Bovins 30 mai 2025

Un éleveur de veaux se tourne vers les MRF faute de lisier

Un éleveur de veaux d’embouche de Charlevoix a dû réagir rapidement à la fermeture d’une porcherie voisine, qui lui fournissait une grande partie du lisier dont il avait besoin pour fertiliser ses champs. 

Sylvain Gauthier exploite, avec ses deux oncles, la Ferme Martin Gauthier, aux Éboulements, dans Charlevoix. En raison de la fermeture récente d’une porcherie voisine, il s’est retrouvé sans engrais pour cultiver les 170 hectares d’avoine et de foin nécessaires à l’alimentation de ses vaches et veaux d’embouche. 

« On a dû se retourner vite de bord. Avec le prix du transport, je ne pouvais pas en faire venir de plus loin [du lisier], et dans notre secteur, la ferme des Audet était la dernière », regrette-t-il.

Il peut encore compter sur du lisier provenant d’une autre ferme porcine plus loin, mais celle-ci a déjà des contrats avec d’autres agriculteurs et ne peut lui en fournir davantage, a-t-il précisé en entrevue avec La Terre, le 25 mai. Il a calculé que l’achat d’engrais chimique de remplacement lui coûterait environ 20 000 $ par année. Un montant qu’il pourrait difficilement débourser, puisque les marges de son élevage sont très serrées et qu’il doit même occuper un emploi à temps plein à l’extérieur de la ferme pour y arriver. 

Aidé par son agronome, il a décidé de se tourner vers la Ville de Québec, qui lui fournira des matières résiduelles fertilisantes (MRF) pour lesquelles il n’aura pas à payer le transport.

Sylvain Gauthier
Sylvain Gauthier

On a tout calculé et analysé, et on estime que c’est l’équivalent du fumier de vache. On va le tester sur une petite partie de nos champs, cette année.

Sylvain Gauthier

Le secteur de Charlevoix a été touché par cinq fermetures de fermes porcines dans les trois dernières années, rapportait dernièrement la Fédération de l’Union des producteurs agricoles de la Capitale-Nationale–Côte-Nord, qui évalue une perte de 30 % du cheptel porcin depuis 2020, comparativement à 9 % pour l’ensemble de la province. Le président de l’organisation régionale, Yves Laurencelle, attribue cette situation à la particularité des producteurs situés en régions périphériques, qui ont des coûts de production plus élevés que dans les régions centrales, alors que le manque à gagner serait mal couvert, selon lui, par les programmes d’assurances actuels.

Un cheptel bovin réduit de 30 %

Le travail reste aussi ardu du côté de l’élevage bovin de Sylvain Gauthier, qui a décidé de réduire son troupeau de 100 à 70 vaches, ce qui aura pour effet de faire passer la production de veaux de 200 à 145 têtes par année, soit une réduction de 30 %. « On y pensait, mais disons que le manque de lisier nous a convaincus de le faire plus vite », dit-il. 

Bien que les prix des veaux soient très bons actuellement, le producteur estime qu’il aurait fallu grossir davantage le troupeau pour en retirer un meilleur profit, « avec tous les investissements supplémentaires que cela implique, pour la machinerie, les employés supplémentaires », énumère-t-il. 

N’ayant pas de relève, ses oncles et lui ont donc opté pour cette stratégie de réduction de troupeau, qui ne devrait pas affecter la rentabilité de l’élevage, calcule Sylvain Gauthier « J’ai quatre enfants, mais ils nous voient travailler 40 heures par semaine à l’extérieur et 60 heures à ferme, alors ils n’ont pas envie de continuer. Nous, on le fait par passion, parce que c’est une ferme de cinquième génération, qu’on a réussi à développer une bonne génétique et que ça nous tient à cœur de poursuivre les activités. Mais disons que notre avenir est incertain », constate-t-il.