Pommes 23 mai 2025

Fongicides en pomiculture : opération rotation pour pulvériser la résistance

« On essaie de combattre les maladies de la façon la plus raisonnée possible », lance Vincent Philion en marge d’un webinaire offert aux pomiculteurs. L’agronome les aide à mieux comprendre et gérer la rotation, car chaque salve de fongicides compte dans la lutte contre la résistance des maladies. 

Les pommes atteintes de tavelure se retrouvent rarement en magasin. Photo : Vincent Philion
Les pommes atteintes de tavelure se retrouvent rarement en magasin. Photo : Vincent Philion

« Notre bête numéro 1 est la tavelure du pommier », résume Vincent Philion, chercheur à l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA). Chaque année, les pomiculteurs québécois doivent intervenir contre cette maladie pendant la saison des infections primaires. Pour y arriver, ils disposent d’un impressionnant arsenal de fongicides, mais s’ils utilisent toujours le même, la fraction de spores la plus tolérante à ce produit survit et peut réussir à prendre le dessus. Le fongicide peut perdre de son efficacité, ­graduellement ou tout d’un coup.

« Historiquement, on a brûlé différents groupes : 1, 3, 11 et bientôt 7 », se désole Vincent Philion. La résistance de la tavelure a causé de réels problèmes aux producteurs dans un passé pas si lointain. Alterner entre les groupes est essentiel, car ces différentes familles chimiques agissent différemment sur le champignon, freinant ainsi l’essor de la résistance.

Vincent Philion

Les pomiculteurs ont un beau coffre à outils, mais j’ai l’impression qu’ils ne l’exploitent pas à son plein potentiel. Ils boudent des produits très bons ou même abordables.

Vincent Philion

La maladie, la période de la saison et le coût sont parmi les nombreux facteurs qui influenceront le choix d’un fongicide ou d’un autre. Mais s’y retrouver dans tout ce qui existe reste complexe… « Entre différentes molécules, entre différents produits, ils sont tous homologués, mais sont-ils tous égaux? Ça fait partie de mon travail de dire : “Tel produit, vous en aurez plus pour votre argent que celui-là.” »

Les webinaires offerts par les Producteurs de pommes du Québec permettent de valoriser directement dans les vergers les connaissances développées en recherche. Avec leurs conseils, les scientifiques offrent un accompagnement pragmatique aux pomiculteurs. Un exemple? La fréquence de rotation des fongicides : « Tôt, tant qu’il n’y a pas de taches, c’est carrément indifférent, précise Vincent Philion. Vous pourriez utiliser le même produit plusieurs fois de suite; ça ne changera rien. […] Plus on avance dans la saison, s’il y a de la tavelure en place et on imagine qu’il y en a toujours un petit peu, là ça devient important d’alterner. »

Vincent Philion (centre) au travail au verger de l’IRDA à Saint-Bruno-de-Montarville. Photo : IRDA
Vincent Philion (centre) au travail au verger de l’IRDA à Saint-Bruno-de-Montarville. Photo : IRDA

La rotation : un outil parmi tant d’autres

Mais la répression de la tavelure commence bien avant, avec une autre rotation… celle des saisons. Dès le printemps, balayer et broyer les feuilles mortes permet d’évincer les sources de spores qui y ont hiverné. « Je reviens tout le temps sur l’urée aussi; ça favorise la décomposition des feuilles, ça nuit aux champignons. […] C’est une excellente façon de se débarrasser de la tavelure. » Sans oublier la qualité de la pulvérisation, car un fongicide sera inefficace s’il est mal distribué. Vincent Philion martèle constamment ce message : « Si vous faites un bon travail de répression de la tavelure, vous n’aurez à peu près jamais de problèmes de résistance; c’est la clé! »

Pour en savoir plus, on peut visionner le webinaire La rotation, c’est pas seulement pour les pneus : fongicides en pomiculture : youtube.com/watch?v=TeW3pCkHdcA