Vincent Cloutier considère que la gestion de l’offre, si elle a été mise à mal au cours des décennies marquées par la mondialisation du commerce et les négociations d’ententes commerciales, « s’inscrit bien maintenant dans un contexte de plus en plus protectionniste. Elle est particulièrement de son temps. » Photo : Pierre Saint-Yves
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S'abonner maintenantC’est un appel au calme qui a été lancé par Vincent Cloutier, directeur principal, stratégie Agriculture, à la Banque nationale du Canada aux productrices et producteurs laitiers qui l’écoutaient à l’occasion du dernier Rendez-vous laitier de l’AQINAC. « Prenons notre gaz égal ! », a lancé l’agroéconomiste et analyste de l’impact des décisions politiques sur la production agricole.

Sa conférence était teintée d’un optimisme prudent à l’égard de l’avenir du système de gestion de l’offre face aux velléités de la nouvelle administration américaine.
L’analyste considère que la gestion de l’offre, si elle a été mise à mal au cours des décennies marquées par la mondialisation du commerce et les négociations d’ententes commerciales, « s’inscrit bien maintenant dans un contexte de plus en plus protectionniste. Elle est particulièrement de son temps. »
Lui, est donc fondamentalement optimiste.
« Je ne suis pas de ceux qui voit un risque pour les fondements du système de gestion de l’offre, pas pantoute! », a-t-il martelé, sans toutefois nier l’existence de menaces dans un éventuel contexte de révision de l’accord de libre-échange qui amènerait les Américains à exiger l’accès à de nouveaux marchés. Mais, c’est toutefois là un scénario qui lui semble improbable.
Parce que, s’empresse-t-il de préciser, le contexte de 2025 n’est pas celui de 2005 ; le lobby américain a certes des doléances à l’égard de l’entente actuelle, mais il lui semble peu probable qu’il exige des contingents additionnels.
Il en veut pour preuve cet énoncé publié par le National milk producers Federation qu’il a traduit ainsi : « le texte de l’ACEUM procure aux producteurs et transformateurs américains un accès exclusif au marché canadien ».
Selon l’agroéconomiste, il n’y a rien-là qui laisse entrevoir un élan de frustration de l’autre côté de la frontière et un désir d’obtenir de nouveaux contingents.
« Ce n’est pas le scénario que nous retenons, d’autant plus que les transformateurs (aux États-Unis) ont besoin de lait. »
Ce contexte laisse croire à Vincent Cloutier que la guerre tarifaire est peu menaçante pour le système canadien de la gestion de l’offre. « Je ne dis pas qu’elle sera sans impact. »
D’autant plus que dans le contexte d’une guerre tarifaire, une riposte canadienne est socialement et politiquement inévitable. « Les ripostes doivent être faites de façon habile, chirurgicale. On ne veut pas se tirer dans le pied. Il y a certains intrants que l’on considère critiques : les oiseaux reproducteurs, des pièces de machinerie, tourteaux de soya, engrais azotés et phosphatés, il ne faudrait pas y appliquer des contre-tarifs. »
Le conférencier reconnaît aussi qu’il est bien loin d’être simple de suivre la logique derrière les décisions de la nouvelle administration américaine, marquées du sceau… de l’imprévisibilité.
Ceux qui s’attendaient à une stratégie cohérente se rendent à l’évidence, l’administration Trump opère dans le chaos le plus total.
Et les projections et promesses faites par la nouvelle administration à la communauté agricole ne lui semblent guère plus cohérentes. Ainsi, il s’étonne que le président recommande aux agriculteurs de son pays de se préparer à produire davantage pour le marché intérieur si des contre-tarifs sont appliqués dans les pays qui importent des États-Unis, alors que le marché national serait incapable d’absorber un surplus de production.