Aldéric et Jacques Laflèche travaillent ensemble chaque jour. L’élève a surpassé le maître, dit Jacques. Photos : Martin Ménard/TCN
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S'abonner maintenantLa Nation – L’Ontario abrite une grande communauté francophone en milieu rural. Ces agriculteurs, qui ont une identité propre au sein d’une province anglophone, ont mis en place deux coopératives et tout un réseau, pour leur permettre d’exercer leur profession. La Terre visite l’une de ces familles, les Laflèche.
Les noms de villes anglophones se succèdent sur les panneaux de l’autoroute 417 en Ontario. À quarante minutes au nord-est d’Ottawa, La Terre s’arrête à la Ferme Dlasept. Si le nom peut sembler étrange, il est pourtant dérivé directement du français; Dlasept qui signifie de la sept, en lien avec la route numéro 7, où la ferme se trouve. Le propriétaire, Jacques Laflèche, dit d’emblée avoir refusé des entrevues avec d’autres médias, mais s’il reçoit volontiers La Terre, c’est qu’il lit ce journal depuis 40 ans de son côté de la frontière provinciale. « Tu vois cette photo des enfants sur le mur? Elle a passé dans La Terre de chez nous il y a 18 ans et les gens des alentours m’en ont parlé », se rappelle ce Franco-Ontarien qui a acheté la ferme à côté de celle de son père, alors qu’il était dans la vingtaine. L’un de ses frères a acheté celle de l’autre voisin sur le même rang et son plus jeune frère a repris la ferme paternelle, si bien que les trois frères Laflèche ont leur entreprise l’une à côté de l’autre.
Jacques et sa conjointe, Suzanne Laflèche, ont commencé avec quelques vaches pour graduellement bâtir un troupeau, qui se compose aujourd’hui d’une centaine de bêtes en lactation. Sa première fierté, un taureau sorti de son étable, nommé Dlasept Taxi.
J’avais une vache, bien classée. Elle a donné ce taureau. Il a fait fureur. Le centre d’insémination artificielle me l’a acheté. Tu vois la grosse horloge qu’on a fait poser sur le devant de l’étable dehors? C’est lui qui a payé ça!

La conformité du troupeau se révèle une fierté personnelle, mais aussi un petit velours face aux producteurs anglophones, qui étaient reconnus à l’époque pour posséder de meilleurs troupeaux, dit-il. « Il faut dire que les francophones, nous avions de plus grosses familles et moins de moyens que les anglophones, qui avaient habituellement moins d’enfants et plus d’argent pour leur ferme. Mais depuis plusieurs années, on s’est bien améliorés. On s’est mis à la page », assure M. Laflèche. Sans parler de rivalité, il dit que certains producteurs anglophones pouvaient regarder de haut les agriculteurs francophones de son patelin. Mais plus maintenant. « Dans les tests de contrôle laitier, ici dans les Comtés unis de Prescott et Russell, c’est tout le temps les anglophones qui avaient les meilleurs troupeaux, mais on a viré ça de bord; sur les 25 meilleures fermes, je pense qu’il y en avait 20 francophones la dernière fois. Même que, quand les classificateurs descendent du sud de l’Ontario, ils viennent ici dans le comté et ils nous disent maintenant qu’ils viennent voir ce qu’on fait. On est fiers de se le faire dire. »
Et la différence avec les fermes du Québec? « Il n’y en a pas vraiment. Ce qu’elles ont de plus que nous, c’est du quota à vendre. Ici, il n’y a pas de quota à vendre, c’est à la miette et il y a même des mois sans aucun échange. Je connais des gens au Québec qui sont passés de 100 à 200 kilos [de quotas] dans les dernières années », compare-t-il. Il dresse l’hypothèse que les fermetures de petites fermes au Québec ont mis plus de quotas à vendre, comparativement à l’Ontario, où les fermes sont de plus grande taille et demeurent en place.
Son fils prend les rênes
Jacques Laflèche et sa conjointe se rendent chaque jour travailler à l’étable. « C’est ça qui nous garde en santé. Tu as un petit honneur de te lever le matin pour quelque chose », appuie-t-il. Comme seconde motivation, la ferme peut encore progresser, affirme-t-il.
Il y a encore du potentiel, avec des bons soins et du bon breeding [amélioration génétique]. Mais je laisse ça maintenant à mon gars. Je pense qu’il est rendu meilleur que moi pour améliorer le troupeau. C’est quelqu’un qui veut. Alors je le back du mieux que je peux.
Sans cachette, il n’est pas mécontent que son fils prenne les devants, surtout avec la technologie. « Si je regarde mon père, il ne comptait pas avec une calculatrice, il avait peur de ça. Moi, aujourd’hui, la technologie de la RTM [ration totale mélangée], parfois je regarde trois fois pour être sûr que je fais le bon move. » Sa passion pour la production laitière, celle de voir encore pousser ses cultures chaque été et l’importance d’avoir sa petite famille et ses frères autour de lui le rendent heureux de sa vie… sur la route « Dlasept ».
L’entreprise a progressé au fil des années en raison de différentes initiatives.
Le bon coup de l’entreprise : prendre des risques!
« Dans la vie, si tu ne prends pas de risques, tu n’avances pas! » Ces sages paroles de Jacques Laflèche ont guidé la progression de sa ferme. « J’ai acheté des vaches de sélection, dont plusieurs du Québec, et j’ai bâti mon troupeau avec. On a construit un grand silo pour l’ensilage de maïs, parce qu’avant, on faisait des sacs d’ensilage et on dirait que l’air faisait changer la qualité. Aujourd’hui, l’alimentation est plus égale. J’ai aussi embarqué dans l’énergie solaire. Le panneau s’est payé en cinq ans et nous donne 15 000 $ par année. On a fait de bons moves, il y en a encore d’autres à faire », assure-t-il. L’achat de plusieurs terres a aussi été salutaire pour l’entreprise, dit-il, mais sans nuire à ses frères, saupoudre M. Laflèche. « La famille, c’est ben important ici. S’il y a une terre à vendre, on s’en parle. On se dit : “ Toi, prends celle-là. Moi, je prendrai la prochaine.” C’est de même qu’on marche. Parfois, on se prête de la machinerie. C’est sûr que mon père serait fier de voir qu’on s’entraide!
Des producteurs situés à l’est d’Ottawa envoient une partie de leur lait depuis des générations à La Fromagerie coopérative St-Albert. Jacques Laflèche en est même administrateur et il se fait un honneur de posséder plusieurs équipements utilisés à l’époque.
Reprendre le flambeau des ancêtres
Les membres de la famille Laflèche sont administrateurs de deux coopératives agricoles de leur région. Jacques et sa fille co-dirigent La Fromagerie coopérative St-Albert, qui a été fondée en 1894 pour valoriser le lait des producteurs laitiers locaux. « Nos ancêtres ont parti la fromagerie. Ils nous ont laissés nous en occuper, mais on n’est que de passage. Ensuite, ce sera les suivants », apprécie M. Laflèche, qui est très attaché au travail des ancêtres. Il possède d’ailleurs chez lui la voiture utilisée à l’époque par la coopérative pour transporter le lait en bidons de 36 ou 136 litres. Il y a douze ans, le feu a décimé la fromagerie. « Le conseil d’administration, on s’est réunis le soir du feu. On s’est dit : “On fait quoi, on avance? Oui, on repart ça!” », dit fièrement M. Laflèche, spécifiant que la nouvelle usine utilise près de 40 millions de litres comparativement à 30 millions avant le feu. Lorsqu’il parle de la fromagerie, M. Laflèche baisse le ton, laissant couler la confidence que le samedi, il fait souvent un détour pour aller se chercher des curds, soit du fromage en grains frais du jour. Et pour une occasion spéciale, il se fait plaisir avec le cheddar vieilli 10 ans.
On est privilégiés d’avoir ça, et ça me fait un petit velours de dire que je travaille pour produire le manger du monde!
| Fiche technique | |
|---|---|
| Nom de la ferme : | Ferme Dlasept |
| Spécialités : | Production laitière et grandes cultures |
| Noms des propriétaires : | Jacques, Suzanne et Aldéric Laflèche |
| Nombre de générations : | 4 |
| Superficie en culture : | 182 hectares |
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