite associé à ses fils, Jean et Guy, qui sont par la suite devenus les propriétaires jusqu’au départ à la retraite de ce dernier.

Et voilà qu’après une série d’épreuves, Jean s’est laissé séduire par le projet de sa fille de changer la vocation de l’exploitation. Pour rendre le défi encore plus ambitieux, les deux partenaires ont décidé de faire passer en régie biologique leur culture de foin, de maïs et de soya, sur la cinquantaine d’hectares de terre qu’ils cultivent. C’était en 2020, en pleine pandémie, alors que la jeune maman attendait un autre enfant.
« J’ai suivi les formations nécessaires, alors que j’étais enceinte et que j’avais une fille d’un an et demi. Puis, mon père et moi, on s’est mis au travail », raconte la jeune femme. « C’est vrai que ça a été une période assez intense. »
Pour effectuer ce changement de vocation, les deux associés ont conservé quelques-uns des animaux de relève, les 0 à 2 ans du troupeau laitier. Aujourd’hui, son cheptel compte une soixantaine de bêtes.
« Je mise sur ma relève pour grossir mon troupeau parce que, pour le moment, je réussis à peine à répondre à la demande. »
Dans l’intervalle, le duo père-fille ne chôme pas. Jean assume les responsabilités de la gestion des cultures et l’entretien mécanique des équipements pendant que sa fille se charge de la régie du troupeau et de la mise en marché.
La jeune productrice demeure persuadée d’avoir trouvé la voie qui lui permettra de maintenir le nom de sa famille sur la longue liste des exploitants des terres de Saint-Prosper-de-Champlain.
Fait maison : des équipements pour faciliter le travail
Les équipements imaginés et fabriqués par Jean Croteau ont depuis longtemps montré leur utilité dans les travaux de la ferme.
« Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé bricoler des équipements comme ça », confie le producteur.
Il y a par exemple ce chariot conçu pour le transport des balles de foin dans l’étable. C’est un petit véhicule électrique fabriqué à partir de pièces recyclées. Le châssis est conçu avec les pièces d’un videur à silo et d’un soigneur à ensilage, la transmission provient d’un vieux chariot à ensilage et le tout est actionné par un tout aussi vieux moteur 24V.
À l’extérieur, le producteur montre une autre de ses créations : une petite remorque plutôt originale avec son fond de cylindres sur lesquelles peuvent glisser les billots de bois coupés. Elle est tirée par le treuil installé à l’extrémité de l’engin. Efforts minimaux pour résultats optimaux.
« J’ai encore quelques projets sur ma table de travail », dit le bricoleur.


Le bon coup de l’entreprise : la vente en circuit court
Quand commence la belle saison, Alexandra Croteau est présente au marché public hebdomadaire de Sainte-Anne-de-la-Pérade, le village voisin. Elle a aussi ajouté à son agenda le petit marché du village de Saint-Narcisse.
« C’est surtout pour ça que j’ai délaissé la production laitière pour l’élevage de bovins de boucherie. Pour le contact avec le public », explique la jeune productrice. « Je veux avoir les commentaires, les retours des clients sur mes produits. Je veux faire partie de leur quotidien, dans leur assiette. »
C’est pour ces raisons qu’elle a aménagé une boutique à la ferme pour y offrir ses produits et, éventuellement, ceux d’autres producteurs des environs.
« Je me suis lancée dans une période propice », dit-elle. « On se rappelle tous que la pandémie avait stimulé la demande pour les produits du terroir. »
Les efforts de la jeune productrice ne sont pas passés inaperçus, puisqu’elle a décroché une distinction accordée par la Municipalité avec le Mouvement Desjardins pour souligner les initiatives de développement économique dans la MRC des Chenaux.

| Fiche technique | |
|---|---|
| Nom de la ferme : | Ferme Croteau |
| Spécialité : | Élevage de bovins de boucherie |
| Année de fondation : | Début du 20e siècle |
| Noms des propriétaires : | Alexandra Croteau et Jean Croteau |
| Nombre de générations : | 5 |
| Superficie en culture : | 50 hectares |
| Cheptel : | 60 animaux |
Avez-vous une famille à suggérer?
[email protected] | 1 877 679-7809

Ce portrait de famille est présenté par