Denis Ouellet et sa famille misent seulement sur le travail en bandes maintenant. Photos : Martin Ménard/TCN
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S'abonner maintenantSAINTE-ÉLISABETH – Denis Ouellet et son fils Rémi ont embarqué dans leur camionnette en direction de l’Illinois, en octobre 2022, pour parcourir près de 1 700 kilomètres afin d’aller observer le travail d’un équipement de sol en bandes à 275 000 $, lequel leur permettrait notamment de dire au revoir à leur charrue.
« On ne voulait plus labourer, car dans nos rotations où on ne labourait pas, on voyait une nette amélioration dans la couleur et la porosité du sol. Sans oublier l’abondance de vers de terre. L’année du maïs où on était obligés de labourer, on brisait tout ça », explique M. Ouellet, copropriétaire de la Ferme ProTerre, située à Sainte-Élisabeth, dans Lanaudière.
Sous régie biologique, les Ouellet labouraient afin d’enfouir les résidus des plants de maïs après la récolte, car l’équipement de travail du sol en bandes qu’il possédait à l’époque n’arrivait pas à disposer desdits résidus. Lors de la culture suivante, leur machinerie de désherbage ne pouvait pas effectuer un travail efficace avec tous ces résidus.
C’est à ce moment qu’ils ont entendu parler de deux nouvelles machines qui allaient révolutionner leur stratégie de culture.
Une compagnie américaine, AGuru Machinery, de l’Illinois, venait de sortir un équipement de travail du sol en bandes. Cette seule machine allait remplacer la charrue des Ouellet, leur chisel et leur herse. Elle est équipée de pattes à l’automne afin de fracturer le sol, tandis que les disques brisent les résidus. Au printemps, les pattes sont enlevées et la même machine est employée pour rebriser les résidus et préparer le lit de semence.
À bord de la cabine du tracteur, en ce 14 mai, La Terre demande quel est ce bruit de compresseur. « C’est le système de pression d’air qui équipe chaque unité de disques. Couplé à une butée de réglage, ça nous permet un ajustement très précis de la profondeur de travail », répond Denis Ouellet. Ce système et les roues métalliques situés à l’avant et à l’arrière de chaque unité suivent le relief du terrain afin d’éviter que le travail du sol soit trop profond dans les sols légers et trop en surface dans les sols lourds.
Un deuxième changement
L’autre machine qui a récemment changé les performances de la ferme se nomme l’Orbis, un sarcleur qui désherbe l’entre-rang.
Ce qui manquait, c’était un équipement de désherbage efficace même avec des résidus de maïs laissés en surface. En 2020, on avait entendu parler d’un prototype de la compagnie [française] Roll’n’Sem. Nous les avons appelés pour savoir quand il sortirait et nous avons acheté le premier en Amérique du Nord. On a commencé à l’utiliser véritablement en 2022.
La machine s’est révélée un succès, d’une part pour éliminer les mauvaises herbes en début de saison et, d’autre part, pour contrôler les engrais verts. « Dans le maïs et le soya, on met du lotier entre les rangs et on utilise l’Orbis pour le modérer jusqu’à ce que la culture principale soit bien implantée. Deux passages et c’est tout », précise l’agriculteur, qui cultive 725 hectares avec sa conjointe et son garçon.
Différents équipements de désherbage sur le rang complètent la lutte aux adventices durant la saison de croissance, si bien que la plupart des champs sont aussi propres que ceux d’un producteur sous régie conventionnelle, qui utiliserait des herbicides, dit M. Ouellet.
Rentables?
Est-ce que toute cette technique en place depuis deux ans rapporte plus? Le producteur affirme sans cachette qu’il n’y a pas de gain de rendement pour l’instant. « Il faut avoir une vision de 5 à 10 ans avec un système comme ça pour parler de hausses de rendement, fait-il valoir. Par contre, ce qu’on observe présentement, c’est une baisse du coût de production de 10 % en pétrole par le fait d’avoir remplacé le labour et les deux coups de herse par le strip-till. On voit aussi que les sols sont déjà plus résilients, ce qui amène des rendements plus constants. L’an passé, quand il a tombé 200 mm de pluie en quelques jours, nos champs ont eu moins de dommage par l’eau qu’ailleurs. »
Parmi les plus avancés au monde?
Peu de producteurs au Québec réussissent à cultiver des rotations de soya-maïs-blé sur de grandes superficies, sans herbicide, sans engrais de synthèse, sans labour et avec des plantes de couverture presque en permanence dans tous leurs champs. La Ferme ProTerre complète ses rotations avec des brocolis et des choux-fleurs. L’agronome Murielle Bournival affirme sans détour que les Ouellet sont probablement les agriculteurs sous régie biologique les plus avancés du Québec sur le plan technique. « Un chercheur de la France a même dit qu’ils étaient parmi les plus avancés au monde », précise la coordonnatrice des services-conseils au Centre d’expertise et de transfert en agriculture biologique et de proximité (CETAB+). Chez les Ouellet, le plus beau compliment vient des autres producteurs qui les appellent pour dupliquer leur technique. « Il y a quelques fermes qui vont faire pareil comme nous cette année. On est bien excités de ça! » s’exclame le patriarche.