Le Fonds mondial pour la nature souhaiterait attirer davantage d’oiseaux forestiers, comme cette paruline, sans toutefois mettre une cloche de verre sur les érablières et nuire à la production. « L’humain, comme l’acériculteur, est au centre de l’écosystème », dit Steve Hamel, spécialiste en restauration de la biodiversité. Photo : Milan Zygmunt/Shutterstock
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S'abonner maintenantDes enregistreurs automatiques d’oiseaux sont installés dans 23 érablières par une équipe de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) avec l’objectif de mesurer la biodiversité des érablières en exploitation durant l’été et ainsi d’aider les acériculteurs à accroître la biodiversité qui sera utile à leur production de sirop d’érable à long terme.
Steve Hamel, spécialiste en restauration de la biodiversité au Fonds mondial pour la nature (WWF-Canada), indique que plusieurs érablières québécoises sont aménagées en monoculture, c’est-à-dire une forêt composée à 95 % de la même espèce d’arbre, soit l’érable à sucre ou l’érable rouge.
Les gens vont enlever les conifères et ils vont cleaner les strates de végétation pour ne pas avoir de branches dans le visage dans le temps des sucres, mais les acériculteurs se tirent dans le pied avec les monocultures, car quand c’est trop éclairci, au printemps, la litière [le sol de la forêt] s’assèche lorsque le soleil plombe. On ne dit pas qu’il faut du sapin partout, mais les écosystèmes trop asséchés par l’enlèvement de sapinage, et le manque de diversité dans les peuplements, c’est cette tendance-là qu’on veut renverser.
Selon lui, les producteurs acéricoles sont très attachés à leur forêt et à leurs écosystèmes. Ils sont les premiers à s’y intéresser. « On veut regarder ce qui se passe au niveau de la biodiversité des érablières et on prend les oiseaux comme bio-indicateurs », affirme-t-il.
Aménagements forestiers
La présence d’oiseaux en érablière est influencée par les aménagements forestiers qui y sont effectués. « Chaque espèce a des caractéristiques d’habitat très spécifiques. Prends la paruline couronnée, si la litière s’assèche, il y a moins d’invertébrés pour la nourrir et elle va partir. La paruline bleue se tient dans la strate 1,5 à 4,5 mètres. Sans relève d’arbres, elle sera peu présente ou beaucoup moins abondante. Ce qu’on veut voir, c’est la réponse des oiseaux aux aménagements acéricoles. Il n’y a pas eu d’étude là-dessus depuis les années 80, dans le temps des pluies acides », dit Steve Hamel.
Au sud du fleuve
Un autre aspect important associé aux érablières demeure leur position géographique, principalement au sud du fleuve, un endroit plus favorable aux initiatives de biodiversité. « On a identifié des endroits pour conserver la nature en fonction des potentiels de biodiversité et de captage de carbone. Entre Windsor et Québec, quand tu mets 1 $ en conservation de la nature, c’est plus payant qu’ailleurs », assure-t-il. WWF-Canada est d’avis que jusqu’à 2,9 millions d’hectares de paysages terrestres convertis par l’humain dans ces régions bénéficieraient considérablement aux espèces et au climat s’ils étaient restaurés.
Les érablières abritent en moyenne 17 espèces menacées ou vulnérables au Québec, mais les forêts en monoculture n’offrent plus un habitat capable d’accueillir une grande diversité d’espèces, fait valoir WWF-Canada.
Les 23 érablières où sont installés les enregistreurs d’oiseaux se trouvent en Montérégie, en Estrie, dans les Laurentides, le tout en périphérie de Montréal afin de faciliter le déplacement du personnel de recherche. Les données seront collectées tous les jours du printemps et le travail sur le terrain aura lieu tout au long de l’été.