Un nombre croissant de producteurs accordent une place plus importante à la biodiversité dans leurs champs. Photo : Shutterstock
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S'abonner maintenantLes producteurs agricoles démontrent un intérêt croissant à développer de nouvelles pratiques permettant de combattre les ravageurs tout en réduisant l’utilisation de pesticides dans leurs champs.
C’est un constat que pose la biologiste-entomologiste et chercheuse Geneviève Labrie lorsqu’elle rencontre des groupes de producteurs, et elle en veut pour preuve l’affluence à ses ateliers et ses conférences, comme celle donnée récemment à Drummondville dans le cadre d’une journée INPACQ et portant sur la lutte intégrée aux ravageurs par l’intégration de cultures de couverture et la diversité paysagère.
Cet intérêt, la scientifique le perçoit surtout depuis quelques années. « Il y a un momentum avec les changements climatiques, avec la nécessité pour les producteurs de réduire le coût des intrants. Ils veulent mettre en place des façons de faire pour améliorer leur agrosystème, et mon rôle, c’est de leur donner des idées, des pistes de réflexion sur ce qu’ils peuvent faire ou comment aller plus loin dans ce qu’ils font. […] Plusieurs ne se doutent pas que les bandes riveraines et les haies brise-vent aménagées il y a 15 ou 20 ans fournissent aujourd’hui des moyens de lutter contre les ravageurs. »
Vivement les insectes prédateurs

Pas étonnant que l’experte du monde des insectes préconise l’utilisation de ces bestioles pour lutter contre… les insectes ravageurs.
Les producteurs doivent pouvoir attirer les coccinelles, les insectes parasitoïdes, comme les guêpes, qui vont parasiter les insectes ravageurs, et pour ça, il faut de bons aménagements.
Elle rappelle que les haies brise-vent et les îlots fleuris et enherbés offrent des refuges à ces insectes qui permettent de combattre les ravageurs.
« Ces espaces permettent aux insectes prédateurs de se nourrir en attendant de pouvoir s’attaquer aux ravageurs. Globalement, on estime que pour chaque hectare, de 200 à 400 mètres de bordure enherbée, de haie ou d’îlot de fleurs peuvent faire une différence pour retenir les prédateurs. On pense par exemple à une surface enherbée d’une dizaine de mètres carrés en bordure d’un champ, un îlot de fleurs, de préférence indigènes, qui vont fleurir à différents moments dans l’année, des aménagements qui fournissent refuge et alimentation aux insectes qui vont combattre les ravageurs. »
Et les intercalaires
Les cultures de couverture, les intercalaires, doivent aussi être prises en compte dans cette lutte intégrée aux ravageurs à la fois pour offrir un habitat aux insectes prédateurs et aussi parce que ces cultures elles-mêmes peuvent être des armes pour combattre les indésirables.
« Les insectes ravageurs vont éviter les champs où il y a un mélange de cultures parce qu’ils vont être désorientés », explique Geneviève Labrie.
Elle rappelle aussi que non seulement certaines cultures éloignent les prédateurs, mais elles contribuent aussi à les éliminer.
« Le sarrasin est un bel exemple. Lorsqu’il est semé dans les bonnes conditions et hersé au bon moment, il permet d’éliminer le ver de fil de fer. On a réduit de 92 % la population de ver de fil de fer dans un champ à Lanoraie que le producteur ne parvenait pas à contrôler. […] Il y a aussi le seigle, qui permet de réduire la chrysomèle rayée du concombre. Ce sont des solutions qui coûtent moins cher et, en plus, les ravageurs ne reviennent pas. »
La scientifique constate enfin que les conditions sont propices pour permettre aux producteurs d’explorer de nouvelles pratiques, notamment avec l’aide financière publique disponible. Elle pense notamment au volet 1.3 du programme Prime-Vert, qui propose aux producteurs une subvention pour des essais supervisés aux champs qui permettront de valider l’efficacité de nouvelles pratiques dans leur ferme.