Main-d'oeuvre 30 mai 2025

La francisation des TET est populaire

Le programme de francisation des travailleurs étrangers temporaires (TET) agricoles qu’offre le comité AGRIcarrières a la cote. Si bien que les places sont comblées en un claquement de doigts dès qu’il y a de la disponibilité. Plusieurs fermes qui ont recours à cette main-d’œuvre depuis belle lurette commencent tout juste à y inscrire des employés. 

« C’est très populaire, mais les places sont limitées. Dans la dernière entente qu’on a conclue en février, 100 places ont été allouées et elles ont toutes été comblées. Si j’en avais eu 200, je les aurais toutes écoulées », fait valoir Josée Deschênes, coordinatrice de la formation pour AGRIcarrières.  

Elle explique que de nouvelles places en francisation sont débloquées chaque fois que son organisme conclut une entente avec Québec pour l’obtention de financement. Chaque place correspond à 40 heures de cours pouvant être offertes à un travailleur ou à un petit groupe de travailleurs. Au terme de la session, l’objectif est que l’employé soit capable de se débrouiller pour communiquer avec ses collègues francophones ou lorsqu’il va à l’épicerie.

Depuis l’instauration du programme AgriFrancisation, en 2019, plus de 3 000 travailleurs ont amélioré leurs compétences en français, selon des statistiques présentées lors de la plus récente assemblée générale annuelle de l’organisation.

Pour la première fois

Ce sont les centres d’emplois des différentes régions qui s’occupent de la mise en œuvre du programme. En Montérégie, la majorité des places, depuis le début de 2025, ont été comblées par des travailleurs issus de fermes qui ont recours au service pour la première fois. 

« Avec le bouche-à-oreille, des producteurs qui ne connaissaient pas le programme en entendent parler. Ce qu’on m’a dit, c’est que les travailleurs aussi manifestent de l’intérêt à apprendre, pour mieux se faire comprendre de leurs collègues, et quand ils sortent de la ferme», observe Valérie Plante, responsable du programme AgriFrancisation au centre d’emploi agricole de la Montérégie.

Des fermes veulent aussi que leurs travailleurs, à qui ils confient désormais plus de responsabilités, apprennent le français. Les Fermes Alcaro, à Saint-Rémi, qui embauchent de la main-d’œuvre étrangère depuis 30 ans, ont recours au programme de francisation pour la première fois, pour cette raison.

« Un de nos travailleurs est rendu contremaître et travaille avec nous depuis 20 ans. Il comprend le français, mais il n’avait jamais suivi de cours. On voulait qu’il apprenne à s’exprimer mieux verbalement et qu’il améliore son écriture. Comme il a un poste de gestion, il faut qu’il soit compris en français de son équipe », croit Marie-Philippe Dulude, qui est responsable des ressources humaines à la ferme.

« Lui aussi, il voulait apprendre. Il apprend vite et il est motivé. Il est en train de suivre son cours et on voit déjà la différence. Au lieu de lui parler en espagnol, on s’adresse à lui en français maintenant pour qu’il se pratique en dehors des cours. »

La ferme C. Isabelle & Fils, à Saint-Michel, mise aussi sur la francisation, pour la première fois, de certains employés qui occupent des postes clés de superviseurs, par exemple à l’expédition ou à la production, et qui doivent échanger régulièrement avec des transporteurs ou prendre des commandes.

« On veut qu’ils soient le plus autonomes possible. Ils doivent se débrouiller en français pour superviser la production, quand il n’y a personne dans le bureau. Ça sert au travail, mais ça leur sert aussi à l’extérieur », indique Karine Généreux, qui veille à la coordination des opérations à la ferme.  

Bénéfique pour la rétention du personnel

La ferme laitière Montremi, dans le Centre-du-Québec, qui embauche deux à trois travailleurs étrangers temporaires, leur offre la possibilité de suivre des cours de français depuis trois ans. L’une des copropriétaires, Mireille Dallaire, dit observer des effets bénéfiques sur la rétention du personnel.

« Ils sont plus à l’aise quand ils quittent la ferme pour aller faire des commissions avec des notions de base en français. C’est une forme d’engagement aussi, autant pour l’employeur que pour le travailleur », croit celle qui a développé un volet de ressources humaines plus formel à la ferme depuis qu’elle en est copropriétaire, soit depuis les quatre dernières années. L’apprentissage du français est l’un des ajouts qui contribuent à donner envie aux travailleurs étrangers de s’engager à la ferme sur une plus longue période, observe l’agricultrice de Saint-Rémi-de-Tingwick.

L’apprentissage du français est l’un des ajouts qui contribuent à donner envie aux travailleurs étrangers de s’engager à la ferme sur une plus longue période, observe Mireille Dallaire. Photo : Gracieuseté de Mireille Dallaire
L’apprentissage du français est l’un des ajouts qui contribuent à donner envie aux travailleurs étrangers de s’engager à la ferme sur une plus longue période, observe Mireille Dallaire. Photo : Gracieuseté de Mireille Dallaire