Chèvres 30 mai 2025

30 % plus de lait avec 30 % moins d’animaux

SAINT-ROCH-OUEST – Échanger simultanément la majorité de son troupeau laitier caprin contre un troupeau exempt d’arthrite encéphalite caprine (AEC) en décembre s’est avéré être une stratégie payante à la ferme La Suisse Normande, dans Lanaudière. Le rendement du troupeau, désormais composé de chèvres acquises d’une ferme ontarienne réputée pour sa génétique et d’une centaine d’animaux exempts d’AEC de l’ancien troupeau de la famille Guitel, s’est considérablement accru.

Avec 30 % moins d’animaux, Thibault, Bénédicte, Laetitia et Magaly Guitel ont enregistré, en mars, des rendements laitiers supérieurs de 30 % à ceux de la même période un an plus tôt. En avril, ils étaient de 12 % supérieurs.

« Ça va au-delà de nos attentes », a mentionné Thibault Guitel, lors d’une visite éclair de La Terre à sa ferme, le 16 mai. La première année, avec moins d’animaux, la fratrie s’attendait à produire la même quantité de lait qu’en 2024. « En début de mises-bas, on avait des composantes de fou. [Les chèvres] étaient fraîches, alors on avait du rendement meilleur qu’avec du lait de vache […] à 5 % de gras et 4 % de protéines, dit-il. Dans la fromagerie, ma sœur ne comprenait plus rien. »

Rappelons que l’AEC n’empêche pas une chèvre de produire du lait la majorité du temps, mais peut l’incommoder avec divers symptômes. Par exemple, la maladie peut s’exprimer par un trouble locomoteur léger qui réduira la capacité de déplacement de la chèvre, ce qui la fera moins manger et aura une incidence sur sa production de lait.

Concours de circonstances

Malgré les résultats prometteurs, les Guitel n’auraient pas eu l’audace d’aller de l’avant si le troupeau ontarien n’avait pas été mis en vente.

C’est une histoire de timing. Il y avait ce troupeau-là qui était en vente. Ça restait l’un des meilleurs, si ce n’est pas LE meilleur troupeau au Canada. Personnellement, je ne l’aurais pas fait en achetant des animaux d’un peu partout. On sait que ça amène plus de troubles que de bienfaits. 

Thibault Guitel

La fratrie a également réussi à atteindre un autre objectif, soit de débarrasser le troupeau de la maladie des abcès, la lymphadénite caséeuse, présente dans l’ancien troupeau. Par ailleurs, le marché de la vente de sujets génétiques s’est ouvert pour la ferme, qui a vu son carnet de commandes se remplir rapidement dans les dernières semaines.

Les Guitel mentionnent avoir été chanceux de ne pas avoir eu à faire face à des imprévus lors de l’échange en décembre, qui était réglé au quart de tour. « Le 16 décembre, les derniers animaux partaient d’ici. En après-midi, on commençait à enlever le fumier. Après ça, le 17, le 18 et le 19, on lavait. Puis, il y a eu trois jours de séchage. Le 21, les animaux rentraient et ils tombaient target avec leurs trois semaines de préparation de mises-bas. C’est ce que je voulais, qu’elles aient trois semaines ici plus mollo. Et trois semaines plus tard, les mises-bas commençaient », indique Thibault. 

Pour en arriver là, il a fallu orchestrer les saillies des nouvelles bêtes cinq mois plus tôt, en août, à une période où les chaleurs animales ne sont pas toujours optimales. Le taux de conception a atteint 98 % dans certains cas, notamment en raison de la préparation, de la régie du troupeau et de la génétique. 

Tout ce qu’il restera à valider dans les prochaines semaines, c’est la variation de rendement des chèvres de l’ancien troupeau. Cela permettra d’évaluer, en excluant le facteur génétique, les gains emmenés par l’exemption de la maladie et par les changements dans l’alimentation animale.